
Attention à cet extrait tronqué d'un discours de Donald Trump sur le terrorisme aux Etats-Unis
- Cet article date de plus d'un an
- Publié le 26 janvier 2024 à 16:38
- Lecture : 11 min
- Par : Claire-Line NASS, AFP France
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"Donald Trump : 'il n'y a pas eu d'attentat du 11 septembre comme ils nous l’ont montré'", commence une publication sur X partagée plus de 2.400 fois en moins d'un jour au 25 janvier 2024.
La publication diffuse un extrait vidéo d'un discours de l'ancien président américain, en pleine campagne pour les primaires républicaines qui désigneront le candidat du parti à l'élection présidentielle de novembre 2024.

La vidéo, sous-titrée en français, commence au moment où Donald Trump dit : "Nous voulions empêcher la terreur d'entrer dans notre pays. Mais je ne pouvais pas en parler parce que je ne voulais pas faire ça et ensuite le jour d'après, quelque chose aurait pu se produire. Donc je me suis tu pendant quatre ans sur ce sujet particulier. Mais maintenant, j'en parle tout le temps. Nous n'avons pas eu d'attaques, nous n'avons pas eu de 'World Trade Center'. Nous n'avons pas eu les attaques comme vous avez pu le voir et que vous voyez dans d'autres pays".
Il parle ensuite de l'implication américaine au Moyen-Orient, critiquant la politique du gouvernement de son successeur Joe Biden, qui a annoncé vouloir se représenter aux élections de novembre 2024 sous l'étiquette du parti démocrate.
Mais attention, cet extrait a été coupé et sorti de son contexte : dans ses propos précédents, Donald Trump indiquait qu'il faisait référence à son propre mandat, voulant justifier que lors de ce dernier, il n'y avait pas eu, selon lui, d'attaque terroriste majeure telle que celle du 11 septembre 2001 sur le sol américain. Des propos qui font partie de l'argumentaire de l'ancien président des Etats-Unis centré sur la sécurité et l'opposition à l'immigration, mais qui ont par ailleurs déjà fait l'objet d'articles de vérifications de médias américains.
Un extrait sorti de son contexte
Sur l'extrait partagé sur les réseaux sociaux, on peut repérer un bandeau avec les mots "live, Laconia, NH" (pour New Hampshire, un Etat américain) en haut à gauche, ainsi que des inscriptions dont "Team Trump", "Trump 2024" ou encore "Make America great again!" (le désormais bien connu slogan de campagne de l'ancien président américain) derrière le pupitre.
Ces éléments laissent à penser qu'il peut s'agir d'un discours de ce dernier dans le cadre des primaires républicaines (lien archivé ici), qui doivent désigner le candidat qui représentera le parti en novembre, et se sont ouvertes le 15 janvier dans l'Iowa.
En effectuant une recherche à partir des mots-clés "Trump", "Laconia, NH" et "speech", on peut retrouver plusieurs vidéos diffusées sur YouTube par des médias américains, dont une vidéo diffusée par la chaîne CNBC-TV18 (lien archivé ici) sur laquelle apparaissent à certains moments les mêmes bandeaux en haut à gauche et en bas de l'image que ceux de la publication sur X, et qui crédite ces images à Donald Trump.
En se rendant sur son site officiel de campagne, on peut en effet retrouver une vidéo de l'intervention entière de l'ancien président américain, publiée sur la plateforme Rumble, inaccessible en France (lien archivé ici) en janvier 2024, mais qui reste consultable en utilisant un VPN permettant de se localiser à l'étranger - en l'occurrence, nous avons choisi les Etats-Unis.
Le décor, la position du public et les bandeaux affichés à l'écran correspondent exactement avec ceux de l'extrait partagé avec des sous-titres en français sur X. On retrouve l'extrait diffusé sur les réseaux sociaux à partir de 24'27.

