Non, la fermeture de la basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem n'est pas "une première dans l'Histoire"

Depuis le déclenchement de la guerre contre l'Iran, Israël a fermé les lieux saints de la Vieille ville de Jérusalem pour des raisons de sécurité. Dans ce contexte et à l'approche des célébrations de Pâques, des internautes ont affirmé sur les réseaux sociaux que la fermeture de la basilique du Saint-Sépulcre était une "première dans l'Histoire", la qualifiant par exemple d'"humiliation délibérée du christianisme". Ce n'est pourtant pas la première fois que ce haut lieu de la religion chrétienne ferme ses portes pour une durée indéterminée : les restrictions liées à la pandémie de Covid-19 avaient déjà contraint l'église à fermer pendant deux mois en 2020.

"L'Eglise du Saint Sépulcre a été fermée et ce de manière illimitée par Israël, et ce depuis le 28 Février 2026, invoquant des raisons de sécurité. Sauf que ce n'est JAMAIS arrivé", peut-on lire dans une publication partagée sur X le 18 mars 2026.

Le message est accompagné d'un lien vers un article intitulé "Le Saint-Sépulcre est fermé depuis plusieurs semaines à Jérusalem en raison du conflit au Moyen-Orient", publié le 16 mars 2026 sur le site internet InfoVaticana, consacré à l'Eglise catholique (liens archivés ici et ici).

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Capture d'écran prise sur X le 25 mars 2026. Croix rouge ajoutée par l'AFP.

Une autre publication partagée sur X le 18 mars 2026 indique que "pour la première fois dans l'histoire du christianisme, Israël a fermé indéfiniment l'église du Saint-Sépulcre" et que "les offices de la Semaine sainte et de Pâques seront interdites".

On peut lire ces mêmes affirmations, écrites en anglais, sur l'image qui illustre le post (ci-dessous) : on y voit des flammes autour du sanctuaire qui abrite, selon la tradition chrétienne, le tombeau de Jésus-Christ, dans la basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem.

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Capture d'écran prise sur X le 25 mars 2026. Croix rouge ajoutée par l'AFP.

Des affirmations similaires à propos de la fermeture du lieu saint ont également été relayées dans d'autres publications sur X (ici, ici, ici et ici), qui partagent pour certaines la même illustration.

Or s'il est rare que l'accès au Saint-Sépulcre soit restreint, ce n'est pas sans précédent, contrairement à ce que suggèrent les publications.

Le site avait été fermé au public fin mars 2020, alors qu'Israël appliquait une série de restrictions, dont la fermeture des lieux de culte, pour freiner la propagation du Covid-19 (lien archivé ici). Parmi les mesures prises à l'époque, il était interdit aux habitants de quitter leur domicile, sauf pour acheter des produits de première nécessité tels que de la nourriture et des médicaments, pour se faire soigner ou, dans certains cas, pour se rendre au travail (lien archivé ici).

A Jérusalem, la basilique du Saint Sépulcre était restée fermée au public y compris durant le week-end pascal, les fidèles reclus chez eux ayant suivi les messes du pape François sur écran (liens archivés ici et ici).

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L'entrée de l'église du Saint-Sépulcre, dans la vieille ville de Jérusalem, fermée le 25 mars 2020. (AFP / Ahmad GHARABLI)

L'église a rouvert partiellement deux mois plus tard avec la mise en place de règles strictes à respecter : notamment, nombre de visiteurs limité, obligation du port d'un masque, distance minimale de deux mètres entre chaque personne (lien archivé ici).

Fermeture en 2026

Depuis le début de la guerre déclenchée par l'attaque américano-israélienne sur l'Iran le 28 février 2026, Israël interdit l'accès à la Vieille ville de Jérusalem, sauf pour les résidents ou les propriétaires de magasins, ainsi qu'aux lieux saints, pour des raisons de "sécurité" (lien archivé ici).

"Afin de préserver la sécurité publique et la vie humaine, tous les lieux saints de la Vieille ville, y compris le Kotel [le mur des Lamentations, NDLR], l'esplanade des Mosquées [...] et l'église du Saint-Sépulcre, resteront fermés", avait annoncé un porte-parole de la police israélienne dans une déclaration transmise à la presse le 5 mars 2026.

"L'entrée ne sera autorisée à aucun fidèle ou visiteur, quelle que soit sa confession", avait-il ajouté. Cette fermeture est intervenue en plein ramadan, période pendant laquelle des dizaines de milliers de Palestiniens musulmans viennent en temps normal prier chaque vendredi sur l'esplanade des Mosquées (lien archivé ici).

Le 16 mars 2026, la police en Israël a annoncé que des débris de missiles et d'intercepteurs étaient tombés sur des lieux saints de Jérusalem, notamment l'esplanade des Mosquées et la basilique du Saint-Sépulcre, après des tirs de missiles en provenance d'Iran (lien archivé ici).

Tandis qu'aucune date de réouverture de l'église n'a pour l'instant été annoncée, les gardiens du site ont déclaré dans un communiqué du 21 mars 2026 qu'ils étaient en dialogue constant avec les autorités (lien archivé ici).

Ils ont également précisé que les frères (les gardiens du Saint-Sépulcre) présents sur place n'avaient "jamais cessé, ni de jour ni de nuit, d'accomplir les célébrations prévues, les rites, les processions quotidiennes et les prières liturgiques". "Même en ces jours, bien que l'accès à la basilique soit restreint aux fidèles pour des raisons de sécurité, la prière se poursuit sans discontinuer dans les Lieux Saints."

Francesca Romana Stasolla, professeure d'archéologie chrétienne et médiévale à l'université Sapienza de Rome, qui a dirigé des fouilles à l'église du Saint-Sépulcre et y a vécu pendant trois ans, a indiqué à l'AFP que même si l'église était fermée au public, les activités religieuses ne s'arrêteraient pas (liens archivés ici et ici).

"La vie, les liturgies et les rites se poursuivent sans interruption car les moines et les frères qui vivent dans les couvents et les monastères rattachés à l'église continuent leurs activités quotidiennes", a-t-elle expliqué dans un mail le 20 mars 2026.

"Pâques sera donc célébrée comme d'habitude, certes avec un nombre réduit de personnes, mais les liturgies se poursuivront régulièrement, comme elles l'ont toujours fait", a-t-elle ajouté.

L'AFP a déjà vérifié plusieurs fausses allégations liées à la guerre contre l'Iran.

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