Non, l’ambassade de Côte d’Ivoire en Israël n’a pas été détruite par des frappes iraniennes

Les Etats-Unis et Israël ont lancé samedi 28 février des frappes sur l’Iran et tué le guide suprême iranien Ali Khamenei. Téhéran a répliqué en tirant des salves de missiles vers Israël et les pays du Golfe où sont installées des bases américaines. Une rumeur propagée sur les réseaux sociaux ouest-africains affirme, photo à l’appui, que l’ambassade de Côte d’Ivoire en Israël aurait été bombardée et que l’ambassadeur ivoirien Féni Kouakou aurait été tué. Mais c’est une "fake news", ont démenti les services gouvernementaux ivoiriens de lutte contre la désinformation. La photo invoquée en preuve a été générée par IA. M. Kouakou a lui-même assuré le 1er mars dans un communiqué "qu’aucun ressortissant ivoirien" n’avait pour le moment été "touché par les bombardements". 

Les Etats-Unis et Israël ont mené samedi 28 février une attaque conjointe sans précédent sur l'Iran, après des semaines de menaces d'intervention militaire. Ces frappes ont tué le guide suprême iranien Ali Khamenei, à la tête de la République islamique depuis 36 ans.

L’Iran a en retour mené plusieurs frappes contre Israël et certains pays du Golfe (Emirats arabes unis, Qatar, Bahreïn, Koweït), où sont installées des bases américaines. Depuis, la guerre a embrasé une grande partie du Moyen-Orient, avec notamment l’ouverture d’un front au Liban et des drones visant la base britannique implantée à Chypre (dépêche AFP archivée ici).

Dans ce contexte, de nombreuses publications sur les réseaux sociaux prétendent depuis samedi 28 février que l’ambassade de la Côte d’Ivoire en Israël aurait été détruite par les frappes iraniennes.

"L’ambassade de la Côte d’Ivoire en Israël a été bombardée. L’ambassadeur et tous ses compagnons ont été tués", affirme ainsi face caméra un internaute, dans une vidéo TikTok aimée plus de 37.000 fois depuis sa publication le 28 février (archivé ici).

La même rumeur circule aussi sur Facebook, dans des publications cumulant des centaines de mentions "j’aime" (liens archivés ici et ici). Certains de ces posts insistent en particulier sur le prétendu décès de l’ambassadeur ivoirien Féni Kouakou, comme ici ou ici

Image
Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 2 mars 2026 / Croix rouge et symbole IA ajoutés par l'AFP.

La plupart de ces publications arborent la photo d’un immeuble de quatre étages éventré, comme touché par un missile, dans un décor de désolation. Devant le bâtiment détruit flotte le drapeau israélien, tandis que celui de la Côte d’Ivoire, aux couleurs orange-blanc-vert, gît au sol parmi les débris.

Mais ces affirmations sont "fausses", ont démenti les services gouvernementaux ivoiriens de lutte contre la désinformation. Aucun ressortissant ivoirien n’a été touché à ce stade par les bombardements en Israël, a lui-même indiqué Féni Kouakou le lendemain dans un communiqué de presse. Quant à la photo invoquée en preuve, nos investigations indiquent qu’elle a été générée par IA. 

"Fausse information"

Une recherche sur Internet montre qu'aucun média crédible n'a fait état d’une attaque contre l'ambassade ivoirienne en Israël.

Au contraire, en cherchant des informations sur ce sujet, on retombe rapidement sur une publication d’Alertes 100, la plateforme gouvernementale ivoirienne de lutte contre la désinformation, qui affirme l'inverse (lien archivé ici). 

"Des publications non fondées largement diffusées sur les réseaux sociaux prétendent que l’Ambassadeur de la Côte d’Ivoire en Israël serait décédé à Tel Aviv à la suite d’une frappe de missiles iraniens", est-il résumé dans un post X publié dimanche 1er mars à 16H03. C’est une "fausse information", martèle l’organisme officiel de lutte contre la désinformation. 

Par ailleurs, l’ambassadeur de Côte d’Ivoire en Israël a lui-même signé le dimanche 1er mars - soit le lendemain des publications annonçant sa mort - un communiqué pour "rassurer l’ensemble de ses compatriotes sur le sort des ressortissants ivoiriens établis sur le territoire israélien", après des "informations erronées publiées sur les réseaux sociaux".

 "A ce jour, aucun ressortissant ivoirien, aucune autorité ivoirienne ou aucun bien appartenant à une personne physique ou morale de nationalité ivoirienne n’a été touché par les bombardements", indique le document (lien archivé ici). 

Image générée par IA 

Par ailleurs, l’image censée montrer l’ambassade ivoirienne détruite présente de nombreux indices visuels suggérant qu’elle a été générée par intelligence artificielle. 

