Attention : ces chiffres sont issus de projections et ne signifient pas que les vaccins sont inutiles

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Des publications partagées plusieurs centaines de fois sur Facebook et Twitter depuis le 11 avril évoquent une troisième vague de Covid-19 en cours au Royaume-Uni, où la recrudescence des hospitalisations et des décès serait "dominée par ceux qui ont reçu deux doses du vaccin, représentant respectivement environ 60% et 70% de la vague". En réalité, ces chiffres, tirés d'une modélisation réalisée par des chercheurs, correspondent à une projection de ce qui pourrait arriver dans plusieurs mois en Angleterre et ne signifient pas que les vaccins sont inefficaces, selon ces scientifiques. 

"CHOC: Le nombre de décès de la 3ème vague concernerait essentiellement des individus qui ont reçu 2 doses du vaccin", titre un article partagé plusieurs centaines de fois sur Facebook depuis début avril, qui affirme que "Selon le Scientific Pandemic Influenza Group on Modelling (SPI-M), qui conseille directement le gouvernement britannique, la recrudescence des hospitalisations et des décès est dominée par ceux qui ont reçu deux doses du vaccin, représentant respectivement environ 60% et 70% de la vague" et cite comme source le Daily Telegraph. 

Capture d'écran réalisée le 14/04/2021 sur Facebook

D'autres publications partagent des captures d'écran du prétendu "rapport officiel du Gouvernement UK paru le 31 Mars" pour étayer ces chiffres. Un tweet partagé près de 600 fois en une semaine cite lui aussi le Daily Telegraph pour affirmer que "la recrudescence des hospitalisations et des décès est dominée par ceux qui ont reçu deux doses du vaccin". "Une vaccination inutile !!! #Alerte", s'indigne un autre internaute.

En commentaires, plusieurs internautes s'interrogent sur ces chiffres et y voient la preuve de l'"inefficacité" d'un "pseudo vaccin" qui servirait à "faire mourir les gens".

Captures d'écran faites le 14/04/2021 sur Facebook

Si ces chiffres existent réellement et ont été repris dans un article (payant) du Telegraph, ils ne viennent ni du média britannique ni d'un "rapport officiel du gouvernement", mais d'une modélisation réalisée par l'université de Warwick reprise dans une synthèse destinée à des scientifiques qui conseillent le gouvernement. Ils ne reflètent pas la situation actuelle dans les hôpitaux britanniques, mais un scénario possible de troisième vague en Angleterre. 

Des projections et non le reflet de la situation actuelle 

Ces publications évoquent un article du quotidien britannique The Daily Telegraph, disponible ici en entier et intitulé "Pourquoi les modèles avertissant d'une troisième vague de Covid au Royaume-Uni sont incorrects". L'auteure y critique les prévisions de trois universités anglaises, qui évoquent la possibilité d'une troisième vague de Covid-19 au Royaume-Uni cet été si le gouvernement suit le plan de déconfinement qu'il s'est fixé. 

Comme on peut le voir sur ce graphique du gouvernement britannique, représentant les décès enregistrés quotidiennement, le Royaume-Uni sort pour le moment d'une deuxième vague. 

Terrasses et commerces ont rouvert lundi 12 avril 2021 en Angleterre, en phase avec le calendrier de déconfinement en plusieurs étapes présenté par le Premier ministre Boris Johnson fin février. La prochaine, prévue mi-mai, devrait voir certaines activités culturelles ainsi que certains évènements sportifs autorisés, avec une jauge limitée. Le gouvernement espère pouvoir lever l'essentiel des restrictions le 21 juin au plus tôt. 

Trois universités, l'université de Warwick, la London School of Hygiene and Tropical Medicine et l'Imperial College, ont alerté début avril que cette feuille de route pourrait entraîner une troisième vague, comme l'explique le site de l'Imperial College. Ces prévisions ont été rapportées dans la presse britannique, comme par LBC

Les chercheurs de ces universités ont établi des modélisations des scénarios possibles dans les prochains mois, reprises dans une synthèse du Groupe scientifique sur la modélisation de la grippe pandémique, le SPI-M, qui conseille le gouvernement. Ce rapport, daté du 31 mars 2021 a été publié début avril sur le site du gouvernement britannique. 

