
Non, un vaccin n'est pas à l'origine de l'épidémie de grippe espagnole
- Cet article date de plus d'un an
- Publié le 11 février 2021 à 16:12
- Mis à jour le 27 avril 2021 à 17:44
- Lecture : 5 min
- Par : Françoise KADRI, AFP France
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La publication ci-dessus mêle des assertions vraies comme le fait que l'épidémie du début du siècle ne devrait pas s'appeler "grippe espagnole" car son origine géographique exacte reste inconnue à ce jour, à des allusions sous forme d'interrogations qui sont fausses comme celle-ci: "L'histoire se répèterait-elle ? Un vaccin expérimental militaire a-t-il tué en 1918, 50 à 100 millions de personnes accusant une "grippe espagnole" ?"
Ainsi que cet autre questionnement: "La grippe espagnole de 1918 était-elle une attaque bioterroriste contre l'humanité ?" en affirmant juste après que "l'expérimentation des vaccins sur les militaires, les populations vulnérables n'est pas un problème nouveau".
La publication pousse ses interrogations encore plus loin en se demandant: "est-ce le sérum bactérien fabriqué dans des chevaux au "Rockefeller Institute", injecté à des soldats américains et distribué à de nombreux autres pays, qui est responsable de la mort de 50 à 100 millions de personnes, en 1918 à 1919 ?"
D'autres sites (comme BeesBuzz ou Le Libre Arbitre) qui ont pris position contre la vaccination face à l'épidémie de Covid-19 qu'ils tendent en outre à minimiser, sont encore plus affirmatifs.



Ces publications trouvent leur origine dans un texte publié en 2018 sur le site américain Health Impact News et reprenant une analyse rédigée par l'avocat Kevin Barry, President de First Freedoms, Inc, une association américaine de défense des libertés religieuses qui publie sur son site des articles tendant à minimiser l'importance de l'épidémie de Covid-19 et qui milite contre les vaccins.
Or, il est aujourd'hui avéré que la pandémie du début du XXe siècle était une épidémie de grippe due à un virus et non pas à une bactérie ayant provoqué une pandémie de méningite.
Selon le Centre de contrôle des maladies aux Etats-Unis (US Centers for Disease Control and Prevention, CDC), l'épidémie mondiale a été causée par un virus grippal H1N1. "La pandémie de grippe de 1918 a été la plus grave de l'histoire moderne. Elle a été causée par un virus H1N1 dont les gènes avaient une origine aviaire. En dépit du fait qu'il n'y ait pas de consensus sur le lieu d'où le virus est parti, il s'est répandu à l'échelle mondiale en 1918 et 1919".
"La vulnérabilité des jeunes adultes en bonne santé et le manque de vaccins et traitements ont provoqué une crise sanitaire publique majeure qui a causé au moins 50 millions de morts dans le monde", indique encore le CDC.
Les nombreuses autopsies menées sur des patients décédés de l'épidémie de "grippe espagnole" ont "confirmé que la première cause de la mort était que les poumons s'étaient remplis de liquide, soit à cause de la maladie, soit en raison d'une forte réponse immunitaire du corps à l'infection", a expliqué à l'AFP en Nouvelle-Zélande, Dr Peter Hobbins, un historien à l'University of Sydney, spécialisé en médecine et technologie.
L'AFP avait à l'époque démystifié de nombreuses publications en anglais affirmant que l'épidémie de grippe espagnole avait été provoquée par l'expérimentation d'un vaccin contre la méningite bactérienne.

"Il y a un lien clair entre le syndrome clinique de la +grippe espagnole+ et les rapports d'autopsie et aucun élément permettant de penser que ces morts seraient dues à un vaccin expérimental", a précisé l'universitaire dans un mail le 23 novembre. La véritable cause de la pandémie était l'apparition d'une nouvelle souche du virus de la grippe A, a souligné le Dr Hobbins.
Comme le rappelait cet article de l'AFP au centième anniversaire du début de la pandémie en 2018, la grippe espagnole fit plus de morts que la Grande Guerre de 1914-1918.
Il est vrai que des recherches avaient été menées pour tenter de fabriquer un vaccin. Mais à l'époque, les scientifiques n'avaient pas réussi à trouver 'l'agent à l'origine (de la maladie) car les microscopes utilisés n'étaient pas assez puissants pour identifier des virus", selon le Dr Hobbins.
Il y a bien eu un vaccin expérimental contre la méningite bactérienne élaboré par le chercheur américain Frederick Taylor Gates (rien à voir avec la famille de Bill Gates) sous le patronage de l'Institut américain Rockfeller de recherche médicale devenu l'Université Rockfeller.
L'expérimentation avait démarré le 15 janvier 1918 après plusieurs cas de méningite bactérienne dans le camp militaire de Funston, dans le Kansas, entre octobre et novembre 2017. Frederick Taylor Gates avait publié un rapport daté du 20 juillet 1918 sur cette expérimentation, accessible en ligne.
Le vaccin expérimental avait été injecté à 3.700 soldats volontaires de la base du Fort Riley, au Kansas. M. Gates avait constaté dans son rapport l'apparition d'anticorps spécifiques à la méningite bactérienne et avait recommandé l'utilisation de son vaccin.

Aujourd'hui, plus d'un siècle plus tard, plusieurs vaccins contre la méningite existent.
Selon le site médical français de référence Vidal.fr, le méningocoque (Neisseria meningitidis) est responsable d'environ un quart des cas de méningite bactérienne en France. Ces infections graves surviennent surtout chez les jeunes enfants et les adolescents.
Des épidémies de méningites touchent aussi régulièrement la zone de l’Afrique subsaharienne qui s’étend du Sénégal à l’Ethiopie pendant la saison sèche entre décembre et juin. Après l'introduction de la vaccination dans ces régions, les épidémies sont devenues moins nombreuses.
En France, la vaccination par le vaccin méningococcique C a été introduite en 2010 pour tous les nourrissons et étendue aux enfants et adultes jusqu'à 24 ans. L'objectif est d'obtenir une large immunité de groupe pour limiter les épidémies, précise encore Vidal.fr.