Apparition des variants, mortalité, effets sur le génome : cette vidéo sur la vaccination contient des fausses informations

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Une vidéo partagée plus de 4.000 fois depuis le 7 avril appelle à ne pas se faire vacciner car les vaccins seraient responsables d'une hausse de la mortalité liée au Covid-19, détruiraient la santé et seraient liés à l'apparition des variants. Il s'agit de fausses informations, selon des experts interrogés par l'AFP.

"Je vous le répête encore : éviter ces injections de code génétique...", peut-on lire dans la publication qui accompagne cette vidéo diffusée sur Facebook.

Capture d'écran réalisée sur Facebook le 12 avril 2021

D'une durée d'une minute, la vidéo est un appel à ne pas se faire vacciner contenant plusieurs affirmations erronées.

Des vaccins visant "à détruire la santé" ? Faux

L'auteur de la vidéo affirme d'abord que les vaccins contre le Covid-19 "sont des injections de code génétique visant à détériorer (la) santé".

Il fait en cela référence aux vaccins dit à ARN messager régulièrement accusés sur les réseaux sociaux, à tort, de modifier les gènes ou encore de rendre stérile.

Si certains vaccins dits à "ARN messager" envoient bien une instruction génétique à l'organisme, celle-ci disparaît rapidement, comme l'ont déjà expliqué plusieurs experts à l'AFP ici.

Dans les cas de ces vaccins, produits notamment par les sociétés Pfizer/BioNtech et Moderna, on injecte une molécule fabriquée en laboratoire qui va demander à nos cellules de fabriquer une protéine Sars-CoV-2,  appelée "spicule" : en forme de pointe, c'est elle qui permet au virus de pénétrer dans la cellule humaine pour l'infecter.

En reconnaissant ces protéines "étrangères" mais inoffensives, l'organisme va déclencher une réponse immunitaire et produire des anticorps capables de neutraliser le Sars-CoV-2 s'il venait à nous infecter.

(AFP Graphics)

L'objectif de ces vaccins n'est pas de détruire la santé, mais de protéger des formes graves du virus. L'efficacité des vaccins dans la lutte contre les maladies infectieuses fait d'ailleurs l'objet d'un consensus scientifique.

Les autorités sanitaires soulignent qu'en général, "les avantages de la vaccination dépassent de loin les risques, et l'on observerait un bien plus grand nombre de cas de maladies et de décès sans les vaccins",  (Organisation mondiale de la santé, mars 2018) et que "le risque de développer une maladie grave en ne se vaccinant pas est beaucoup plus important que celui de voir apparaître un effet indésirable lié à la vaccination" (Agence française de santé publique, janvier 2018).

La sécurité des vaccins est surveillée de près par l'OMS, qui recense et étudie tout effet indésirable survenu après l'administration d'un vaccin.

Les quatre vaccins contre le Covid-19 autorisés à ce jour, ceux des laboratoires Pfizer/BioNTech, Moderna, AstraZeneca et Johnson & Johnson, qui ont suivi les étapes imposées avant une mise sur le marché européen et français et dont l'efficacité oscille entre 67% et 95%.

Dans l'Union européenne, la campagne de vaccination a permis à 16,9% de la population de recevoir une première dose de vaccin, d'après les données officielles compilées jeudi 15 avril par l'AFP.

Quant aux risques d'effets secondaires graves mais très rares liés aux vaccins, l'OMS a réaffirmé qu'elle communiquerait "prochainement" ses conclusions sur le vaccin Johnson & Johnson, homologué depuis mars en Europe mais suspendu aux Etats-Unis après des cas de caillots sanguins.

L'organisation onusienne a continué à appeler à utiliser le vaccin d'AstraZeneca, abandonné complètement mercredi 14 avril pour la première fois par un pays européen, le Danemark.

"A l'heure actuelle, le risque de développer des caillots sanguins est beaucoup plus élevé pour quelqu'un malade du Covid-19 que pour quelqu'un qui a reçu le vaccin d'AstraZeneca", le directeur régional de l'OMS en Europe, Hans Kluge. 

En France, c'est l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) qui en assure la surveillance et publie des points de santé régulier (ici le plus récent en date du 9 avril).

Les trois pays qui ont le plus vaccinés dans le monde ont atteint des "records de mortalité" ? Trompeur

L'auteur de la vidéo affirme ensuite que "l'Angleterre, Israël et le Chili" sont les trois pays qui ont le plus vaccinés et ont eu des pics de mortalité "après la vaccination".

D'abord, le Royaume-Uni n'est pas l'un des trois pays qui a le plus vacciné dans le monde, selon la base de données Our World In Data de l'université d'Oxford, même s'il fait partie des leaders mondiaux. 

Au 13 avril et parmi les états de plus de 200.000 habitants, il figure à la 6e place du classement en nombre de doses distribuées pour 100 habitants et à la 9e en pourcentage de la population vaccinée.

Capture d'écran du site Financial Times réalisée le 15 avril

Mais surtout, le rythme à la fois des contaminations et des décès s'est fortement réduit ces dernières semaines et les autorités en ont amplement attribué le mérite à la campagne de vaccination qui a démarré le 9 décembre 2020.

