Non, le sultan d'Oman n'a pas signé de décret récent pour accroître les échanges commerciaux avec l'Iran

Dans le sillage de menaces proférées fin mai 2026 par Donald Trump à l'encontre du sultanat d'Oman, des internautes ont affirmé que le sultan Haïtham ben Tariq aurait signé un décret visant à renforcer les relations commerciales et économiques avec l'Iran. Selon les publications virales, cette décision constituerait une réponse directe aux déclarations du dirigeant américain. Mais aucun élément ne permet d'étayer ces affirmations, et aucun décret de cette nature n'a été publié, comme l'ont confirmé des spécialistes de la région auprès de l'AFP.

Le 27 mai 2026, Donald Trump a créé la surprise en menaçant ouvertement le sultanat d'Oman en plein conseil des ministres (liens archivés ici, ici et ici).

Interrogé sur la possibilité d'un accord temporaire permettant à l'Iran et à Oman de participer au contrôle du détroit d'Ormuz, il a déclaré : "Oman se comportera comme les autres ou alors il faudra les pulvériser. Ils le savent" (lien archivé ici).

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Capture d'écran, prise le 8 juin 2026, du compte du département d'Etat sur X.

Le président américain a également assuré que le détroit d'Ormuz resterait "ouvert à tout le monde", insistant sur le fait qu'il s'agit d'eaux internationales (lien archivé ici). "Nous le surveillerons mais personne ne le contrôlera", a-t-il souligné.

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Carte montrant la zone où l'Iran veut imposer une autorisation de transit aux bateaux souhaitant traverser le détroit, jusqu'à Fujaïrah, aux Emirats arabes unis côté est, selon un document publié le 20 mai 2026 par la nouvelle Autorité du détroit du Golfe Persique (PGSA). (AFP / Valentina BRESCHI, Sylvie HUSSON, Paz PIZARRO)

Le lendemain, le ministre américain des Finances, Scott Bessent, a à son tour menacé de sanctionner le sultanat d'Oman, un allié des Etats-Unis, en cas de coopération avec Téhéran pour le contrôle du détroit d'Ormuz (lien archivé ici).

Dans un message publié sur X le 28 mai 2026, il a affirmé que "le gouvernement des Etats-Unis ne tolérera aucune tentative visant à instaurer un système de péage dans le détroit d'Ormuz" (lien archivé ici).

"Oman, en particulier, doit savoir que le Trésor américain s'attaquera sans relâche à tout acteur impliqué – directement ou indirectement – dans la mise en place d'un péage dans le détroit, et que tout partenaire complice sera sanctionné", a-t-il ajouté.

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Capture d'écran prise le 8 juin 2026 sur X.

Avant cela, le 2 avril 2026, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères chargé des Affaires juridiques et internationales, Kazem Gharibabadi, avait indiqué que l'Iran travaillait à l'élaboration d'un "protocole" avec Oman afin d'assurer, "en temps de paix", la sécurité de navigation dans le détroit d'Ormuz, interrompue par la guerre au Moyen-Orient (lien archivé ici).

De son côté, le gouvernement omanais n'avait alors annoncé aucune discussion officielle avec l'Iran concernant une éventuelle gestion commune de cette voie maritime stratégique.

Dans ce contexte, de nombreuses publications ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux, affirmant que le sultan d'Oman, Haïtham ben Tariq, aurait "signé un décret exécutif visant à augmenter le volume des échanges commerciaux et à renforcer les relations économiques avec l'Iran" - une réponse directe aux déclarations du dirigeant américain, selon les internautes.

Ces messages, partagés des centaines de fois, ont été diffusés sur Facebook (1, 2, 3, 4, 5), Instagram (1, 2, 3, 4), TikTok (1, 2, 3) et X (1, 2), et dans plusieurs langues, notamment en anglais, en arabe et en français.

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Capture d'écran prise le 5 juin 2026 sur Facebook. Croix rouge ajoutée par l'AFP.

Aucun décret n'a été publié

"Aucun décret royal n'a été signé récemment", a affirmé le 28 mai 2026 sur X Andreas Krieg, spécialiste des risques géopolitiques au Moyen-Orient et en Afrique du Nord et directeur de MENA analytica (liens archivés iciici et ici).

Les vérifications effectuées par l'AFP confirment qu'aucune trace d'un décret correspondant aux affirmations relayées en ligne n'apparaît sur le site officiel où sont habituellement publiés les décrets sultaniens (liens archivés ici et ici).

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Capture d'écran prise le 5 juin 2026 sur le site officiel des décrets sultaniens, traduit en français à l'aide de Google Translate.

Par ailleurs, les journalistes de l'AFP présents dans la région du Golfe n'ont relevé aucune annonce en ce sens sur les canaux officiels omanais.

En effectuant des recherches par mots-clés sur le site du ministère des Affaires étrangères d'Oman, l'AFP a retrouvé plusieurs décrets royaux ratifiant des accords d'investissement et de commerce entre Oman et l'Iran (liens archivés ici et ici). Ces textes datent cependant de septembre 2025, soit près de sept mois avant le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient.

C'est également ce qu'a assuré Andreas Krieg le 18 juin 2026 à l'AFP : "Ldécret royal n° 71/2025 [est] daté du 8 septembre 2025. Le ministère omanais des Affaires étrangères indique qu'il a ratifié un accord commercial préférentiel entre Oman et l'Iran, signé à Mascate le 27 mai 2025" (lien archivé ici).

"Cela signifie que l'acte juridique est antérieur à la crise actuelle et ne peut honnêtement être présenté comme une nouvelle réponse omanaise à la menace de Trump", souligne le directeur de MENA analytica.

