Coronavirus: cette vidéo montre en fait un député brésilien énervé de voir un hôpital encore en chantier

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Un article partagé des milliers de fois sur les réseaux sociaux depuis le 21 juin montre une vidéo d'un député brésilien en train de s'énerver car il découvre qu'un hôpital devant accueillir des contaminés par le Covid-19 est vide. Selon l'article, le député s'insurge car il "constate" que le gouvernement "exagère" le nombre de cas de nouveau coronavirus dans le pays. En réalité, l'homme s'énerve car les travaux ont pris du retard et ne peut donc pas accueillir de patients.

La vidéo, accompagnée de cette fausse affirmation, a circulé dans plusieurs langues. Au Nigeria par exemple, elle a été partagée dans cette publication Facebook et vue plus de 8.000 fois depuis sa publication mi-juin 2020.

Elle a également circulé aux Etats-Unis sur Youtube, Instagram et Twitter. En France, elle a été relayée dans un article du site Alterinfo, qui a été partagé des centaines de fois sur Facebook (ici par exemple).

(capture d'écran réalisée le 30 juin 2020)

La vidéo, qui dure 2 minutes et 17 secondes, montre au moins 4 hommes pénétrer dans un bâtiment qui semble être un hôpital en construction.

"Des députés brésiliens dévoilent la plus grande mystification Covid19 connue à ce jour", écrit Alterinfo. L'article suppose que les députés s'énervent en découvrant le chantier car "le gouverneur trompe l'État, la nation et les contribuables, il ment sur les statistiques".

Depuis l'apparition du nouveau coronavirus à Wuhan en Chine en fin d'année dernière, de nombreuses théories du complot ont circulé, se basant sur des vidéos d'hopitaux vides, pour affirmer que la pandémie était une vaste conspiration. Nous en avions déjà vérifié certaines.

Un hôpital en construction

La vidéo montre en réalité un hôpital de campagne encore en construction qui n'avait pas encore reçu le moindre patient.

En utilisant une recherche d'images inversée sur la vidéo, il est possible de trouver une version bien plus longue (54 minutes), publiée le 28 mai 2020, sur la page Youtube de Filippe Poubel, un parlementaire brésilien de Rio de Janeiro.

La vidéo s'intitule "Inspection d'un hôpital de campagne avec le membre du parlement Filippe Poubel".

(Capture d'écran réalisée sur Youtube le 24 juin, montrant un passage où l'on peut voir le nom de l'hôpital)

M. Poubel a également diffusé son inspection sur sa page Facebook.

A 20 minutes et 51 secondes dans la vidéo, on peut voir l'inscription "Hospital De Campanha São Gonçalo" à l'entrée du site.

Une recherche sur Google permet de retrouver de plusieurs articles en portugais sur le retard pris par le chantier et sur l'inspection menée par Filippe Poubel.

L'hôpital de campagne de São Gonçalo fait partie des sept hôpitaux de campagne que le gouvernement de Rio de Janeiro a souhaité construire pour gérer le pic épidémique dans la région.

Selon cet article, publié le 18 juin 2020 par l'agence de presse brésilienne Agência Brasil, le site de 200 lits doit recevoir des patients atteints par le Covid-19.

Le parlementaire commence la vidéo par dire (en portugais) : "J'arrive à l'hôpital de São Gonçalo qui devait ouvrir aujourd'hui, mais cela n'a pas été le cas. Nous allons mener une inspection".

"C'est pour ça qu'ils ne voulaient pas que je vienne à l'intérieur - c'était supposé ouvrir aujourd'hui. Rien n'est prêt", regrette-t-il à la 53e secondes.

Une photo détournée

Pour illustrer son article, Alterinfo utilise une image de cercueils vides. Le site revient sur cette image à la fin de l'article, après avoir livré ses observations erronées sur la vidéo.

"Ce qui a été plus scandaleux encore, c'est ce qui s’est passé après la décision d'ouvrir les cercueils des soi-disant victimes du virus à couronne, cercueils qui étaient supposés être en attente de transfert vers les lieux d’enterrement. En ouvrant les cercueils, les députés ont été choqués, mais pas surpris, de les trouver vides", est-il écrit en conclusion.

(capture d'écran réalisée le 20 juin 2020)

Il s'agit d'une image détournée, déjà vérifiée par nos confrères d'AFP Brazil. C'est une capture d'écran d'une vidéo qui n'a rien à voir avec la pandémie de coronavirus : l'enregistrement date de mai 2017 et montre une enquête sur une arnaque à l'assurance-vie dans la municipalité de São Carlos (SP).

Au 30 juin, le Brésil, un immense pays de 212 millions d'habitants, est toujours en phase ascendante de progression de la pandémie de coronavirus, avec plus d'1,3 million de cas confirmés et plus de 58.000 décès, selon le dernier bilan officiel.

Traduit par François D'Astier
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