Attention à ces faux comptes Twitter qui se font passer pour le média américain CNN

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Des tweets faisant état par deux fois de la mort d'un citoyen américain circulent massivement sur les réseaux sociaux. Faussement attribués à CNN, les comptes Twitter à l'origine de leur publication ne sont pas authentiques, a confirmé la chaîne de télévision américaine à l'AFP. Ils ont été créés pour usurper l'identité du média et ont été, depuis, suspendus par Twitter. De plus, l'homme donné pour mort n'est ni un journaliste ni un activiste américain comme le prétend la publication. Il s'agit d'un youtubeur adepte de jeux vidéo en ligne, connu sous le nom de Jordie Jordan.

Ces deux tweets, faussement attribués au média américain CNN, montrent chacun la photographie du même homme. Le premier prétend qu'il s'agit du "journaliste de CNN Bernie Gores" qui a été "exécuté à Kaboul par des soldats Talibans" quand le second assure que cet homme est un activiste américain tué par "une mine posée par les séparatistes soutenus par la Russie".

"Mon dieu cet homme est mort 2 fois", "Atroce", s'insurge un internaute criant à la "fake news", dans une publication partagée plus de 600 fois sur Twitter depuis le 26 février 2022.

Capture d'écran réalisée sur Twitter le 1er mars 2022 ( AFP / )

Publiés par des comptes Twitter reprenant les codes de la chaîne américaine CNN, ces tweets ont provoqué l'indignation de plusieurs internautes, dénonçant en commentaire le "mensonge" et la "manipulation de l'opinion publique" qui seraient exercés par la "propagande journalistique".

Relayés sur les réseaux sociaux en arabe, allemand, espagnol et portugais, ces publications ont été massivement partagées quelques jours après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, initiée par Vladimir Poutine à l'aube du 24 février 2022.

Cependant, CNN a confirmé que les comptes "CNN Afghan" et "CNNUKR", à l'origine de la publication des tweets, ne sont pas authentiques. Twitter les a d'ailleurs suspendus.

CNN confirme que les comptes Twitter ne sont pas authentiques

Les deux comptes "@CNNAfghan" et "@CNNUKR", qui se sont fait passer pour ceux du média américain CNN en adoptant ses codes, ne sont pas authentiques.

En effet, le 28 février 2022, le vice-président de CNN International Communications Jonathan Hawkins a confirmé par email à l'AFP qu'ils "ne sont pas des comptes officiels de CNN."

Ils ont ainsi été suspendus par Twitter, qui a estimé qu'ils ne respectaient pas ses règles.

Capture d'écran réalisée sur Twitter le 1er mars 2022 ( AFP / )

Pour en savoir plus sur ces comptes, il faut entamer une recherche avec l'outil d'archivage WaybackMachine, qui permet de retrouver des publications mises en ligne par "CNNAfghan" et "@CNNUKR" lorsqu'ils étaient encore actifs.

Le premier, créé en mai 2021, comptait six tweets et 132 abonnés avant d'être suspendu. Il ne s'agissait pas d'un compte Twitter certifié.

L'archive la plus récente du second compte date du 23 février 2022. A ce moment-là, il comptait 129 abonnés et n'était pas non plus certifié.

Afin de gagner en crédibilité auprès des internautes, les deux comptes publiaient des liens vers de véritables articles de la chaîne américaine CNN. Ensuite, leur auteur a créé de toutes pièces de faux tweets sur la prétendue victime américaine, sans aucun lien direct avec une production de CNN.

En dehors du logo du média américain, aucun élément fiable ne permet d'authentifier ces deux comptes.

A l'inverse, les comptes Twitter officiels de CNN comportent un badge bleu, qui indique aux internautes l'authenticité d'un compte d'intérêt public. "Pour obtenir le badge bleu, votre compte doit être authentique, notoire et actif", précise Twitter. Ils ont également chacun des millions d'abonnés.

