
Non, 59 personnes ne sont pas mortes après avoir bu du Dettol pour lutter contre le coronavirus
- Cet article date de plus d'un an
- Publié le 01 avril 2020 à 09:46
- Mis à jour le 02 septembre 2020 à 17:19
- Lecture : 3 min
- Par : Tendai DUBE, AFP Afrique du Sud
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"Covid-19: 59 personnes sont décédées après avoir bu du dettol administré par un pasteur en Afrique du Sud", lit-on dans un article paru dans le pure player ivoirien Lexterieur.net, repris par les sites DoingBuzz ou Ivoire Matin.
Sa publication sur Facebook le 27 mai a récolté plus de 800 partages, avant d’être reprise et partagée plusieurs centaines de fois, notamment par une page ivoirienne.

Cette histoire est une déclinaison française de publications en anglais qui ont largement circulé, récoltant plus de 10.000 partages sur les réseaux sociaux.
Interrogé par l’AFP, le porte-parole de la police sud-africaine Vishnu Naidoo a assuré que cette rumeur faisant état de 59 décès à la suite d’ingestion de Dettol étaient fausses. Aucune enquête n’a été ouverte à ce sujet, a-t-il indiqué.
Préconisation d’un pasteur sud-africain en 2016
Cet article est illustré par une photographie sur laquelle un homme fait boire à une femme un produit qui s’apparente au désinfectant domestique Dettol.
Une recherche d’images inversée montre que ce même cliché a déjà circulé il y a plusieurs années pour illustrer des articles (1, 2) parus en Afrique du Sud en décembre 2016, soit trois ans avant le premier cas de nouveau coronavirus détecté en Chine en décembre 2019.
Le journal sud-africain Daily Sun a identifié l’homme qui administre le Dettol comme étant Rufus Phala, un "prophète" officiant à Makgodu, dans la province du Limpopo située dans le nord du pays.
L’auteur de l’article indique avoir visionné une vidéo dans laquelle le pasteur aurait déclaré aux fidèles de sa congrégation, baptisée "AK Spiritual Christian Church", que l’ingestion de ce liquide antiseptique les guérirait de maladies.
Selon le journal, M. Phala a déclaré: "Je sais que le Dettol est dangereux, mais Dieu m’a demandé de l’utiliser. J’étais le premier à en boire".
Aucune de ces publications ne fait toutefois état de décès.

Les autorités sanitaires du Limpopo s’étaient alors dits "préoccupées" par ce genre de pratiques initiées par les pasteurs locaux, et avaient appelé les instances responsables des questions religieuses à "se pencher sur ce sujet parce que cela a des conséquences désastreuses sur la santé de notre population".
La branche sud-africaine de la firme Dettol avait également réagi, en rappelant que l’ingestion d’un tel produit était dangereuse.
"Nous avons été en contact avec Rufus Phala et lui avons demandé de cesser cette pratique", affirmait l'entreprise dans un communiqué daté du 9 décembre 2016.
"Le liquide antiseptique Dettol n’est pas destiné à une consommation humaine et est réservé à un usage externe, et nous condamnons cet usage inapproprié. L’ingestion de ce produit peut être dangereuse pour la santé", expliquait le communiqué.
L’AFP n’a pas été en mesure de vérifier si le liquide qu’a donné M. Phala à ses fidèles contenait vraiment du Dettol.
Traduit et adapté de l’anglais par Anne-Sophie Faivre Le Cadre