Interrogée sur la possibilité qu'Oman puisse adopter une mesure susceptible d'accentuer les tensions dans un contexte déjà particulièrement sensible, Fatiha Dazi-Héni, politologue, chercheuse à l'Institut de recherche stratégique de l'Ecole militaire (IRSEM) et spécialiste des monarchies de la péninsule Arabique, a estimé que le sultanat n'aurait "aucun intérêt à jouer un jeu comme ça" (lien archivé ici).

Oman, médiateur traditionnel entre Washington et Téhéran

Situé dans la péninsule arabique, Oman est un allié des Etats-Unis, raison pour laquelle les propos de Donald Trump ont pris les observateurs de court. Le sultanat est aussi connu pour offrir des services de médiation dans la région, servant ainsi d'intermédiaire entre Washington et Téhéran.

Fatiha Dazi-Héni a rappelé que cette tradition de médiation est "extrêmement importante et historique" car, depuis la prise d'otages par les Iraniens du personnel de l'ambassade américaine à Téhéran en 1979, "c'est systématiquement Oman qui fait la médiation sur les dossiers les plus compliqués, les plus difficiles" (lien archivé ici).

"Mais l'histoire seule ne suffit pas à maintenir les relations avec les États-Unis sous Trump", souligne Andreas Krieg (lien archivé ici).

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De gauche à droite, le secrétaire américain à l'Intérieur Doug Burgum, le secrétaire d'État Marco Rubio et le président des États-Unis Donald Trump lors d'une réunion du cabinet dans la salle du Cabinet de la Maison-Blanche à Washington, DC, le 27 mai 2026. (AFP / Kent NISHIMURA)

"Depuis le début de la guerre, l'administration Trump considère qu'Oman ne joue pas son rôle de médiateur et est beaucoup trop proche de l'Iran", analyse Fatiha Dazi-Héni. "Trump ne décolère pas depuis que les Iraniens ont créé cette nouvelle autorité du Détroit du Golfe Persique, parce qu'ils étudient et négocient avec Oman la future régulation du trafic sur le détroit, puisque Oman comme l'Iran ont leurs eaux territoriales qui passent sur ce détroit", poursuit la chercheuse.

"Diviser pour régner"

Andreas Krieg considère pour sa part que "les médias pro-israéliens ont alimenté ce récit suggérant qu'Oman se rapprocherait de l'Iran". Selon ce spécialiste des risques géopolitiques, l'infox aurait pris naissance dans les médias iraniens avant d'être reprise par ces comptes pro-israéliens.

C'est le cas de la publication le 26 mai 2026 d'un article de WANA, un site web iranien, intitulé "Le sultan d'Oman ordonne une augmentation du commerce avec l'Iran". D'après Andreas Krieg, cette formulation a sorti le décret de son contexte initial et l'a réinscrit dans l'actualité comme s'il s'agissait d'une réaction politique à la crise en cours.

D'abord relayée dans les médias iraniens, cette affirmation erronée s'est ensuite propagée dans "l'écosystème informationnel israélien et pro-israélien". Et le même jour, Ariel Oseran, journaliste de la chaîne de télévision internationale i24News basée à Tel-Aviv, la reprenait sur le réseau social X (lien archivé ici).

Il s'est ensuivi une multiplication de relais depuis fin mai. L'affirmation a notamment été diffusée par GlobalNewsHQI, un compte pro-iranien jugé peu crédible par Andreas Krieg, puis a été reprise par Mark Levin, figure influente du commentaire politique pro-israélien aux Etats-Unis, avant d'être relayée par la Foundation for Defense of Democracies (FDD), un institut indépendant basé à Washington, ainsi que par le New York Post (liens archivés ici et ici).

"Des sources iraniennes affirment que le sultan d'Oman a récemment signé un décret visant à développer les échanges commerciaux et les liens économiques avec Téhéran, et laissent entendre que des banques à Mascate pourraient même licencier des cadres réticents à contribuer à la mise en œuvre de cet accord", peut-on lire dans le FDD et le New York Post.

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Captures d'écran prises le 18 juin 2026 sur le site du FDD. Encadré orange, montrant la phrase trompeuse, ajoutée par l'AFP.

Selon Andreas Krieg, les acteurs iraniens et les acteurs israéliens ou pro-israéliens se rejoignent dans l'exploitation de ce même narratif, chacun y trouvant un intérêt stratégique.

"Pour l'Iran, l'objectif est d'empêcher Oman de rejoindre un bloc durement anti-iranien et de présenter Mascate comme un Etat qui continue de maintenir des échanges économiques et diplomatiques avec Téhéran. Pour les faucons israéliens et les entrepreneurs de politique pro-israéliens, Oman est devenu problématique pour la même raison que le Qatar : il essaie de maintenir le dialogue, de préserver des voies de désescalade et d'empêcher que l'escalade ne devienne irréversible", analyse le directeur de MENA analytica.

Réouverture d'Ormuz

Depuis ces publications, les présidents américain et iranien ont signé chacun à distance, le 17 juin 2026, un protocole d'accord dans lequel Téhéran s'engage à rouvrir immédiatement le détroit d'Ormuz et, dans le cadre de futures négociations, à diluer son uranium enrichi en échange de la levée des sanctions internationales (lien archivé ici).

Washington et Téhéran sont ainsi convenus de mettre fin au conflit déclenché le 28 février par les Etats-Unis et Israël contre la République islamique, conflit qui a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et a bousculé l'économie mondiale.

Le conflit actuel au Moyen-Orient fait l'objet d'une désinformation importante. Retrouvez tous les articles de vérification de l'AFP consacrés à la guerre et à l'Iran ici.

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