(AFP / Alex Ogle)

Non, le risque de thrombose en avion n’est pas plus élevé pour les passagers vaccinés

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Les passagers vaccinés interdits de prendre l’avion ? Attention des internautes laissent penser que des compagnies aériennes envisagent d'interdire l'accès à bord aux passagers vaccinés par crainte de problèmes liés à des "caillots sanguins". Ces rumeurs sont infondées selon des experts interrogés par l’AFP qui expliquent que les thromboses parfois provoquées par un très long voyage en avion et celles, rares, associées au vaccin contre le Covid-19 n'ont rien à voir entre elles.

"Des compagnies aériennes envisagent maintenant d’interdire les personnes vaccinées en raison de caillots sanguins et de risques pour la santé en vol?!!", peut-on lire sur la capture d’écran d’un tweet diffusé dans une publication Facebook partagée 146 fois en 48 heures, et qui a suscité des dizaines de commentaires. 

"Et si il y avait un retour de manivelle pour ceux qui courent se faire piquouser pour retrouver une vie comme avant", commente l’auteur de la publication. 

Capture d'écran Facebook, prise le 20/05/2021

Des troubles différents

Interrogée par l'AFP, une porte-parole de l'Association internationale du transport aérien (Iata), indique qu'elle "n'a pas connaissance" du fait que certaines compagnies songent à refuser l'accès à bord à des passagers vaccinés en raison de risques de caillots. 

L'Iata estime que les vaccins "ne devraient pas être obligatoires pour les voyageurs, mais que les passagers vaccinés devraient être autorisés à franchir les frontières sans avoir besoin de tests ou de quarantaine", précise-t-elle. 

"Le phénomène particulier de caillot sanguin appelé VITT (acronyme de l'anglais Vaccine-Induced Immune Thrombotic Thrombocytopenia, NDLR) qui a été considéré comme un effet secondaire rare pour un ou peut être deux types de vaccins Covid, est un trouble différent de celui des caillots sanguins dans la jambe (thrombose veineuse profonde) et/ou pulmonaire (embolie pulmonaire), qui peuvent être associés à l'immobilité, en particulier après une intervention chirurgicale, une blessure à un membre, un alitement prolongé, ou parfois à la station assise prolongée pendant un voyage", a expliqué à l'AFP le conseiller médical de l'Iata, le Dr David Powell.  

Les  facteurs de risque

"Les cas liés à un long voyage (par air, rail ou route) présentent en général des facteurs de risque pré-existants", a-t-il ajouté.

"En dehors de l'immobilité, il y a de nombreux facteurs dont la grossesse, la contraception orale, certains cancers, le surpoids, les varices, et les troubles du système de coagulation", selon lui.

Marie-Antoinette Sevestre-Pietri, professeure de médecine vasculaire au CHU d'Amiens et présidente de la Société française de médecine vasculaire confirme à l’AFP que les deux types de thromboses n’ont "rien à voir".

"Les thromboses qui sont associées au voyage en avion, c'est un facteur de risque qu'on connaît depuis plus d'une dizaine d'années", explique-t-elle.

En 2007, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait d’ailleurs publié un rapport ayant pour objectifs de confirmer l’augmentation du risque de thrombose veineuse lors des voyages aériens. 

L’institut de médecine tropicale d’Anvers a également publié un document à ce sujet en 2014.

La thrombose dite "atypique" provoquée par le vaccin est une "thrombose immunologique. "C'est une allergie à des composants du vaccin qui vont activer la coagulation avec l'apparition de caillots de sang un petit partout ou dans des endroits peu habituels, comme les veines cérébrales ou les veines digestives", ajoute la professeure. 

"Il n'y a absolument pas de raison" qu’un voyage en avion favorise une thrombose atypique liée au vaccin, précise la professeure Sevestre-Pietri ajoutant n’avoir connaissance d'"aucun cas décrit".

"Il n'y a absolument aucune raison de ne pas prendre dans un vol un patient sous prétexte qu'il est vacciné", ajoute-t-elle plaidant au contraire pour une vaccination des personnes qui présentent un risque de thrombose et sont donc "à risque" par rapport au Covid-19.

Si de longs trajets en voiture, en bus ou en train peuvent également provoquer une thrombose, il est "vrai que l'avion concentre plusieurs facteurs: l'altitude peut jouer, la pressurisation, l'air est sec et les gens se déshydratent. Pour peu qu'ils soient un peu coincés entre deux sièges ils ne vont pas beaucoup marcher, et pour peu qu'ils prennent un peu d'alcool s'ils ont peur en avion, il vont se déshydrater un peu plus", commente le Dr. Sevestre-Pietri.

"En gros, le risque est associé aux voyages prolongés, surtout ceux de plus de huit heures, et aux patients qui ont déjà des facteurs de risque", poursuit la professeure.

L’embolie pulmonaire chez le voyageur est "extrêmement rare".

"Dans ces cas-là, quand on fait des écho-doppler pour voir s'il y a une thrombose au niveau des jambes -une phlébite- on trouve une fréquence entre 1% et 5% chez les patients à haut risque. L'embolie pulmonaire qui est potentiellement mortelle, elle, est extrêmement rare. Une ou deux embolies par million de voyageur", poursuit-elle. 

Et "quand on regarde les voyages très long courrier" pour les gens qui ont un facteur de risque "on peut monter à deux ou à cinq (cas, NDLR) par million de voyageurs", dit-elle.

Mais ces cas de thromboses sont "complètement indépendants" de la thrombose post vaccinale constatée dans de rares cas après des injections de certains vaccins contre le Covid-19, insiste-t-elle.

Nos confrères de l’agence DPA ont également consacré un article à ce sujet. 

Les vaccins AstraZeneca et Janssen sont limités depuis mi-mars aux plus de 55 ans, car les rares cas de thromboses atypiques (associées à un trouble de la coagulation ou localisées à un endroit inhabituel) ont été majoritairement observés chez des personnes plus jeunes.

Ces deux vaccins sont dits à vecteur viral car ils prennent comme support un type de virus courant appelé adénovirus, modifié pour transporter dans l'organisme des informations génétiques permettant de combattre le Covid.

Depuis le début de la vaccination avec le vaccin AstraZeneca, ce sont "34 cas, dont 11 décès au total" de thromboses rares qui sont survenus en France, sur plus de 4.068.000 injections réalisées au 6 mai, a indiqué le 17 mai l'Agence française du médicament (ANSM).

L’ANSM a publié en mai les synthèses du comité d’expert sur les effets thrombotiques suite aux vaccins Covid-19. 

Marcher dans l’avion

Quant au voyage en avion, pour éviter la formation de caillots, la Dr Sevestre-Pietri recommande "le port d'une compression élastique, c'est-à-dire des bas à varice, de bien s'hydrater, de marcher pour éviter que le sang stagne dans les veines et donc potentiellement finisse par coaguler".

Dans certains cas,  une prophylaxie,  avec une injection d'héparine ou un anti-coagulant oral qu'on peut prendre deux avant le vol, peut être recommandée par le médecin, ajoute-t-elle.

Les Hôpitaux de Paris énumèrent ces consignes dans leurs "conseils aux voyageurs".

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