Non, aucun remède contre le Covid-19 n’a été découvert en Tunisie

Copyright AFP 2017-2021. Droits de reproduction réservés.

En Tunisie, un député a affirmé lors d'une séance parlementaire le 28 novembre, qu'un médicament contre le Covid-19 a été inventé par un Tunisien. Il a brandi le supposé remède à l'Assemblée des représentants du peuple (ARP) affirmant qu'il est "à base bio". Mais c'est faux, aucun médicament spécifique au coronavirus n'a été inventé en Tunisie. L'information a été démentie par les autorités sanitaires locales. 

Lors d'une séance plénière de l'Assemblée tunisienne le 28 novembre, le député Seifeddine Makhlouf, élu de la coalition islamiste al-Karama, a affirmé qu'un Tunisien avait trouvé un remède contre le Covid-19.

Capture d'écran prise sur Facebook le 02 décembre 2020.

"Un petit laboratoire a sorti un médicament contre le corona. Le médicament est enregistré au ministère de la Santé et son brevet a été déposé. Il est à base bio. Si le ministère de la Santé s'active, le monde entier va se fournir en Tunisie", a-t-il déclaré, sans indiquer le nom du produit ni sa composition. 

"C'est un remède, pas un vaccin (...) De nombreux tests ont été effectués dessus, avec de très petits moyens, et sans que l'Etat y participe", a ajouté M. Makhlouf, tenant entre les mains une petite fiole, censée contenir le fameux produit.

La vidéo du député, relayée par des internautes ou des médias, a été largement visionnée sur les réseaux sociaux, comme ici, partagée 2.300 fois depuis le 28 novembre.

Démenti de l'Institut Pasteur

Alors que la course au vaccin touche à sa fin en l'absence d'un remède spécifique au nouveau coronavirus, cette déclaration du député, qui reproche aux autorités tunisiennes de ne pas s'être saisies de ce "remède bio" tunisien, suscite la suspicion.

En effet, aucune information officielle concernant un remède n'a été rendue publique en Tunisie et les déclarations de M. Makhlouf ont été rapidement démenties. 

En effet, le Dr Hechmi Louzir, directeur de l'Institut Pasteur de Tunis, également membre du Comité scientifique de lutte contre le Covid-19, a réagi sur les ondes de la radio privée Mosaïque FM, assurant qu'aucun remède au coronavirus n'a été développé en Tunisie

"Il n'y a rien de tel dans les publications scientifiques en Tunisie", a-t-il indiqué. 

Il a précisé par ailleurs que les recherches entamées par son institut pour un vaccin contre le Covid-19 sont encore en cours. "Nous sommes au stade préclinique, de test sur les animaux", a-t-il précisé. "Toutefois, il est possible que nous ne passions pas aux tests cliniques, étant donné que de nombreux autres vaccins dans le monde sont à des stades avancés", a ajouté M. Louzir. 

Un "complément alimentaire"

Interrogé par Mosaïque FM, l'inventeur du soi-disant remède, Mounir Bezzarga, professeur de mathématiques à l'université, a expliqué qu'il s'agit d'un produit développé par son entreprise Biodex, spécialisée dans "la valorisation des huiles végétales usagées", d'après son site web.

Capture d'écran prise sur le site de l'entreprise Biodex le 2 décembre 2020.

"Ce n'est pas un médicament, il est classé comme complément alimentaire", a indiqué M. Bezzarga. "Des médecins l'ont utilisé sur une dizaine de patients Covid, (...) M. Makhlouf  l'a utilisé sur des membres de sa famille et il est sûr du résultat", a-t-il  insisté, affirmant que les symptômes du Covid-19 disparaissent après l'administration d'une à trois doses. 

Nous avons tenté de joindre l'entreprise par téléphone, sans succès. 

M. Bezzarga et M. Makhlouf se connaissent. Ils apparaissent notamment sur une photo publiée le 10 novembre sur la page Facebook du député, où il est mentionné que la coalition al-Karama rend hommage au travail de l'entreprise Biodex. 

Capture d'écran prise sur Facebook le 3 décembre 2020.

Médicament ou complément alimentaire, à ce jour, "aucune molécule n'a prouvé son efficacité comme antiviral" contre le Covid-19, a expliqué à l'AFP Rim Abdelmalek, professeure en maladies infectieuses à l'hôpital de la Rabta à Tunis, et membre du comité national de prise en charge thérapeutique des patients atteints de Covid-19.

Par ailleurs, "tester sur 10 ou 100 personnes, cela ne veut rien dire. Il faut des essais cliniques avec deux bras, un groupe prenant le remède en question et un groupe prenant une autre molécule afin de comparer", a-t-elle ajouté.

S'il n'existe à ce jour aucun traitement spécifique au Covid-19, différents soins déjà existants permettent de soigner les symptômes des personnes contaminées, explique l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur sa page questions/réponses dédiée au Covid-19.

Elle "déconseille l'usage de tout médicament en automédication, y compris les antibiotiques, pour prévenir ou guérir" le Covid-19.

Vaccination prochaine

Plusieurs vaccins anti Covid-19 devraient bientôt être commercialisés. Quatre fabricants ont déjà annoncé l'efficacité de leur vaccin : Pfizer/BioNTech, Moderna, l'alliance britannique AstraZeneca/Université d'Oxford et les Russes de l'institut d'Etat Gamaleïa.

Le gouvernement britannique est devenu le 2 décembre le premier au monde à approuver l'utilisation du vaccin américano-allemand de Pfizer/BioNTech. Les campagnes de vaccination contre le Covid-19 devraient commencer dès la semaine prochaine au Royaume-Uni et en Russie.

Edit 04/12 : correction d'une coquille.
Edit 9/12 : modifie l'un des mots-clés
 
Salsabil Chellali
Traduction et adaptation :
CORONAVIRUS