Un parachutiste espagnol déploie sa voile lors de la fête nationale espagnole, le 12 octobre 2017 (AFP / Javier Soriano)

Non, l'Espagne n'a pas affirmé qu'elle refuserait d'accueillir des touristes étrangers cet été

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Selon plusieurs sites francophones et anglophones, l'Espagne, par l'intermédiaire de son Premier ministre Pedro Sanchez, aurait annoncé sa décision de ne pas accueillir de touristes étrangers jusqu'à la fin de l'été à cause de la pandémie de Covid-19. Mais le chef du gouvernement espagnol n'a pas dit cela. Les citoyens issus de la plupart des pays situés dans l'espace Schengen sont autorisés actuellement à visiter l'Espagne, explique le 4 février à l'AFP la porte-parole du secrétaire d'Etat au tourisme espagnol, qui estime qu'il est "trop tôt" pour se projeter à l'été.

"Le Premier ministre espagnol a annoncé que l’Espagne n’accueillerait pas de touristes avant que 70% de la population soit vaccinée, soit d’ici la fin de l’été 2021", peut-on lire sur le site Traxmag dans un article du 2 février, partagé des centaines de fois sur Facebook.

(Capture d'écran du site Traxmag réalisée le 4 février 2021)

Dans son article Traxmag relaye la déclaration suivante, attribuée au chef du gouvernement espagnol par le média L'Indépendant.fr :

(Capture d'écran du site Traxmag réalisée le 4 février 2021)

On peut trouver cette citation sur le site de L'Indépendant, dans un article du 22 janvier annonçant : "pas de touristes en Espagne avant la fin de l'été 2021".

(Capture d'écran du site L'indépendant réalisée le 4 février 2021)

L'Indépendant relaye en bas de page un tweet redirigeant vers un article en anglais de EuroWeeklyNews, publié le 21 janvier, qui affirme la même chose, en précisant toutefois qu'il s'agit des "touristes internationaux".

(Capture d'écran réalisée sur le site EuroWeeklyNews le 4 février)

Si l'on s'en tient à ces trois titres, le tourisme est donc interdit en Espagne et il le sera au moins jusqu'à "la fin de l'été".

D'où vient cette annonce ? 

Les sites annonçant une interdiction du tourisme en Espagne s'appuient tous sur une déclaration du chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez, lors d'un discours au conseil exécutif de l'Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) à Madrid le 20 janvier.

Dans ce discours, il évoque l'importance de relancer cette industrie fortement touchée par la pandémie et la réduction drastique des voyages internationaux.

A la 12e minutes de son discours, disponible en intégralité ici, Pedro Sanchez déclare : "Seule la vaccination de masse ouvrira à nouveau la voie à la normalité que nous désirons tant (...) Nous sommes déjà le neuvième pays au monde dans le processus de vaccination et l'un des premiers pays d'Europe. Et nous allons aller de l'avant avec un taux de vaccination le plus élevé possible jusqu'à atteindre 70% de la population immunisée d'ici la fin de l'été. Cela permettra à l'Espagne d'être progressivement mieux préparée à recevoir des touristes internationaux".

Il ne parle toutefois pas d'une fermeture des frontières et d'une interdiction du tourisme jusqu'à la fin de l'été. "Le chef du gouvernement n'a pas dit ça", a confirmé la porte-parole du secrétaire d'Etat au tourisme espagnol Beatriz Fernández Sanz, interrogée par l'AFP le 4 février.

Pedro Sanchez envisage un retour à une activité touristique normale et l'accueil éventuel de tous les citoyens étrangers grâce à la vaccination.

L'Espagne a accueilli seulement 19 millions de touristes étrangers en 2020 soit 77% de moins qu'en 2019, alors que son économie dépend largement du tourisme, comme nous l'écrivions dans cette dépêche.

"Au milieu de cette troisième vague, il est trop tôt pour anticiper le calendrier exact" de la fin des restrictions actuelles, a toutefois détaillé Beatriz Fernández Sanz.

Mais "cet été, nous aimerions bien sûr déjà avoir une reprise progressive du tourisme international, qui commencera d'abord avec nos voisins européens", a-t-elle ajouté.

Le tourisme pas interdit

Au 4 février 2021, aucune déclaration officielle, de Pedro Sanchez ou du gouvernement espagnol, n'a fait état d'une fermeture totale des frontières pour des voyages de tourisme, ni pour cet été, ni à l'heure actuelle.

"Les visites touristiques sont autorisées depuis certains pays", a expliqué Beatriz Fernández Sanz.

"Les citoyens de l'UE et des pays appartenant à l'espace Schengen, à la seule exception du Portugal, peuvent se rendre en Espagne pour n'importe quelle raison", a-t-elle ajouté.

Pour preuve, les nombreux reportages récents de médias sur des Français partis en vacances en Espagne pour échapper aux restrictions actuelles (1,2,3).

Si des ressortissants de plusieurs pays comme le Royaume-Uni, l'Afrique du Sud et le Brésil ont des restrictions d'entrée "à cause des nouveaux variants du virus", a relevé Mme Sanz, d'autres comme les habitants de la Corée du Sud ou de la Thaïlande peuvent pénétrer sur le territoire, selon cette ordonnance du 29 janvier.

"Une fois en Espagne, le visiteur étranger est concerné par les restrictions qui peuvent être en vigueur dans chaque Communauté autonome (La liste de ces restrictions est disponible sur le site de l'ambassade d'Espagne en France, NDLR)", a-t-elle également noté.

Au 4 février, un test PCR négatif de moins de 72h est nécessaire pour entrer sur le territoire si l'on vient d'une zone considérée "à risque", détaille le ministère de la Santé espagnol, qui a listé ces différents pays.

Quelle est la situation actuelle en Espagne ? 

L'Espagne, l'un des pays d'Europe les plus touchés par la pandémie, a franchi mercredi 3 février la barre des 60.000 décès dus au coronavirus, selon le dernier bilan du ministère de la Santé. Le pays, qui compte 47 millions d'habitants, a recensé 60.370 morts depuis le début de la pandémie.

Après avoir décrété au printemps 2020 l'un des confinements les plus stricts au monde, au point qu'il avait traumatisé la population, le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez se refuse pour le moment à imposer de nouveau une telle mesure. Une stratégie qui tranche avec d'autres pays européens.

Il estime, en effet, que l'état d'urgence sanitaire adopté en octobre et en vigueur jusqu'en mai donne aux régions, compétentes en matière de santé, les outils suffisants pour lutter contre la troisième vague de la pandémie (couvre-feu, fermeture des bars et des restaurants, limitation de la liberté de circulation...).

Certaines d'entre elles mettent toutefois la pression sur l'exécutif pour pouvoir avancer l'heure du couvre-feu ou confiner strictement la population, sans succès pour l'instant.

L'Espagne a déjà administré plus de 1,7 millions de doses de vaccins et compte vacciner 70% de sa population d'ici la fin de l'été, un objectif réaffirmé récemment par le gouvernement malgré les retards de livraisons des laboratoires pharmaceutiques.

François D'Astier
Covid-19