Non, ces personnes entrées au Capitole à Washington ne faisaient pas partie d'une mise en scène d'antifas

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De très nombreuses publications sur Facebook, Twitter, ou circulant via des boucles Telegram, affirment que des photos prouvent que certains des émeutiers pro-Trump entrés au Capitole à Washington le 6 janvier, sont en réalité des membres des mouvements Black Lives Matters ou Antifas. Mais ces photos sont volontairement tronquées et ces affirmations sont fausses. 

Dans une scène inédite aux Etats-Unis, et après une campagne extrêmement tendue, des partisans du président sortant Donald Trump ont envahi pendant plusieurs heures mercredi 6 janvier le Capitole, temple de la démocratie américaine, interrompant la session qui devait confirmer la victoire de Joe Biden. Mais pour certains internautes d'autres manifestants se sont infiltrés parmi eux. 

"ALERTE ANTIFA ... ce groupe dans le Capitole aujourd'hui, était le même groupe de protestation BLM en juin", affirme par exemple un internaute, photos à l'appui.

Capture d'écran Facebook prise le 08/01/2021

"Antifa", abréviation d'anti-fasciste, désigne un mouvement sans structure qui revendique une lutte contre le fascisme, à la fois en ligne et en public. Le mouvement est une cible privilégiée des conservateurs américains, y compris de Donald Trump.

"Une photo a émergé de l’individu 'Viking' qui a mené l’action d’assaut aujourd’hui. Cette même personne – portant la même tenue et une peinture faciale presque identique – aurait également été aperçue lors d’un rassemblement BLM plus tôt cette année", assure un autre. 

Capture d'écran Facebook prise le 08/01/2021

"BLM", abbréviation de "Black Lives Matter", désigne un mouvement contre le racisme et les violences policières. Il a notamment été mis en lumière après la mort en mai 2020 de Georges Floyd, un Noir américain tué lors de son arrestation par un policier blanc à Minneapolis.

Des publications similaires circulent également en anglais et en allemand

Des élus Répulicains au Congrès, à l'instar de Mo Brooks et Louie Gohmert ont également fait écho à ces rumeurs, ce dernier affirmant, à tort, qu'un émeutier arbore un tatouage représentant une faucille et un marteau, symboles du parti communiste. 

Capture d'écran Twitter, prise le 08/01/2021
Capture d'écran Twitter, prise le 08/01/2021

 

 

L'homme affublé de cornes 

Il avait déjà été photographié par l'AFP le 5 novembre 2020, lors d'une manifestation devant un bureau électoral à Phoenix, dans l'Arizona. Il se présentait alors comme "Jake Angeli", 33 ans, un "shaman et consultant pour les partisans de Donald Trump". 

Il tenait à cette occasion un panneau avec la mention "Q sent me", en référence au mouvement QAnon. 

(AFP / Olivier Touron)

QAnon désigne une nébuleuse, pro-Trump, qui répand des théories du complot en ligne.  Selon ses adeptes, les Etats-Unis sont dirigés depuis des décennies par "l'Etat profond", une organisation secrète rassemblant de hauts responsables de ministères, ainsi que des familles américaines comme les les Clinton, les Obama, les Rothschild, des vedettes d'Hollywood, etc...

Une ancienne photo de cette personne a ressurgit alors même que les émeutiers investissaient le Capitole, le présentant comme un faux manifestant pro-Trump, ayant participé quelques mois plus tôt à une manifestation Black Lives Matter. 

Capture d'écran Facebook prise le 08/01/2021

Sur Twitter, Cari Kelemen, qui se présente elle-même comme un soutien de Donald Trump, a d'abord propagé cette infox (voir capture d'écran ci-dessus), avant de partager le message d'un photographe américain disant être à l'origine de la photographie de gauche. 

Capture d'écran Twitter, prise le 08/01/2021

Notons que la photographie diffusée pendant l'intrusion au Capitole a été sciemment tronquée. Sur l'original, Jake Angeli tient un panneau "Q sent me", toujours en référence au mouvement QAnon. Nous avons donc contacté ce photographe. Il nous a répondu par écrit le 7 janvier. 

"Oui, il (le manifestant) a été à quelques marches BLM à Tempe et à Phoenix, dans l'Arizona, mais il n'a jamais participé ou soutenu ces marches. Il portait toujours ses signes "Q", et une fois qu'il a pu obtenir un microphone, il l'a utilisé pour propager des théories conspirationnistes. Il était là pour attirer l'attention sur le mouvement QAnon et soutenir Donald Trump", a-t-il déclaré.  

Nous avons également retrouvé d'autres vidéos et reportages dans lesquels J. Angeli s'exprime ou est représenté (1, 2, 3) notamment lors de rassemblements pro-Trump après l'élection américaine. 

L'homme au pull jaune

Capture d'écran Facebook prise le 08/01/2021

L'homme en jaune, sur la photo de gauche a également été photographié par l'AFP, pendant l'intrusion au Capitole. 

La photo de l'homme à droite, qui lui ressemble sans que l'on puisse assurer qu'il s'agit bien du même homme, est tirée du blog phillyantifa.org, mais pas parce qu'il ferait du mouvement. Il est au contraire catalogué comme un opposant par le mouvement antifa. 

Capture d'écran Twitter, prise le 08/01/2021

Ce cliché est tiré d'une publication le présentant comme Jason Tankersley "fondateur des Skinheads du Maryland" et comme un "neo-nazi". En tout état de cause, ce n'est donc pas parce qu'il appartiendrait au mouvement antifa qu'il est présenté sur ce site. Mais plutôt parce que ce mouvement le qualifie d'opposant. 

Le tatouage "communiste" 

Capture d'écran Twitter, prise le 08/01/2021

Là encore il s'agit d'une fausse information. Le tatouage arboré par l'homme en jaune ne représente pas une faucille et un marteau, mais un symbole de jeu vidéo. 

Il est issu du jeu Dishonored, sorti en 2013, comme le montre la comparaison entre une capture d'écran du jeu, et un zoom sur la main de l'homme sur la photo. Le symbole, surnommé "marque de l'Outsider" dans le jeu, accorde des capacités surnaturelles. Rien à voir donc avec le symbole du parti communiste. 

Comparaison entre le jeu Dishonored et un zoom sur la main de l'homme

 

Traduction et adaptation :
Élections américaines 2020