Si Donald Trump y prononce bien les mêmes phrases que celles mises en avant dans les publications sur X, il précise néanmoins juste avant qu'il fait référence à son mandat de président, au cours duquel il n'y a pas eu, selon lui d'attaques terroristes telles que celle du 11 septembre 2001.
Donald Trump critique son opposante à la primaire Nikki Haley, qui a été ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU pendant la présidence de Barack Obama, son prédécesseur à la Maison Blanche.
Puis, à partir de 24'15, il dit : "Quand j'y étais [à la présidence des Etats-Unis], pendant quatre ans, je voulais tellement le dire, nous n'avons pas eu de terrorisme. Nous n'avons pas eu d'attaques, nous n'avons rien eu. Et je veux... Nous avions le 'Trump travel ban' [des mesures limitant l'arrivée aux Etats-Unis de personnes venant de certains pays, majoritairement musulmans du Moyen-Orient, NDLR], appelé le 'Terror ban', n'est-ce pas. Nous voulions empêcher la terreur d'arriver dans notre pays. Mais je ne pouvais pas en parler parce que je ne voulais pas faire ça et ensuite le jour d'après, quelque chose aurait pu se produire. Donc je me suis tu pendant quatre ans sur ce sujet particulier. Mais maintenant, j'en parle tout le temps. Nous n'avons pas eu d'attaques, nous n'avons pas eu de 'World Trade Center', nous n'avons pas eu d'attaques comme vous l'avez vu dans d'autres pays".
D'autres médias, comme C-Span (lien archivé ici) ou The National Desk (archivé ici), avaient aussi diffusé des extraits de la même intervention, où le passage au cours duquel Donald Trump fait référence à ses quatre années à la Maison Blanche figure bien.
Des photos prises par un journaliste de l'AFP pendant cette intervention montrent aussi le même décor ainsi que les mêmes vêtements portés par Donald Trump pendant cette intervention du 22 janvier 2024 .
D'autres médias avaient mentionné ce meeting, en se concentrant sur les propos du candidats visant son opposante Nikki Haley.

Par ailleurs, Donald Trump a à plusieurs reprises par le passé indiqué avoir été présent à New York, et avoir été, depuis sa Trump Tower située non loin de Central Park, témoin de l'effondrement des tours jumelles le 11 septembre 2001, comme détaillé dans cette vidéo de CNN (archivée ici), dans cet article d'ABC de 2019 (archivé ici) ou encore cet autre du Washington Post (archivé ici), qui s'intéressait précisément à ce qu'avait fait l'ancien président lors de l'effondrement des tours jumelles.
Des théories conspirationnistes récurrentes sur les attaques du 11 septembre
Le 11 septembre 2001, deux avions détournés se sont écrasés sur le World Trade Center et un autre sur le Pentagone lors d'attaques orchestrées par Al-Qaïda, faisant près de 3.000 victimes.
Un quatrième avion s'est écrasé dans un champ en Pennsylvanie après que les passagers se sont battus avec les pirates de l'air.
Ces attaques, largement documentées par les médias du monde entier, et par exemple racontées ici par un journaliste de l'AFP en poste à New York à ce moment-là, ont provoqué "le plus grand nombre de décès causés par une attaque étrangère sur le sol américain" à ce jour, selon le site du musée et mémorial américain sur le 11 septembre (lien archivé ici).
Plus de vingt ans après, elle font néanmoins régulièrement l'objet de théories conspirationnistes, qui se heurtent à la réalité des images et témoignages, et sont régulièrement vérifiés par des médias, comme ici par Le Monde (lien archivé ici) et France 24 (lien archivé ici) en 2021, ou encore l'équipe anglophone de l'AFP (1, 2, 3, 4) ces dernières années.

En 2001, bien avant d'être président des Etats-Unis, et bien avant que des enquêtes soient menées pour déterminer les causes des attaques et les personnes impliquées, Donald Trump avait par ailleurs donné une interview dont certains extraits ont, des années plus tard, été rediffusés sur les réseaux sociaux prétendant qu'il suggérait que les attentats auraient été commandités par les Etats-Unis eux-mêmes.
Ces propos, qui consistent en l'une des théories conspirationnistes les plus répandues sur les attaques, avaient fait l'objet de vérifications de médias américains comme PolitiFact (lien archivé ici) en septembre 2023.
Donald Trump n'y remettait par ailleurs pas en cause l'existence elle-même des attentats.

