Capture d'écran Facebook prise le 22/02/2021

Attention à ce visuel trompeur qui tient le masque pour responsable d'une série de troubles chez l'enfant

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Un visuel partagé plusieurs centaines de fois sur Facebook depuis le 20 février tient le masque pour responsable d'une série de troubles chez les enfants, mais il s'appuie sur une "étude" allemande non validée scientifiquement et affirme de manière erronée que les enfants sont étrangers à la circulation du virus.

"Alors que les enfants ne propagent pas le Sars-Cov-2, voilà ce que nous laissons subir à nos enfants", peut-on lire en tête du visuel.

Capture d'écran Facebook prise le 22/02/2021

La publication liste une série de "symptômes physiques" et "psychologiques" qui seraient provoqués par le port du masque chez les enfants : 53% seraient sujets à des "maux de tête", 49% seraient "moins joyeux", 38% souffriraient de "troubles de l'apprentissage" et 26% à 30% seraient pris de "sensation d'étouffement" ou de "vertiges".

Des visuels très similaires avaient circulé sur les réseaux sociaux début février, totalisant plus de 5.000 partages.

Capture d'écran Facebook prise le 09/02/2021
Capture d'écran Facebook prise le 10/02/21

 

Tous citent comme source une "étude" menée en Allemagne par 363 médecins auprès de 25.930 enfants et adolescents le 26 octobre 2020 sous la supervision de l'université de Witten/Herdecke.

Que dit "l'étude" allemande?

L'"étude" Corona Children Studies citée en note de bas de page sur le visuel Facebook est en réalité au stade de la "pré-publication" : les travaux n'ont pas fait pas l'objet d'un examen par des pairs – étape essentielle de validation dans le monde scientifique – et ne sauraient dès lors être "considérés comme conclusifs", comme l'indique un avertissement en haut de la première page.

Capture d'écran du site researchsquare.com prise le 09/02/2021

C'est en se fondant sur les réponses à un questionnaire qu'ils ont établi et mis en ligne pendant six jours que cinq chercheurs de l'université Witten/Herdecke ont listé une série de 24 troubles relevés –sur la foi de simples déclarations – par des parents sur leurs enfants. 

Les résultats recueillis auprès de 17.854 parents sont retranscrits fidèlement par le post Facebook. 

Capture d'écran du site researchsquare.com prise le 09/02/2021

Pour autant, le post Facebook ne fait aucune mention des biais relevés par les chercheurs eux-mêmes, qui observent notamment que le questionnaire a été notamment relayé dans des forums "qui critiquent par principe les mesures de protection anti-corona prises par le gouvernement", au risque d'influer sur les réponses.

Capture d'écran du site researchsquare.com prise le 09/02/2021

"Il est très important pour nous que nos résultats ne conduisent pas les parents à développer une opinion fondamentalement négative sur le port du masque chez les enfants", soulignent les chercheurs, qui admettent que les enfants souffrant du port du masque demeurent un phénomène "relativement limité et non-représentatif".

Autant de réserves non reprises dans le visuel viral sur Facebook. 

Que sait-on de l'impact sanitaire du masque chez les enfants ?

C'est le 29 octobre, au lendemain de l'annonce du deuxième confinement, que le gouvernement a décidé de rendre obligatoire le port du masque en primaire dès l'âge de 6 ans, contre 11 ans auparavant. Face à la diffusion de variants plus contagieux, le protocole a encore été durci lundi 8 février et seuls les masques de catégorie 1 peuvent être désormais portés à l'intérieur des établissements scolaires. 

Fraîchement accueillie à l'époque par les syndicats enseignants, le port obligatoire du masque à l'école n'a pas été appliqué assez longtemps en évaluer l'éventuel impact sanitaire, a affirmé le 8 février à l'AFP le Pr Romain Basmaci, urgentiste en pédiatrie à l'Hôpital Louis-Mourier de Colombes (Hauts-de-Seine) et secrétaire général de la Société française de pédiatrie (SFP).

(Damien Meyer / AFP)

"Les données ne sont pas assez solides pour pouvoir trancher", précise-t-il, tout en assurant ne pas avoir eu, à ce stade, de remontées d'informations significatives sur des effets sanitaires liés au port du masque.

"Autant on a vu (pendant les confinements, ndlr) une augmentation des signalements, des maltraitances, des troubles psychiatriques etc., autant on n'a pas vu augmenter des consultations pour des problèmes liés au masque", ajoute-il, indiquant toutefois que "ça ne veut pas dire que ça existe ou que ça n'existe pas".

Selon une foire aux questions actualisée le 18 août 2020, l'équivalent américain de la SFP, l'American Academy of Pediatrics, se montre plus affirmatif : le port du masque n'altérerait pas la capacité des enfants "à se concentrer ou à apprendre à l'école" et n'affecterait pas leur développement pulmonaire ou leur système immunitaire.

La propagation du virus et les enfants

Pour justifier leur rejet du masque à l'école, l'auteur du visuel affirme – en lettres capitales – que "les enfants ne propagent pas le Sars-Cov-2".

Le débat est pourtant loin d'être tranché dans la communauté scientifique. Fin 2020, des études réalisées aux Etats-Unis, en Inde ou en Corée du Sud ont battu en brèche l'idée que les enfants étaient peu contagieux mais de récents travaux britanniques de grande ampleur ont abouti à des conclusions bien plus nuancées.

Une chose est sûre : on ne peut pas affirmer qu'ils sont totalement étrangers à la circulation du virus. 

"Les enfants peuvent être porteurs avec des charges virales comparables à celles des adultes, ils peuvent être malades mais ils le sont beaucoup moins que les adultes et ils sont beaucoup moins transmetteurs que les adultes", résume pour l'AFP le Pr Basmaci, interrogé le 8 février.

Lundi 8 févier, le syndicat SNMSU-Unsa des médecins scolaires a appelé à la fermeture des écoles pendant l'ensemble de la période scolaire toutes zones confondues au motif que "la circulation du virus en milieu scolaire, de la maternelle au lycée, chez les élèves comme chez les personnels, est de plus en plus forte, avec un nombre croissant de variants".

"Les élèves, y compris ceux de moins de 11 ans, sont bien contaminés et contaminateurs, ils sont des maillons actifs de la chaîne de transmission, surtout depuis l’apparition des nouveaux variants", affirme le syndicat.

Dans des conclusions publiées le 20 janvier, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) estimait, elle, que les écoles n'avaient jusque-là pas été des "foyers de super propagation" sauf "dans quelques cas où les mesures de protection n'ont pas été bien mises en oeuvre". 

L'agence onusienne en concluait que les fermetures d'écoles devaient intervenir en "dernier recours" et se limiter aux "zones de transmission intense" du virus.

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