Capture d'écran de différents comptes Twitter affiliés à CNN, réalisée le 28 février 2022. ( AFP / )

Ni journaliste, ni activiste, l'homme sur la photo est un youtubeur

Sourire aux lèvres, lunettes posées sur le nez, l'homme présent sur la photographie n'est ni un journaliste ni un activiste américain comme le prétend la publication. En réalité, cette personne très active sur internet est un youtubeur adepte de jeux vidéos en ligne, connu sous le nom de Jordie Jordan.

Comparer la photographie des tweets à une capture d'écran réalisée sur sa chaîne YouTube permet d'identifier qu'il s'agit de la même personne.

Capture d'écran réalisée sur Twitter le 28 février 2022 (gauche) / Capture d'écran réalisée sur YouTube le 28 février 2022 (droite) ( AFP / )

Par ailleurs, la photographie de cet homme a aussi été publiée sur la page anglaise de Wikitubia, une plateforme communautaire non-officielle qui recense des youtubeurs. Sa biographie en ligne précise que certaines de ses "prises de position" sur des "sujets controversés" lui ont causé des formes de "harcèlement en ligne" de la part d'autres internautes.

Aussi, lors de l'explosion du port de Beyrouth en août 2020, cette même photo a été partagée sur les réseaux sociaux. Sa diffusion visait alors à indiquer que "Bernie Gores" était porté disparu ; une autre fausse information.

Certains abonnés de Jordie Jordan l'ont récemment interrogé sur sa prétendue mort sous une vidéo, mise en ligne par son compte le 27 février 2022, quelques jours après la parution des faux tweets. Le youtubeur n'a pas réagi à ces questions, mais son compte publie toujours du contenu sur la plateforme.

Une vague de désinformation

La propagation de cette fausse information intervient dans un contexte où la désinformation s'intensifie au rythme des tensions diplomatiques entre la Russie et l'Ukraine.

Des images trompeuses ou décontextualisées et des vidéos ont ainsi déjà fait l'objet de plusieurs articles de vérification de la part de l'AFP Factuel.

Après Facebook le 28 février, YouTube a bloqué le 1er mars en Europe les médias russes RT et Sputnik, accusés de désinformation sur la guerre en Ukraine, en attendant une interdiction similaire de diffusion télévisée. Le 28 février, les réseaux sociaux Facebook et Instagram (groupe Meta) avaient déjà décidé de bloquer, dans les pays de l'Union européenne, les contenus publiés par la chaîne RT (ex-Russia Today) et le site Sputnik, tous deux considérés comme des émanations du pouvoir russe.

"Nous avons reçu des demandes de plusieurs gouvernements et de l'Union européenne de prendre des mesures supplémentaires concernant des médias contrôlés par l'Etat russe", avait écrit Nick Clegg, vice-président de Meta, sur son compte Twitter. Il avait justifié la suspension par "la nature exceptionnelle de la situation".

Toutes ces annonces font suite à celle de l'interdiction des deux médias, dimanche, par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Selon elle, ils sont coupables de colporter des "mensonges pour justifier la guerre de (Vladimir) Poutine" en Ukraine.

Dans un communiqué, le régulateur russe des médias Roskomnadzor a dit avoir envoyé mardi à Meta "une lettre demandant la levée immédiate de la restriction de l'accès aux comptes officiels de RT et Sputnik sur les réseaux sociaux Facebook et Instagram imposée en Europe et d'(en) expliquer les raisons". "Les actes des sociétés d'informatique américaines concernant ces médias russes violent les principes fondamentaux de la libre circulation de l'information et son accès sans entrave", a protesté Roskomnadzor.

En théorie, l'interdiction porte à la fois sur la présence des deux médias sur internet et les réseaux sociaux et, en ce qui concerne RT, sur la diffusion télévisée.

Traduction et adaptation :
Conflit russo-ukrainien