( AFP / Luis ROBAYO)

Attention, l'Institut Pasteur n'a pas "reconnu" l'ivermectine comme un traitement efficace contre le Covid

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L'ivermectine serait désormais "reconnue scientifiquement" par l'Institut Pasteur comme un "médicament efficace" contre le Covid-19, affirme une publication virale sur Twitter. Ce même Institut Pasteur dément pourtant cette affirmation. En 2021, l'Institut avait certes communiqué des résultats sur une étude pré-clinique sur des hamsters infectés, lors de laquelle le traitement avait aidé à atténuer certains symptômes, sans pour autant montrer une limitation de la réplication virale du virus. Une étude qui n'est de toute façon "pas suffisante pour envisager un usage médical", souligne encore aujourd'hui l'Institut.

Capture d'écran Twitter prise le 10 juin 2022

"L'ivermectine est désormais scientifiquement reconnue comme médicament efficace, en prophylaxie et pour le traitement de Covid-19 par des chercheuses de l'institut Pasteur en France", affirme l'auteur d'un tweet partagé plus de 6000 fois en 10 jours.

"L'affirmation faite dans ce tweet est incorrecte. L'institut Pasteur n'a jamais évalué et encore moins confirmé l'efficacité de l'ivermectine chez l'Homme comme traitement contre la Covid-19", a répondu l'Institut Pasteur, sollicité par l'AFP.

L'ivermectine est un médicament - à usage vétérinaire et humain - utilisé contre des parasites, comme la gale, la cécité des rivières (onchocercose) ou encore les poux. Ce traitement, peu coûteux et qui a l'avantage de présenter peu d'effets indésirables, est très utilisé dans les zones du monde touchées par les infestations parasitaires.

Depuis le début de la crise sanitaire, des études ont été conduites pour voir si ce médicament, connu pour sa capacité à limiter la réplication de certains virus comme celui de la fièvre jaune, pourrait également aider à lutter contre le Covid-19.

En juillet 2021, l'Institut Pasteur a communiqué sur les résultats d'une étude pré-clinique sur l'ivermectine pour lutter contre le Covid-19, publiée dans EMBO Molecular Medicine, une revue scientifique évaluée par les pairs.

Les chercheurs de l'Institut Pasteur cherchaient à voir, dans ces travaux, si des hamsters infectés par le Sars-Cov-2 développaient moins de symptômes de la maladie en étant traités avec de l'ivermectine. Ils ont notamment regardé si la molécule pouvait diminuer la charge virale du virus, c'est-à-dire limiter sa réplication dans l'organisme.

Mais "pour confirmer ou infirmer cet effet chez l'Homme, il est essentiel de mener des essais cliniques et de se référer aux résultats de ces essais cliniques uniquement", souligne l'Institut Pasteur.

Guilherme Dias de Melo, un auteur de l'étude le reconnaissait lui-même auprès de l'AFP : "De manière surprenante, nous avons observé que le traitement à l'ivermectine n'a pas limité la réplication virale, les modèles traités et non traités présentaient des quantités similaires de charge virale dans la cavité nasale et dans les poumons. Nos résultats révèlent que l’ivermectine possède un effet immunomodulateur et non antiviral".

Cette étude avait mis en avant un effet de la molécule pour limiter l'apparition des symptômes chez les hamsters traités et réduire le risque de perte d'odorat. Mais "la méthodologie utilisée dans cette étude pré-clinique ne permet absolument pas de dire combien de temps l'ivermectine met pour agir", soulignait alors l'Institut Pasteur.

"Une étude pré-clinique n'est pas suffisante pour envisager un usage médical. (Et) l'Institut Pasteur n’est pas associé à des essais cliniques", confirme encore aujourd'hui l'Institut.

"On ne peut pas en conclure que l'ivermectine fonctionne pour l'homme alors qu'elle a été testée sur 36 hamsters. Pour comparer, les études sur les vaccins ont été conduites sur des milliers de participants, autour de 30.000 en essai clinique", expliquait déjà l'été dernier auprès de l'AFP l'épidémiologiste Thibault Fiolet.

Si des études réalisées in vitro avaient déjà montré un "effet potentiel de cette molécule" pour le Covid, la concentration à laquelle l'ivermectine présentait un effet thérapeutique était "35 fois plus haute que le pic de concentration obtenu après l’administration de la dose orale recommandée chez l’homme pour le traitement antiparasitaire habituel", explique la Société française de pharmacologie et de thérapeutique, jugeant que "la plupart des études cliniques publiées récemment sur le sujet sont peu concluantes".

L'ANSM a refusé une demande de Recommandation Temporaire d'Utilisation (RTU) pour ce médicament dans le cadre du Covid en avril 2021, en expliquant ne pas pouvoir "présumer d’un rapport bénéfice/risque favorable de l'ivermectine en traitement curatif ou en prévention [du] Covid-19". Cette décision allait dans le sens d'un avis rendu par le Haut Conseil de la Santé Publique qui ne recommande pas non plus l'utilisation de cette molécule dans le cadre de la crise sanitaire en dehors d'essais cliniques.

En revanche, il existe bien des essais cliniques en cours pour étudier un traitement chez l'homme. L'entreprise Kowa mène par exemple actuellement un essai clinique de phase 3 (K-237) pour tester l'efficacité de l'ivermectine contre le Covid-19 chez des patients humains. Cet essai clinique doit se terminer fin septembre 2022.

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