Attention, cette vidéo d'un prétendu "quartier rouge" à Accra a été générée par IA

Selon une étude publiée en 2020, le Ghana compterait environ 60.000 travailleuses du sexe. Depuis fin janvier, une séquence vidéo montrant des femmes alignées dans des vitrines rouges, supposément dans les rues de la capitale ghanéenne d'Accra, est partagée des centaines de fois sur les réseaux sociaux africains. Elle a choqué de nombreux internautes aussi bien francophones qu'anglophones, qui y voient une expansion décomplexée de la prostitution, pourtant criminalisée dans le pays. En réalité, cette vidéo a été générée par intelligence artificielle, comme en témoignent plusieurs incohérences visuelles.

Depuis fin janvier, une vidéo montrant des jeunes femmes exposées dans des vitrines aux lumières rouges, afin d'attirer des clients pour des prestations sexuelles rémunérées, fait le tour de la toile africaine. Si on en croit le texte en haut de l’écran, la scène est censée se passer à Accra, la capitale du Ghana. 

"Des filles en vente sexuelle dans des vitrines, comme des marchandises", s’indigne ainsi un internaute burkinabè dans une publication Facebook (lien archivé ici). "Donc [le] Ghana fait ca aussi", commente ironiquement un autre post qui a récolté plus de 6.400 mentions "j'aime" depuis sa publication le 2 février (lien archivée ici). 

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Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 09/02/2026. Watermark "AI" et croix rouge ajoutés par la rédaction de l'AFP.

Cette vidéo est aussi massivement relayée dans bon nombre de posts en anglais, comme ici ou ici.

Ces publications suscitent à chaque fois des centaines de commentaires, pour la plupart indignés de la situation. Quelques-uns, plus vigilants, y décèlent des traces de manipulations artificielles. 

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Capture d'écran d'un commentaire sous un post Facebook, réalisée le 6 février 2026.

A juste titre, car la séquence vidéo a en effet été générée par IA, comme le prouvent plusieurs incohérences visuelles. Sur le fond, aucun quartier de ce type n’existe actuellement à Accra, a confirmé la correspondante de l’AFP sur place. 

Trop de mains et de pieds 

En regardant de près la vidéo, on observe dès la 3ème seconde des incohérences visuelles troublantes. L'une des jeunes femmes filmées semble présenter quatre pieds à l'écran : deux pieds nus au premier plan, encadrés par deux pieds chaussés. 

La personne suivante apparaît avec trois jambes, dont l'une est partiellement dissimulée par un pantalon. À la 8ème seconde, une autre jeune femme présente une anomalie au niveau du bras droit. Sa main semble avoir une extrémité déformée et allongée, avec des doigts difficilement identifiables. On observe également une extension anormale reliant son genou à un troisième bras.

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Captures d'écran d'une vidéo générée par IA, réalisées le 10/02/2026 / Cercles de couleurs et watermark IA ajoutés par la rédaction de l'AFP.

Ces erreurs visuelles - membres en trop, déformations corporelles, parties du corps mal connectées - sont typiques des vidéos générées par IA, qui, très souvent, ne reproduisent pas correctement les extrémités du corps humain.

Des analyses de cette vidéo réalisées à l’aide de détecteurs d'IA confirment qu'il y a de très grandes chances qu'elle ait été générée par cette technologie. Ainsi, les outils de vérification InVID-WeVerify (co-créé par l’AFP) et Hive moderation indiquent respectivement que ces images ont 60% à 98% de chances d'avoir été générées par intelligence artificielle. 

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Capture d'écran des résultats d’une analyse vidéo effectuée sur Hive Moderation, réalisée le 10 février 2026 par la rédaction de l'AFP. (Charlotte DURAND)

Compte spécialisé dans la création IA

Afin d'en apprendre plus, on essaye de retrouver l'utilisateur qui a initialement publié cette séquence. Dans certaines publications X en anglais, la vidéo contient un léger filigrane qui indique le nom d'un compte TikTok, @king.arthi. 

Le compte @king.arthi a bien diffusé la vidéo sur laquelle nous travaillons et ce dès le 26 janvier 2025, ce qui constitue la plus ancienne occurrence retrouvée à ce stade (lien archivé ici). Depuis sa publication, elle a été "aimée" plus de 118.000 fois et repartagée presque 20.000 fois. 

Le titulaire de ce compte basé en Roumanie indique explicitement dans sa biographie que ses contenus sont générés par intelligence artificielle et qu'il vend des formations à la création par IA. Ses vidéos TikTok sont utilisées comme vitrine pour son activité professionnelle, comme le laisse entendre sa description : "Créez du contenu cinématographique par IA, comme je le fais". 

Le compte @king.arthi comporte d'ailleurs de nombreuses vidéos similaires à celle du faux "quartier rouge" d'Accra, avec des femmes censées être vendues en vitrine dans des villes comme Berlin, Jakarta, Munich, Bali ou encore Chongqing. Toutes présentent les mêmes anomalies que dans la vidéo que nous analysons, visibles notamment au niveau des doigts.

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Mise en évidence de vidéos similaires générées par IA, publiées sur le compte de @king.arthi / Capture d'écran réalisée le 10 février 2026 / Encadrés rouges ajoutés par la rédaction de l'AFP.

L’une de ces vidéos générées par IA est censée montrer le quartier rouge d'Amsterdam (archivée ici), qui lui existe réellement (dépêche AFP archivée ici). 

Travail sexuel illégal au Ghana

Un tel quartier n’existe cependant pas à Accra ni ailleurs au Ghana, où la prostitution est interdite, a démenti Winifred Lartey, la correspondante de l’AFP dans le pays. 

"Nous avons bien des cas de prostitution dans le pays, mais ce type d'exhibition sexuelle commerciale n'existe à aucun endroit au Ghana. Rien de tel n'a été documenté, n'est apparu dans les médias, ni n'a été évoqué par des avocats spécialistes des droits humains dans les émissions des différentes chaînes", a-t-elle détaillé. 

Et pour cause : "Le travail sexuel est illégal dans le pays, donc les gens le font en cachette. Ils ne s'affichent pas comme ça au vu de tous, parce qu'on peut se faire arrêter".

En effet, la prostitution est considérée au Ghana comme un délit puni par la loi. Une loi adoptée par le Parlement ghanéen en 1960 (section 276) incrimine le racolage persistant à des fins de prostitution dans l’espace public (archivée ici). Une première infraction est sanctionnée par une amende, tandis que les récidives sont passibles de peines plus sévères pouvant aller jusqu’à l’emprisonnement.

La vidéo virale ne reflète donc pas la réalité à Accra. Pour autant, le Ghana compterait près de 60.000 travailleuses du sexe, estimait une étude publiée en 2020 par un consortium de chercheurs associant notamment l’Université du Ghana et la Division mondiale VIH/TB des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (archivée ici).

De façon plus large, le Ghana est confronté à de graves problèmes de traite humaine. Un rapport de l'ONU indique que le pays sert de point d'origine, de transit et de destination pour la traite d'êtres humains, notamment celle d'enfants exploités à des fins sexuelles, mais aussi dans d'autres types de travail forcé (archivé ici).

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