Attention, cette publication qui prétend montrer un bilan mortel de l'épidémie de Covid-19 comporte plusieurs erreurs

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Une publication partagée plus de 7.000 fois en deux semaines affirme, en citant l'Insee, que le bilan de l'épidémie de Covid-19 - 32.299 morts au 5 octobre en France - est surévalué. L'auteur estime que le Covid-19 a provoqué 7.000 morts, tandis que les mesures de confinement auraient tué près de 8.000 personnes. C'est faux, toutes ces données sont soit trompeuses, soit inexistantes, expliquent à l'AFP des statisticiens chargés d'analyser ces chiffres.

Alors que des nouvelles mesures de restrictions sont mises en place pour freiner sa propagation en France, l'épidémie Covid-19 a-t-elle à ce jour provoqué la mort de plus de 31.000 personnes en France (32.299 au 5 octobre selon les chiffres officiels) ?

"Impossible" affirme une publication partagée plus de 7.000 fois sur Facebook depuis le 24 septembre, prétendant s'appuyer sur les chiffres de la mortalité de l'Insee.

Cette publication Facebook résume une tribune détaillée et publiée par le même auteur - M. Peter El Baze - quelques jours plus tôt sur le site de France-Soir.

L'auteur estime que le bilan réel de l'épidémie en France "doit se situer autour de 7.000" morts, tandis que le confinement aurait tué "8.000" personnes, mortes d'autres pathologies "par manque de soin."

Tous ces arguments sont en réalité trompeurs ou basés sur des chiffres inexistants à l'heure actuelle, expliquent à l'AFP deux statisticiens chargés d'étudier ces données pour l'Insee et l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale).

Capture d'écran prise le 6 octobre 2020

Au 5 octobre, le bilan de l'épidémie était de 32.299 décès attribués au Covid-19 selon les chiffres officiels.

La publication virale de M. El Baze, publiée le 24 septembre, affirme pourtant qu'il est "impossible" d'atteindre un tel chiffre.

Dans un tribune publiée sur le site internet de France-Soir le 14 septembre, le même auteur assurait que la surmortalité attribuée au Covid-19 est obligatoirement inférieure à 14.500 morts, avant de détailler son raisonnement basé sur les chiffres de la mortalité publiés chaque mois sur le site de l'Insee.

L'auteur - qui se présente comme un ex-médecin attaché des hôpitaux du CHU de Nice- compare le nombre de morts entre 2019 et 2020 sur la période du 1er janvier au 31 juillet, et obtient 16.300 décès de plus en 2020. A ce solde, il ôte "2.000 à 3.000 morts qui s'ajoutent chaque année à cause de l'augmentation et du vieillissement de la population", pour obtenir une surmortalité de 14.500 décès en 2020.

Si les chiffres tirés de l'Insee sont bien authentiques, "le choix des périodes de comparaison" dans ce calcul est "trompeur" selon Sylvie Le Minez, cheffe de l'Unité des études démographiques et sociales de l'institut statistiques.

En procédant ainsi, l'auteur de la tribune "passe sous silence le fait qu'il y a près de 8.000 décès en moins en janvier et février 2020 par rapport à l'année précédente, mais 27.200 décès de plus rien que sur la période mars-avril 2020", explique le 5 octobre à l'AFP cette statisticienne de l'Insee.

En effet, la grippe saisonnière a été bien "plus virulente" à l'hiver 2019 qu'à l'hiver 2020 détaille le service de communication de l'Insee, tandis que le "calendrier de l'épidémie de Covid-19 démarre au 1er mars 2020" rappelle l'institut sur une note explicative diffusée dès le 14 mai sur son site.

En mélangeant ces deux périodes, on "cherche à minimiser" l'impact du Covid-19 sur la mortalité, juge Mme Le Minez à l'AFP.

Graphique de l'Insee comparant la mortalité quotidienne chaque année, observée depuis 1968 en France (Insee)

Confinement très mortel ?

Dans la publication Facebook virale, l'auteur estime également que le confinement général, mis en place du 17 mars au 11 mai en France, est responsable de "8.000 morts" par "manque de soins".

Durant le confinement, certains hôpitaux, comme ceux de Paris, s'étaient en effet inquiétés d'une baisse de fréquentation des services d'urgence et des consultations classiques durant le confinement.

Mais attribuer des milliers de morts supplémentaires à cette période de restrictions n'est corroboré par aucune statistique officielle.

"Je ne dis pas qu’il n'y aura pas des conséquences à plus long terme, mais durant cette période, dans des zones confinées où le virus ne circulait pas, on a plutôt observé une sous-mortalité de 5 à 10%", explique à l'AFP l'épidémiologiste Grégoire Rey de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale).

Ce statisticien est responsable du CépiDc, le service de l'Inserm qui produit les statistiques publiques sur les causes médicales de décès, en analysant chaque certificat de décès établi en France.

7.000 morts du Covid-19, fausse hypothèse

Enfin, la tribune sur France-Soir et la publication Facebook émettent l'hypothèse que le Covid-19 n'aurait provoqué que "7.000 morts" en France, en appliquant "la mortalité moyenne mondiale de 0,011%" aux 67 millions d'habitants du pays.

C'est faux. Ce chiffre de 7.000 morts "sort de nulle part" réagit Gregoire Rey, pour qui ,"il n'y aucune raison que le taux mondial de mortalité s'applique à la France".

"Si dans un certain nombre de pays le virus a peu circulé, ou que les gens ne sont pas malades, ou encore que la population est très jeune et résistante au virus, le taux mondial de mortalité va baisser", explique cet épidémiologiste de l'Inserm.

Selon les données provisoires du CépiDc, du 1er mars au 30 jun 2020, sur 240.562 certificats de décès analysés en France, 25.930 comportaient la mention "Covid-19" comme l'une des causes principales du décès, tandis que 8.491 autres étaient comptabilisés comme "Covid-19 suspectés".

Depuis fin septembre, de nouvelles mesures sont entrées en vigueur dans la métropole d'Aix-Marseille, puis à Paris et ses alentours le 6 octobre, afin de ralentir la progression de l'épidémie de Covid-19, un enjeu crucial pour éviter une surcharge des hôpitaux.

Après Aix-Marseille et Paris, la situation reste sous surveillance dans cinq autres métropoles (Lille, Lyon, Grenoble, Toulouse et Saint-Etienne), pointées par le ministre de la Santé Olivier Véran comme susceptibles de basculer prochaînement en zone d'alerte maximale.

 
Thomas Saint-Cricq
COVID-19