Ces prétendues photos d'une perquisition dans les locaux de X à Paris ont été générées par IA

Une perquisition a eu lieu le 3 février dans les locaux parisien du réseau social X, dans le cadre d'une enquête sur de supposées dérives de la plateforme. Dans ce contexte, de prétendues photos de la perquisition ont rapidement circulé en ligne. Devenues virales, elles ont notamment été relayées par des internautes pro-Trump, qui ont vu dans cette opération une "menace" pour la liberté d'expression, érigeant ces images en symboles. Mais elles ont, en réalité, été générées par intelligence artificielle (IA), comme le suggèrent certaines incohérences visuelles. En outre, selon les recherches effectuées par l'AFP, il n'y avait pas, au 5 février, de cliché disponible de cette opération. 

Dans la foulée de la perquisition, le réseau social X a dénoncé un "acte judiciaire abusif" reposant "sur des motivations politiques", affirmant qu'il ne se laisserait "pas intimider" (lien archivé ici).

"Les allégations ayant justifié cette perquisition sont infondées et X réfute catégoriquement avoir commis la moindre infraction", a déclaré le réseau social dans une publication diffusée le même jour (lien archivé ici). 

Dans ce même message, le réseau social d'Elon Musk a indiqué : "Les autorités judiciaires françaises ont perquisitionné ce jour les bureaux parisiens de X dans le cadre d'une enquête pénale reposant sur des motivations politiques et faisant suite à des allégations de manipulation d'algorithmes et de prétendues extractions frauduleuses de données. Nous sommes déçus par ce développement mais il ne nous surprend pas".

Quelques heures après la perquisition, certains internautes pro-Trump, dont le comité de soutien français du président américain Donald Trump, ont partagé une image érigée par eux en symbole supposé de l'atteinte à la liberté d'expression. On y voit des véhicules de la police nationale et des policiers en uniforme entrer dans un bâtiment, dont l'entrée est surmontée d'un immense logo arborant le logo X et présenté comme le siège français du réseau social.

"Cette photo et ce qui se trame derrière elle fait peur pour la liberté d'expression en France !", affirme l'ancien eurodéputé Gilbert Collard sur X, dans une publication partagée des milliers de fois et aimée par plus de 3.000 internautes depuis le 4 février (lien archivé ici).

"La photo de ce début d'année en France", écrit pour sa part le Comité Trump France.

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Captures d'écran prises le 5 février 2026 sur X. Croix rouge ajoutée par l'AFP.

Des messages similaires circulent également sur Facebook et dans plusieurs langues, notamment en allemand, en anglais et en chinois.

"ILS PASSENT À L'ACTE. À NOUS DE RÉPONDRE. À travers X, c'est la liberté d'expression qui est attaquée. C'est votre voix qui est menacée", s'indigne le franco-américain Nicolas Conquer, l'un des plus ardents défenseurs du président américain dans les médias. Celui-ci a également appelé ses abonnés à manifester "pour la liberté d'expression" le 7 février.

Pour illustrer ses propos, il relaie une autre image - également diffusée en français et en anglais - montrant un policier de dos devant un bâtiment présenté comme le siège de X.

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Captures d'écran prises le 5 février 2026 sur X. Croix rouge ajoutée par l'AFP.

En avril 2022, Elon Musk avait passé un accord définitif avec le conseil d'administration de Twitter (devenu X) pour racheter le réseau social, valorisé à 44 milliards de dollars, dans le but affiché de défendre la liberté d'expression (lien archivé ici).

"La liberté d'expression est le socle d'une démocratie qui fonctionne, et Twitter est la place publique numérique où les sujets vitaux pour le futur de l'humanité sont débattus", avait déclaré le patron de Tesla et de SpaceX le 25 avril 2022.

Mais, au 5 février, l'AFP n'avait trouvé aucune trace d'une image authentique de cette opération, largement couverte par les médias en France et aux Etats-Unis en particulier.

Créées pour illustrer la perquisition du 3 février et dans le but de renforcer le message d'une liberté d'expression bafouée par la justice française, ces images ont en fait été générées par IA. 

Des images générées par IA

En observant les images de près, on peut relever plusieurs incohérences visuelles, typiques des contenus générés par IA.

Sur la première image, les visages des personnes visibles à l'intérieur du bâtiment apparaissent déformés, tout comme les numéros de plaque d'immatriculation des véhicules de la police nationale.