L'extrait repris dans les publications que nous vérifions, également cité par le Telegraph, se trouve à la page 10 de ce rapport : "La recrudescence des hospitalisations et des décès est dominée par les personnes ayant reçu deux doses du vaccin, soit environ 60 % et 70 % de la vague respectivement. Ceci peut être attribué au niveau élevé d'injections du vaccin dans les groupes d'âge les plus à risque, de sorte que les échecs d'immunisation sont responsables d'un plus grand nombre de maladies graves que les personnes non vaccinées. Ce point est examiné plus en détail aux paragraphes 55 et 56". 

Capture d'écran réalisée le 13/04/2021

Il s'agit bien d'une projection et non de la situation actuelle, comme le précise le rapport au paragraphe précédent: "Tous les scénarios des trois groupes conduisent à une troisième vague distincte ; il existe une incertitude importante quant au moment et à l'ampleur de son pic".

Des chiffres qui ne remettent pas en cause l'efficacité de la vaccination 

Ces chiffres de 60% et 70% de personnes hospitalisées ou décédées ayant reçu les deux doses de vaccin sont issus de la modélisation de troisième vague réalisée par les chercheurs de l'université de Warwick, est-il expliqué dans la même synthèse

Au paragraphe 56, les auteurs expliquent que "la plupart des décès et des admissions dans le cas d'une résurgence post-déconfinement concernent les personnes qui ont reçu deux doses de vaccin, même sans que la protection vaccinale ne s'affaiblisse ou qu'un variant échappant aux vaccins apparaisse". 

Ces chiffres ont une explication statistique simple. Comme on peut le lire dans ce même paragraphe, les chercheurs partent du principe que parmi les plus de 50 ans, population à risque face au Covid-19, 95% auront reçu deux doses de vaccin lors de la potentielle recrudescence des hospitalisations cet été. Toutefois, ils considèrent que ces vaccins ont une efficacité moyenne de 90%: 10% des 95% de plus de 50 ans qui auront été vaccinés, soit 9,5% de cette population à risque, ne seront donc "pas protégés contre la mort" malgré la double injection, développent-ils, et pourraient se retrouver à l'hôpital.

C’est mathématiquement plus que les 5% de la population à risque qui ne seront pas vaccinés et seront exposés au même risque d’hospitalisation ou de décès.

La synthèse insiste sur le fait que "ceci n'est pas le résultat d'une inefficacité des vaccins, mais simplement d'un niveau d'injection élevé" au sein de la population la plus à risque. 

L'université de Warwick précise tout de même que ces chiffres peuvent changer, "si les vaccins s'avèrent plus efficaces contre les maladies sévères que dans notre modèle par défaut". 

La synthèse des trois modélisations avance dans son point 31 plusieurs explications à cette troisième vague modélisée en dépit du succès de la campagne de vaccination britannique, avec à ce jour plus de 7,8 millions de personnes ayant reçu deux doses du vaccin: "La résurgence est due au fait que certaines personnes (principalement des enfants) ne sont pas éligibles à la vaccination, que d'autres choisissent de ne pas recevoir le vaccin et que d'autres encore sont vaccinées mais ne sont pas parfaitement protégées (y compris celles qui n'ont reçu qu'une seule dose, au lieu de deux)".

Les scénarios proposés par les trois universités restent toutefois très dépendants de facteurs difficiles à prévoir à l'avance, comme le taux d'infection à chaque levée supplémentaire des restrictions ou la vitesse de la campagne de vaccination, explique le résumé en première page de la synthèse des modélisations. Par exemple, ils ne prennent pas en compte l'hypothèse d'une baisse de l'immunité ou de l'apparition de variants résistants aux vaccins. Les auteurs rappellent que "le maintien de mesures de base pour réduire la transmission une fois les restrictions levées aura pour effet presque certain de sauver de nombreuses vies et de minimiser la menace pour la capacité hospitalière". 

Face à la crainte de l'importation de variants résistants aux vaccins actuels, le gouvernement britannique s'est montré prudent, début avril, sur l'autorisation des voyages à l'étranger, interdits pour l'instant jusqu'au 17 mai. Le pays est le plus touché d'Europe par la pandémie de Covid-19, avec plus de 127.000 morts officiellement recensés. 

Edit 17/05/2021 : image de couverture modifiée avec coquille corrigée 
COVID-19 VACCINS