Visuel constitué le 9 avril à partir des deux tickets de caisse relayés sur les réseaux sociaux

Des spaghetti deux fois plus chers ? Non, les prix de produits de grande consommation ont "très peu augmenté" en France depuis le début du confinement

Nombre d'internautes s'indignent d'une augmentation des produits de grande consommation en France en pleine pandémie de coronavirus. Comme ces publications virales, qui accusent les magasins E.Leclerc de profiter de la situation pour quasiment doubler le prix d’un paquet de spaghettis, tickets de caisse à l’appui. Mais : 

- E.Leclerc a plaidé une "erreur interne de facturation en magasin" et assuré que le type de spaghetti en question a connu une hausse de seulement deux centimes en un an.

- Les prix des produits de grande consommation sont restés stables en France depuis le début du confinement, selon l'association de consommateurs UFC-Que choisir, qui a réalisé un suivi auprès de 10 enseignes, dont E. Leclerc.

Cette publication, partagée plus de 11 000 fois depuis le 30 mars, s’indigne d’une hausse de quarante centimes du prix du paquet de spaghetti Colombe, vendu à 56 centimes d’euros le 13 février 2020 puis à 96 centimes d’euros le 26 février 2020, par le magasin E. Leclerc de Hirsingue dans le Haut-Rhin, région frappée de plein fouet par l'épidémie de Covid-19 en France.

Capture d'écran prise le 8 avril d'une publication Facebook

La publication a aussi été relayée sur Twitter, comme ici avec près de 5000 partages depuis le 27 mars et ce commentaire : "Quand tu profites de la crise pour augmenter les prix".

Capture d'écran prise le 9 avril d'un tweet

Des internautes ont aussi diffusé ces tickets de caisse dans des groupes affichant leur soutien au mouvement des gilets jaunes (comme ici et ici).

L’auteur de la publication virale sur Facebook n’a pas répondu à nos sollicitations. Ces pâtes ne sont actuellement plus vendues par les magasins E. Leclerc et leur prix n’est pas affiché sur leur site Internet. 

"Erreur interne de facturation"

Nous avons contacté les magasins E. Leclerc, qui ont démenti avoir augmenté le prix du paquet de spaghetti Colombe en pleine crise du Covid-19, et plaidé pour une "une erreur interne de facturation" le 13 février 2020.

Cette erreur a eu "pour conséquence un affichage temporairement erroné du prix en magasin (0,56 euros au lieu de 0,96 euros)", a précisé le service de presse des magasins E. Leclerc, après avoir contacté le magasin de Hirsingue. "Une fois l'erreur constatée, le prix a été rectifié" et est repassé à 0,96 euros pour ce produit, a assuré le service de presse, sans préciser la taille du paquet de pâtes.

"A titre d'exemple, ce produit était vendu au prix de 0,94 euros un an auparavant (mars 2019)”, a ajouté le service de presse, soit à deux centimes près le prix de vente indiqué pour mars 2020.

Pas de forte augmentation en France

De manière générale, les produits de grande consommation dans les grandes surfaces alimentaires n’ont pas vu leur prix fortement augmenter du fait de la crise sanitaire et économique liés au Covid-19, selon le ministère de l’Economie, la Fédération du Commerce et de la Distribution et l'association de consommateurs UFC-Que choisir.

Le 6 avril, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a indiqué n'avoir pas constaté, "à quelques exceptions près, une forte augmentation" des prix, que ses services suivent "très régulièrement".

"Il peut y avoir une augmentation raisonnable" liée à l'augmentation des coûts du transport et au fait que les produits sont made in France donc plus chers, a simplement observé le ministre de l'Economie, lors d’une audition au Sénat.

Même constat du côté de la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD), sollicitée le 7 avril par l'AFP. L'organisation renvoie vers une étude de l'institut Information Resources Inc (IRI) publiée fin mars et portant sur l'impact du Covid-19 sur les produits de grande consommation. Selon l'institut, "aucune inflation n’est lisible depuis le début de l’épidémie sur les produits de grande consommation en GSA", grandes surfaces alimentaires.

"Ce constat se confirme sur les produits les plus achetés où soit les prix augmentent très faiblement", comme le papier toilette, soit diminuent, comme c'est le cas les pâtes ou le riz, précise l'étude selon laquelle "le seul circuit démontrant une légère inflation, à suivre dans les prochaines semaines, est le circuit de la proximité".

Selon UFC-Que choisir, qui a réalisé un suivi hebdomadaire des prix de 104 produits de nécessité dans 10 enseignes - dont E. Leclerc - et publié un article le 9 avril : "les prix des produits de grande consommation ont très peu augmenté dans les grandes enseignes". Toutefois, "les clients affirment qu'ils paient leurs achats plus chers".

Pourquoi ? "La forte hausse des achats depuis trois semaines ne se répartit pas de façon uniforme sur tout le rayon : les clients prennent d’abord les produits les moins chers, lesquels sont plus rapidement en rupture de stock. Les acheteurs suivants sont donc contraints de se rabattre sur des produits plus onéreux, faute de choix", a détaillé l'association.