Attention, ces images ne montrent pas les violences au Mexique après la mort du narcotrafiquant El Mencho

La mort du chef du cartel Jalisco Nueva Generación, Nemesio Oseguera Cervantes dit El Mencho, a provoqué une violente réaction de l'organisation criminelle, dans plusieurs Etats du Mexique. Dans ce contexte, de nombreuses vidéos ont été partagées en ligne, montrant des affrontements armés dans les rues, de nombreux incendies, des commerces et banques vandalisés ou encore des routes barrées. Mais plusieurs d'entre elles ont été tournées dans d'autres pays tandis que d'autres ont été générées par intelligence artificielle (IA).

Le Mexique est le théâtre de violences depuis le dimanche 22 février, date à laquelle l'armée mexicaine a tué le baron de la drogue Nemesio Oseguera Cervantes, alias El Mencho, chef du puissant cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG) (lien archivé ici). A 59 ans, il était considéré comme le dernier des grands parrains depuis l'arrestation des fondateurs du cartel rival de Sinaloa, Joaquin Guzman dit "El Chapo" et Ismael Zambada dit "El Mayo", tous deux emprisonnés aux Etats-Unis. 

L'annonce de son décès a provoqué une violente réaction du cartel, dont des membres présumés ont bloqué des routes, incendié des véhicules, attaqué des stations services, des commerces et des banques, et affronté les autorités mexicaines dans 20 des 32 Etats que compte le pays (lien archivé ici).

"La mort de Nemesio Oseguera, alias El Mencho, chef du cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), provoque une flambée de violences à travers le pays. Barrages routiers, véhicules incendiés, commerces brulés et affrontements armés ont été signalés dans plusieurs États, notamment Jalisco et Michocan", écrit sur Facebook "Le Nouveau Détective", un compte se présentant comme un média d'information, le 23 février 2026. La publication compte près de 300.000 vues et de 400 partages. 

A l'appui de ce texte, une vidéo de 24 secondes montre une scène de chaos. Dans une épaisse fumée, un bâtiment brûle aux côtés de dizaines de véhicules, certains encore en feu et d'autres dont il ne reste que la carcasse calcinée. 

Ces mêmes images circulent sur d'autres comptes Facebook, mais également sur X et TikTok ainsi que dans d'autres langues telles que l'espagnol, l'anglais et le thaïlandais

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Capture d'écran réalisée sur X, le 26/02/2026. Croix rouge ajoutée par l'AFP.

Mais cette vidéo virale ne date pas de ces derniers jours et ne peut donc pas montrer les violences commises par le cartel au Mexique.

Une recherche d'image inversée sur Google conduit à des publications, datant du 10 septembre 2025, qui affirment que ces images ont été prises lors des manifestations d'ampleur qui ont touché le Népal à cette période, comme pointent ces publications en français et en népalais (liens archivés ici et ici).

Une vidéo de manifestations au Népal

En examinant avec précision la vidéo, les plaques d'immatriculation ne correspondent pas à celles utilisées au Mexique (lien archivé ici). Elles ressemblent cependant aux plaques d'immatriculation népalaises (lien archivé ici). De la même manière, un panneau au sol ne semble pas être écrit en espagnol, mais en népalais. 

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Captures d'écran prises sur X, le 26/02/2026. Encadrés bleu et orange ajoutés par l'AFP.

En outre, quelques secondes avant la fin de la vidéo virale, le drapeau du Népal apparaît en arrière plan. 

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Comparaison entre le drapeau apparaissant sur la vidéo (à gauche) et le drapeau du Népal, photographié par l'AFP le 17/09/2025 (à droite). (AFP / Arun SANKAR)

Une photographie, prise par l'AFP lors des manifestations au Népal, le 10 septembre 2025, permet de localiser précisément l'endroit où a été prise la vidéo virale. Il s'agit d'un parking à proximité du complexe gouvernemental de Singha Durbar, à Katmandou. On l'aperçoit incendié, en haut à droite de l'image, et aux côtés des mêmes voitures que celles visibles sur la vidéo. 

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Le bâtiment administratif gouvernemental népalais, le Sigha Durbar, incendié par des manifestants, le 10/09/2025. En haut à droite, zoom sur le parking et les voitures calcinées qui apparaissent sur la vidéo virale. (AFP / Prabin Ranabhat)
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Capture d'écran prise le 26/02/2026 sur X. Encadrés vert et rouge ajoutés par l'AFP.

Ces manifestations d'ampleur ont éclaté le 8 septembre, au Népal. A l'origine, les Népalais sont descendus dans les rues pour dénoncer des difficultés économiques de longue date et la corruption des élites, conduits par des groupes de jeunes manifestants réunis sous la bannière "Génération Z". Le même jour, le gouvernement a bloqué l'accès aux réseaux sociaux dans le pays et la révolte s'est grandement intensifiée (lien archivé ici). 

Le lendemain, de nombreux bâtiments institutionnels ont été incendiés, à l'image du Singha Durbar, du Parlement ou encore du domicile du Premier ministre KP Sharma Oli. Le même jour, ce dernier a annoncé sa démission "afin que des mesures puissent être prises en vue d'une solution politique", a-t-il expliqué dans une lettre adressée au président népalais (lien archivé ici). 

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Le Parlement en feu, le 9 septembre 2025, lors des manifestations anti-gouvernementales, à Katmandou au Népal. (AFP / Prabin RANABHAT)

Les manifestants ont cependant été lourdement réprimés par les forces de l'ordre. Au moins 72 personnes sont décédées et des centaines ont été blessées, ce qui en font les troubles les plus meurtriers au Népal depuis l'abolition de la monarchie en 2008 (lien archivé ici). 