Des attentats au sein des Etats-Unis pendant les années Trump
Les propos présentés dans l'extrait, qui visent à présenter les années pendant lesquelles Donald Trump était président des Etats-Unis comme des années "sans terrorisme" ou "sans attaques" aux Etats-Unis, sont régulièrement répétés par le candidat, mais ont déjà fait l'objet de vérifications par plusieurs médias américains qui les ont jugés trompeurs.
Comme le rappelait en octobre 2023 cet article de CNN (lien archivé ici), le ministère de la justice de Donald Trump avait indiqué (lien archivé ici) qu'une tuerie de masse à New York en 2017, qui avait tué huit personnes et blessé d'autres, était une "attaque terroriste menée en soutien à l'Etat islamique".
Le même ministère avait également indiqué qu'un autre attentat (lien archivé ici) perpétré en 2019 par un membre extrémiste de l'armée saoudienne, qui a tué trois militaires américains et en a blessé d'autres dans une base militaire en Floride, "était motivé par l'idéologie djihadiste" et avait été perpétré par un "associé" de longue date d'Al-Qaïda.
Le Washington Post, dans un article (lien archivé ici) publié le 13 janvier 2024 vérifiant des propos similaires de Donald Trump, soulignait aussi que l'ancien président avait lui-même fait référence à l'attaque de 2017 dans son discours sur l'état de l'Union (lien archivé ici) de janvier 2018, en la qualifiant d'"attaque terroriste".
Par ailleurs, rappelait CNN, outre des attaques menées par des groupes qualifiés par les Etats-Unis de "terroristes islamistes", d'autres attaques qualifiées de "terroristes" par le ministère de la justice américain ont eu lieu au sein du pays entre 2016 et 2020.
Ce dernier avait ainsi par exemple qualifié (lien archivé ici) d'"attaque terroriste intérieure" l'envoi par un partisan de Donald Trump d'engins explosifs fabriqués à des responsables démocrates, à des médias dont CNN, et à d'autres personnes en 2018.
Des tueries à caractère raciste, visant des personnes noires ou latinos avaient également été qualifiées d'actes de "terrorismeintérieur" sous les années Trump, rappelle encore CNN dans son article.
Un probable nouveau duel Trump-Biden en novembre
Un nouveau duel entre Joe Biden et Donald Trump pour la présidence des Etats-Unis en novembre est à ce jour l'hypothèse la plus probable, après la victoire (lien archivé ici) de l'ancien président lors de la primaire du New Hampshire le 23 janvier, qui a cimenté son statut de favori dans la course à l'investiture républicaine.
Le magnat de l'immobilier a tenu un discours de "victoire" après l'annonce des résultats du scrutin l'opposant à Nikki Haley. Sa rivale, ancienne ambassadrice à l'ONU, espérait remporter ce petit Etat du nord-est, où les électeurs conservateurs sont réputés plus modérés.
Donald Trump l'a devancée d'environ 11 points, avec plus de 54% des voix, après une victoire nette quelques jours avant dans l'Iowa, où le taux de participation avait toutefois été faible.
Par le passé, tous les républicains ayant remporté ces deux primaires ont ensuite été investis.
Joe Biden a lui aussi remporté la primaire démocrate, moins significative, dans le New Hampshire. Il n'était pas officiellement inscrit, mais les électeurs, répondant à une campagne en ce sens, ont mis son nom sur les bulletins.
Si Nikki Haley, seule femme en lice pour l'investiture républicaine, veut croire que la course est "loin d'être terminée" avec Donald Trump, le président démocrate a d'ores et déjà désigné ce dernier comme l'adversaire à battre.

En parallèle, le procès en diffamation (lien archivé ici) qu'a intenté une autrice contre Donald Trump le 25 janvier à New York en présence de l'ancien président des Etats-Unis qui doit y témoigner, fort de sa victoire aux primaires républicaines dans le New Hampshire.
Ce procès au civil oppose depuis le 16 janvier une ancienne chroniqueuse de l'édition américaine du magazine Elle, Elizabeth Jean Carroll, 80 ans, à Donald Trump, 77 ans, qu'elle a déjà fait condamner au civil en mai 2023 à cinq millions de dollars de dédommagements pour agression sexuelle en 1996 et, une première fois, pour diffamation.
Faisant la navette depuis huit jours entre ses meetings de campagne dans les Etats et de l'Iowa et du New Hampshire et le tribunal fédéral de New York, l'ex-locataire de la Maison Blanche, qui rêve d'y retourner et sort renforcé par ses victoires aux primaires des 15 et 23 janvier, a témoigné pour se défendre.
Donald Trump est aussi visé, en cette année électorale, par quatre affaires au pénal.