Ainsi, la plaque à côté du bâtiment comporte des écritures illisibles, un signe typique des contenus créés par IA. Un journaliste de l'AFP parlant hébreux a confirmé à AFP Factuel que le texte sur le panneau n'était pas rédigé en cette langue. On constate que les lettres ne sont pas non plus celles de l’alphabet latin, ce qui aurait été possible pour présenter en français l’ambassade de Côte d’Ivoire.

Autre détail visuel étrange : l’un des militaires postés devant le bâtiment présente une silhouette incohérente, avec le torse et les mains orientés dans un sens, et les jambes dans l’autre. 

Image
Capture d'écran de l'image générée par IA, réalisée 2 mars 2026 / Zooms et logo IA ajouté par la rédaction de l'AFP.

Une analyse de l’image réalisée à l’aide de l’outil de détection Hive Moderation indique qu’elle a 99,9% de chances d’avoir été générée par intelligence artificielle.

Image
Capture d’écran des résultats d'une analyse réalisée sur Hive Moderation le 2 mars 2026 / Logo IA ajouté par l'AFP.

En consultant la section "À propos de cette image" sur Google Lens, le moteur de recherche confirme qu’elle a été générée par l’intelligence artificielle de Google.

Image
Capture d’écran réalisée sur Google Lens, le 2 mars 2026 / Encadré rouge et logo IA ajouté par l'AFP.

Par ailleurs, le bâtiment présenté sur cette image ne ressemble pas du tout à celui qui héberge réellement l’ambassade ivoirienne en Israël. 

Le site officiel de l’ambassade indique que leurs locaux se trouvent à Ramat Gan, près de Tel Aviv, dans un immeuble appelé l’Atrium Building (lien archivé ici). Une recherche sur le site officiel de l’Atrium building et sur Google maps nous permet de constater que l’architecture de cet immeuble diffère nettement de celle présentée dans l’image relayée sur les réseaux sociaux (liens archivés ici et ici).

Image
Comparaison entre une capture d’écran de Google maps montrant l’Atrium Building et l’image présentant à tort un bâtiment comme l'ambassade de Côte d'Ivoire en Israël détruite / Croix rouge et logo IA ajoutés par l'AFP.

L’Atrium Building est en effet une tour de 40 étages à la façade vitrée, typique d’un quartier d’affaires, et ne correspond pas au bâtiment en béton de quatre étages présenté comme étant l’ambassade de Côte d’Ivoire en Israël.

Le Moyen-Orient s’embrase du Liban au Golfe

Si l’ambassade de Côte d’Ivoire en Israël n’a pas été détruite et l’ambassadeur Féni Kouakou tué dans des frappes le samedi 28 février, de nombreux morts sont en revanche déjà à déplorer en trois jours de guerre. 

Les autorités américaines affirme que leurs frappes ont éliminé 48 "leaders" iraniens, sans fournir de précisions, et que quatre militaires américains ont été tués. Le Croissant-Rouge iranien fait lui état de 555 morts en Iran. L'AFP n'a pas été en mesure à ce stade de vérifier de manière indépendante les bilans donnés par les autorités et organisations iraniennes concernant les civils tués dans les frappes depuis samedi.

Le bilan risque de fortement s’alourdir dans les heures à venir, alors que le conflit embrase désormais une bonne partie du Moyen-Orient. Un nouveau front s'est en effet ouvert au Liban lundi 2 mars, avec des tirs de missiles et de drones vers Israël du Hezbollah pro-iranien. Le mouvement chiite libanais a dit vouloir venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei.

En réponse, l'armée israélienne a mené des frappes massives sur le Liban, faisant 52 morts et 154 blessés, selon le dernier bilan provisoire délivré par les autorités libanaises (dépêche AFP archivée ici). Le gouvernement libanais tente lui de s’extraire du conflit et a annoncé l'interdiction des activités militaires du Hezbollah. 

Image
Des panaches de fumée s'élèvent à la suite du bombardement israélien sur la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, le 2 mars 2026 (AFP / IBRAHIM AMRO)

Les tirs entre Israël et l’Iran se poursuivent aussi. L'armée israélienne a indiqué avoir lancé des raids lundi sur le centre et l'ouest du territoire iranien. Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique du régime iranien, ont eux annoncé viser les bureaux du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (dépêche AFP archivée ici).

Outre Israël, l'Iran a également attaqué en représailles une base aérienne britannique à Chypre, les Emirats arabes unis, le Qatar, l'Arabie saoudite, le Koweït et Bahreïn, où les autorités ont fait état d'un mort lundi.

Cette guerre régionale débutée samedi a déjà généré une grande quantité de fausses informations. AFP Factuel a vérifié en anglais ou en arabe de nombreuses vidéos décontextualisées, comme ici, ici, ici ou encore ici

Vous souhaitez que l'AFP vérifie une information?

Nous contacter