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Mises en évidence des incohérences visuelles de l'image générée par IA. Encadrés rouges ajoutés par l'AFP.

De plus, l'écusson figurant sur le bras gauche du policier situé à droite de l'image diffère du véritable insigne : le trait rouge y est notamment plus court que sur l'écusson officiel.

On peut aussi remarquer que le bord de la carrosserie de l'aile avant du véhicule de droite porte un liseré blanc très net et peu naturel, lui aussi indicateur d'une image générée par IA.

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Un écusson de la police nationale à la préfecture de police, à Paris (France), le 4 novembre 2025. (AFP / Julie SEBADELHA)

AFP Factuel a par ailleurs pu établir que l'image avait été générée à l'aide de Google AI, modèle d'intelligence artificielle de Google, en utilisant l'outil de SynthID, qui permet d'identifier les contenus produits par cette technologie (liens archivé ici).

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Capture d'écran prise le 5 février 2026 de l'analyse de SynthID, montrant que l'image a été générée par IA avec Google AI.

La seconde image présente, elle aussi, de nombreuses anomalies : les visages des passants et d'un policier à l'arrière-plan sont flous, déformés ou asymétriques, et les inscriptions sur les uniformes des forces de l'ordre sont illisibles.

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Mise en évidence des incohérences visuelles de l'image générée par IA. Encadrés rouges ajoutés par l'AFP.

Une analyse réalisée par l'AFP à l'aide du détecteur d'images synthétiques intégré à l'outil de vérification (cocréé par l'AFP) InVID-WeVerify estime que cette image a vraisemblablement été générée par IA, avec un score de probabilité de 99 %.

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Capture d'écran prise le 5 février 2026 de l'analyse de la photo effectuée sur InVID-WeVerify par l'AFP.

Aucune photo des locaux français de X

Au moment de la publication de cet article, l'AFP n'était pas en mesure de confirmer avec certitude l'adresse officielle des locaux français de X, qui n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

En effectuant une recherche par mots-clés sur Google ("siège Twitter Paris"), l'AFP a identifié deux établissements français de X (anciennement Twitter) répertoriés comme étant "en activité" dans l'annuaire des entreprises (lien archivé ici).

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Capture d'écran prise le 5 février 2026 dans l'annuaire des entreprises, montrant les adresses des deux établissements de X, ancien Twitter.

L'une de ces établissements, présenté comme le "siège social" de la plateforme, est domicilié au 10, rue de la Paix, dans le 2ème arrondissement de Paris, depuis le 5 novembre 2012.

Ces résultats ont permis à l'AFP de géolocaliser la façade du bâtiment à l'aide de Google Street View, et de constater qu'aucune enseigne X n'y figure (lien archivé ici).

En consultant les images de Google Street View couvrant la période d'août 2013 à avril 2025, l'AFP n'a trouvé aucune trace d'une enseigne arborant le logo du réseau social d'Elon Musk, contrairement à ce que montrent les images générées par IA qui circulent en ligne.

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Comparaison des images générées par IA (à gauche) avec l'aperçus de la façade du 10 rue de la Paix (75002 Paris) en août 2013 (à droite). Captures d'écran, mosaïque et croix rouge effectuées le 5 février 2026 par l'AFP.

Une deuxième adresse figure également dans l'annuaire des entreprises : le 17, rue Scribe, dans le 9ème arrondissement de Paris, où une entité liée à X est déclarée en activité depuis le 12 mai 2016 (lien archivé ici).

Là encore, la façade du bâtiment ne présente aucune similitude avec celles visibles sur les images générées par IA relayées sur les réseaux sociaux. 

Le 3 février, une journaliste AFP basée à Paris s'est rendue sur place. Aucune présence visible du réseau social X n'a toutefois pu être constatée.

Le réseau social dans le collimateur des autorités

La perquisition et la convocation le 20 avril d'Elon Musk et de l'ancienne directrice générale, Linda Yaccarino, par les autorités françaises marquent une nouvelle étape dans les différentes procédures judiciaires lancées en France et en Europe face aux nombreuses dérives dont est accusée la plateforme (liens archivés ici, ici et ici).

X est visé par une enquête pour des algorithmes jugés biaisés. L'enquête a été élargie après des signalements dénonçant le fonctionnement de Grok, intelligence artificielle de la plateforme.

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