Non, le président de la RDC Félix Tshisekedi n’a pas été désigné "meilleur président du monde" par le magazine américain Forbes

Copyright AFP 2017-2021. Droits de reproduction réservés.

Des publications partagées près de 2.000 fois sur les réseaux sociaux en République démocratique du Congo (RDC) depuis le 16 mai assurent que le président congolais Félix Tshisekedi a été désigné "meilleur président du monde" ou bien "première personnalité politique du monde à haute stratégie et diplomatie unique" par le magazine Forbes. C’est faux, selon le célèbre média américain, qui assure n'avoir "rien à voir" avec cette prétendue nomination. La présidence congolaise, de son côté, évoque une "fake news".

"Encore une fois il vient de battre le record des politiques influents": selon ce message viral sur Facebook, le président congolais Félix Tshisekedi, à la tête de la République démocratique du Congo (RDC) depuis janvier 2019, aurait été désigné "première personnalité politique à haute stratégie et diplomatie" par le magazine Forbes.

Le média américain "a flashé aujourd'hui vers 2h du matin un article qui place désormais l'homme fort de la République démocratique du Congo" en tête des responsables politiques "aux stratégies exceptionnelles", écrit l’auteur de ce message, partagé près de 1.700 fois depuis le 16 mai (1, 2, 3, 4, 5…)

Le texte évoque notamment la façon dont M. Tshisekedi est parvenu à "renverser l'Assemblée nationale en grande partie constituée des élus de l'ancien président" Joseph Kabila. "Les experts de magazine FORBES qualifient la réalité politique actuelle en RDC d'une prouesse politique jamais vue", insiste-t-il.

Capture d’écran d’une publication Facebook, réalisée le 20 mai 2021

La tonalité de ce message se veut parfois ironique, laissant entrevoir une probable intention satirique de la part de l’auteur. Mais dans les commentaires, cette affirmation est prise au sérieux: nombre d’internautes adressent ainsi leurs "félicitations” au président, quand d’autres jugent sa nomination injustifiée.

Deux jours après ces premières publications, d’autres messages ont par ailleurs fait leur apparition sur les réseaux sociaux, sans ironie cette fois-ci:  "Félix Tshisekedi a été reconnu comme le meilleur président du monde par les Nations Unies", assurent ces messages citant "Forbes", partagés près de 300 fois par les internautes (1, 2, 3).

Capture d’écran d’une publication Facebook, réalisée le 20 mai 2021

"Fake news"

Ces deux catégories de publications, en réalité, sont mensongères: on ne retrouve nulle référence à la nomination de Félix Tshisekedi sur le site du magazine américain ou sur sa déclinaison africaine. Les comptes Twitter officiels de Forbes et de Forbes Afrique, quant à eux, ne mentionnent nulle part cette soi-disant désignation.

Contactée par l’AFP, une porte-parole du magazine centenaire, connu pour publier régulièrement des classements de référence, notamment celui des milliardaires dans le monde, a confirmé que Forbes n'avait "rien à voir" avec cette prétendue nomination.

L’entourage de Félix Tshisekedi a lui aussi démenti cette rumeur. "C'est une fake news", a assuré à l’AFP Éric Nyindu, chef du service de communication de la présidence congolaise.

Félix Tshisekedi, fils de l’opposant historique Etienne Tshisekedi, a succédé en janvier 2019 à l’ancien président Joseph Kabila, au terme d’un scrutin controversé. Longtemps considéré comme un héritier en politique, il n'a cessé depuis lors d'affirmer son pouvoir et de se faire un prénom.

Initialement allié aux proches de Joseph Kabila, regroupés au sein du Front commun pour le Congo (FCC), Felix Tshisekedi a décidé de faire voler en éclats l'accord qui le liait à son prédécesseur en décembre 2020, après des mois de tensions. A force de débauchages, il est parvenu à créer une nouvelle majorité au parlement: l'"Union sacrée de la Nation".

Ce père de cinq enfants a depuis écarté plusieurs piliers du système sécuritaire proches de Joseph Kabila: le patron des renseignements Kalev Mutond et l'inspecteur général des armées John Numbi -- deux "sécurocrates" placés sous sanctions européennes ou américaines.

Ces décisions lui ont permis de soigner son image à l’étranger, où il a multiplié les déplacements, en rupture avec l'isolationnisme de son prédécesseur.

Le président congolais Félix Tshisekedi et le président français Emmanuel Macron sur le perron de l'Elysée le 27 avril 2021 (AFP / Ludovic Marin)