Attention, CNN n'a pas changé de discours sur les résultats de l'élection présidentielle américaine

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Une vidéo, partagée des milliers de fois en anglais et en français depuis dix jours, prétend montrer que la chaîne américaine CNN a rétropédalé, après avoir annoncé la victoire de Joe Biden à l'élection présidentielle américaine. Mais ces affirmations sont trompeuses: cette vidéo montre en réalité une séquence tournée avant l'élection, le 27 septembre soit plus d'un mois avant le scrutin. 

"Incroyable: Le vent tourne, CNN, chaine de propagande démocrate, reconnait pour la première fois que Trump peut gagner les élections", "Même CNN commence à évoquer la possible réélection de Trump", plusieurs publications (1, 2, 3) relaient ces affirmations depuis le 30 novembre. 

Capture d'écran du site europe-israël.org, prise le 8/12/2020

Ces publications sont accompagnées d'une vidéo de Fareed Zakaria, présentateur pour une émission de CNN appelée GPS. Dans celle-ci, il évoque un potentiel scénario selon lequel Donald Trump pourrait perdre l'élection mais tout de même tenter de rester président à travers le collège électoral, l'organe rassemblant les grands électeurs chargé de désigner officiellement en décembre le président, selon les règles du scrutin indirect américain. Nous évoquions notamment ce scénario dans cette dépêche du 13 novembre dernier. 

Mais cette vidéo n'est en aucun cas un rétropédalage de la chaîne, puisqu'elle date du 27 septembre 2020, soit plus d'un mois avant le scrutin présidentiel. On la retrouve notamment sur la page Facebook de M. Zakaria. 

Le 7 novembre, à l'instar de très nombreux autres médias américains, CNN a annoncé que Joe Biden avait remporté suffisamment de voix et de grands élécteurs (306, alors que 270 sont nécessaires pour être élu président) pour s'assurer de la victoire. Depuis lors, la chaîne a toujours qualifié Joe Biden de "président élu". 

Qu'a dit Rasheed Zakaria ? 

Il n'affirme à aucun moment que Donald Trump va emporter l'élection, mais invite plutôt ses téléspectateurs à "imaginer un scénario durant la semaine de l'élection", ce qui prouve d'ailleurs encore une fois qu'il évoquait à l'avance une hypothèse, et qu'il ne s'agit pas d'une forme de revirement de la chaîne quant à son annonce des résultats de l'élection. 

Capture d'écran de l'émission GPS de CNN, prise le 8 décembre 2020 (CNN)

Il avançait le scénario suivant : dans des Etats où Biden l'emporterait par un écart faible, et notamment grâce à des votes envoyés par correspondance, --qui deviendront par la suite l'enjeu d'une bataille juridique--,  des Assemblées législatives d'Etats, à majorité républicaines, pourraient décider d'envoyer de grands électeurs du parti républicain au collège électoral qui vote ensuite pour le prochain président.

Les Démocrates contre-attaqueraient via le même procédé dans les Etats où ils bénéficient d'une majorité. Cela aurait ensuite, selon ce scénario, pu créer une confusion menant le Congrès américain à contester la légitimité de ces grands électeurs, et à exclure du décompte certains. Par un effet domino, il reviendrait alors à la Chambre des Représentants d'élire le Président, avec une voix par Etat. 

Toutefois, ce scénario - que des experts du droit jugeaient peu crédible - ne s'est pas produit. Après l'élection, des leaders Républicains de quatre Etats-clés remportés par Joe Biden ont écarté tout doute quant à une hypothétique volonté d'influer sur les grands électeurs. La date limite pour choisir ces grands électeurs est le 8 décembre 2020. 

Donald Trump s'est jusqu'à ce jour refusé à admettre sa défaite à l'élection présidentielle. 

Le 2 décembre, le ministre américain de la Justice Bill Barr a déclaré ne pas avoir constaté "de fraude" suffisante pour invalider la victoire de Joe Biden à la présidentielle, contrairement aux affirmations du président sortant. 

Cet ultra-conservateur de 70 ans est le premier membre de la garde rapprochée du président à prendre ses distances publiquement avec les allégations d'élection "truquée".

Traduction et adaptation :
DONALD TRUMP