Ce n'est pas la première fois que des images des manifestations au Népal ont été décontextualisées, comme l'a vérifié l'AFP ici.

D'autres images d'incendies, générées par IA 

"Situation très chaotique et vague de violence majeure dans plusieurs villes mexicaines après l'assassinat du chef du cartel de la drogue 'El Mencho'", assure un internaute sur X, le 22 février 2026. 

Dans la même publication, une photographie d'une ville côtière mexicaine, prise de haut, et sur laquelle de nombreux bâtiments sont en proie aux flammes. 

Ces images ont également été partagées sur YouTube, TikTok et Facebook, ainsi que dans plusieurs langues telles que l'espagnol

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Capture d'écran réalisée le 26/02/2026 sur TikTok. Croix rouge et symbole IA ajoutés par l'AFP.

Mais attention, cette vidéo ne montre pas les violences en représailles après la mort du baron de la drogue El Mencho. Elle a été générée par intelligence artificielle (IA). 

Plusieurs outils et indices accréditent le soupçon d'une image synthétique. Le détecteur d'IA Hive Moderation a ainsi conclu qu'il y avait une très forte probabilité que la photographie virale ait été générée par IA.

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Capture d'écran prise le 26/02/2026 de l'analyse Hive Moderation. Symbole IA ajouté par l'AFP.

En outre, en bas à droite de l'image, apparaît le logo de Gemini, l'intelligence artificielle de Google.

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Capture d'écran réalisée le 26/02/2026 sur X. Cercle rouge et symbole IA ajoutés par l'AFP.

Enfin, l'outil de détection d'IA SynthID Detector, développé par Google, établit également que l'image a été générée à l'aide de Google AI.

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Capture d'écran réalisée le 26/02/2026 de l'analyse de SynthID. Symbole IA ajouté par l'AFP.

L'image synthétique se base cependant sur des réels bâtiments. Une géolocalisation a permis de retrouver l'église, en feu, qui se trouve au centre de l'image générée par IA. Il s'agit de la paroisse Notre-Dame de Guadalupe, au cœur d'une des villes touchées par les violences du cartel CJNG depuis la mort d'El Mencho, Puerto Vallarta (lien archivé ici). Aucune recherche ne permet cependant de trouver la trace d'un incendie qui aurait touché le monument religieux.

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Capture d'écran de la paroisse Notre-Dame de Guadalupe réalisée sur Google Street View le 26/02/2026.

Dans cette ville qui attire de nombreux touristes américains et canadiens, les hommes d'El Mencho ont cependant bien brûlé des véhicules et saccagé des commerces, mais les dégâts n'ont pas été de l'ampleur de ceux montrés sur la photo générée par IA. 

Le CJNG, "l'une des organisations les plus puissantes du Mexique"

En marge des violences d'ampleur commises par le cartel, les affrontements entre les forces armées et le CJNG ont tué 25 membres de la garde nationale, un agent de sécurité et un fonctionnaire du parquet (lien archivé ici). Quarante-six narcotrafiquants ont également péri depuis le 22 février. En tout, quelques 10.000 soldats ont été déployés dans le pays pour rétablir l'ordre. 

La réaction du cartel à la mort de leur chef a mis en évidence son pouvoir tentaculaire (lien archivé ici). Fondé en 2009 par El Mencho, le CJNG est devenu l'une des principales organisations de trafic de drogue du pays, devant le cartel rival de Sinaloa. "C'est certainement l'une des organisations les plus puissantes du Mexique en termes de capacité militaire, de capacité de recrutement et d'armement", détaille pour l'AFP David Mora, expert du centre d'analyse Crisis Group, le 23 février (liens archivés ici et ici).

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Des membres de la Garde nationale près d'un bus incendié par des groupes criminels en représailles à l'assassinat du narcotraficant El Mencho, dans l'Etat de Jalisco, au Mexique, le 22 février 2026. (AFP / Ulises Ruiz Basurto)

Selon Washington, le CNJG est l'un des principaux responsables du trafic d'héroïne, de cocaïne, de méthamphétamine et de fentanyl vers les Etats-Unis. Une force de frappe qui a poussé le pays à proposer une récompense de 15 millions de dollars pour la capture d'El Mencho. 

Lundi 23 février, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum et son homologue américain Donald Trump se sont téléphonés durant quelques minutes (lien archivé ici). La dirigeante de gauche a décrit à M. Trump "comment s'était déroulée l'opération" et l'a informé que la capture du narcotrafiquant avait été effectuée avec l'appui de renseignements fournis par Washington, a-t-elle résumé lors d'une conférence de presse, mercredi 25 février.

Le président de la Fifa Gianni Infantino s'est quant à lui dit serein au sujet de l'accueil par le Mexique de certains matches de la Coupe du monde de football 2026 (lien archivé ici). 

La désinformation, une autre arme du CJNG 

La mobilisation numérique autour des violences commises par le puissant cartel a été le fait de plusieurs groupes, note le journaliste spécialiste des réseaux sociaux Alberto Escorcia, auprès de l'AFP (liens archivés ici et ici). 

"L'un deux a été le cartel de Jalisco, qui a amplifié le chaos", poursuit-il. Ont également participé des groupes "opportunistes" cherchant à exploiter l'épisode à des fins politiques au niveau national et international, a-t-il ajouté. 

Plusieurs de ces comptes ont été rattachés par l'AFP à des acteurs de désinformation au Mexique et dans d'autres pays d'Amérique latine. 

Le ministre mexicain de la Sécurité, Omar Garcia Harfuch, a confirmé que "plusieurs comptes" diffusant de la désinformation avaient été détectés. "Un travail plus approfondi va être mené pour savoir lesquels ont un lien direct avec une organisation criminelle", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.

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