Le Premier ministre Boris Johnson a souligné le 7 avril, lors d'une conférence de presse, l'impact de la vaccination massive au Royaume-Uni où plus de 47% de la population a déjà reçu une première dose. "Il est clair que la baisse du nombre de morts (et) du nombre d'hospitalisations est alimentée, soutenue, et la rapidité de cette baisse est aidée par le développement de la vaccination", a-t-il déclaré

Le rythme s'est réduit de moitié pour le nombre de décès sur une semaine avec 212 morts enregistrés du 1 au 7 avril contre près du double une semaine plus tôt et 40 fois plus de décès au moment du pic de l'épidémie (8.739 morts sur la semaine du 17 au 23 janvier).

La baisse a été tout aussi spectaculaire pour les contaminations avec un recul à 22.793 nouveaux cas de Covid-19 du 1er au 7 avril, en baisse de 34% par rapport à la semaine précédente mais surtout un rythme 20 fois inférieur à celui de la période du dernier pic (417.620 nouveaux cas dans la semaine du 3 au 9 janvier).

L'autorité de santé publique anglaise Public Health England a estimé dans une analyse publiée fin mars que "le programme de vaccination (entamé le 9 décembre) avait évité 6.100 décès dans la catégorie des 70 ans et plus, jusqu'à la fin février".

En Israël, le champion mondial où plus de 61% de la population a reçu au moins une dose et où plus de 80% des plus de 50 ans sont protégés, les autorités sanitaires ont exprimé la même conviction concernant le caractère déterminant de la vaccination massive pour contrôler l'épidémie.

Dans les deux pays, le taux d'incidence de l'épidémie a fortement diminué lors du premier trimestre, ce qui correspond à la montée en charge de leurs campagnes de vaccination. Israël est passé de 650 cas nouveaux de Covid-19 pour 100.000 habitants par semaine en janvier, à environ 25 actuellement.

Le dernier bilan officiel repris dans le tableau ci-dessous de l'Université John Hopkins, référence mondiale pour le suivi de l'épidémie, fait état de 3 nouveaux décès journaliers le 14 avril contre un pic de 101 morts sur la seule journée du 20 janvier dernier.

Capture d'écran du site de l'université John Hopkins réalisée le 15 avril

"Dans les chiffres récents, on voit clairement que la campagne de vaccination a un effet, et le fait qu'Israël soit l'un des pays les plus, voire le plus vacciné au monde, permet de voir l'impact que les campagnes auront à terme quand les autres pays auront atteint ces niveaux", a confirmé le 25 mars à l'AFP Pascal Crépey, enseignant-chercheur en épidémiologie à l'Ecole des hautes études en santé publique de Rennes.

Le Chili fait lui bien face à une résurgence de l'épidémie depuis début mars, malgré une importante campagne de vaccination de masse, que le pays a entamé le 3 février et qui a permis d'administrer au moins une dose de vaccin à plus de 7,2 millions de personnes.

Un nouveau record journalier de nouvelles infections (8.195) et de patients admis en soins intensifs (3.044) a été franchi le 9 avril, même si la mortalité hebdomadaire actuellement est bien inférieure à celle de juin 2020 par exemple.

Mais selon les experts, le relâchement de la population face à l'avancée rapide de la vaccination, la réouverture des écoles et la reprise d'activités après l'été austral, ainsi que la présence des variants britannique et brésilien sur le territoire, expliquent cette hausse.

La vaccination et la hausse des infections "sont des phénomènes qui évoluent sur des voies totalement distinctes", a expliqué fin mars à l'AFP Darwin Acuña, président de la Société chilienne de soins intensifs. 

"L'effet du vaccin pour la population la plus à risque n'a pas encore été observé", a précisé M. Acuña. D'ici la mi-avril, on devrait "constater un effet réel sur les besoins en lits de réanimation" pour cette population et sur les chiffres de la mortalité, a-t-il ajouté. 

De plus, les autorités ont confirmé depuis quelques semaines la présence du variant brésilien sur le territoire. Ce variant P.1, une mutation beaucoup plus virulente du SARS-CoV-2, est responsable d'une flambée épidémique au Brésil et dans plusieurs de ses voisins sud-américains. 

Les variants sont "des effets secondaires des vaccins". Faux

Selon l'auteur de la vidéo, les variants ne "sont pas des variants" mais "des effets secondaires des vaccins".

"Quand on regarde la chronologie, c'est faux. Le mutant britannique est apparu au mois de septembre et il a fait de nombreux cas en novembre", a expliqué le professeur Yves Buisson de l'Académie de médecine, rappelant que la campagne de vaccination n'a démarré que le 8 décembre dans le pays.

C'est également le cas du variant sud-africain.

Infographie AFP du 12 janvier 2021 consacrée aux variants du Sars-Cov2

Quand il pénètre dans une cellule, un virus se réplique : il se copie lui-même pour se propager. A chaque réplication, des erreurs se produisent dans la copie du génome du virus, comme un "bug" informatique. Le génome du virus subit en permanence des variations, sans qu'elles soient nécessairement significatives.   

Tout virus, surtout lorsqu'il circule beaucoup, mute et s'adapte pour survivre et échapper à ce qui le combat (médicaments, anticorps ou vaccins). L'apparition de variants est surveillée de près par des scientifiques du monde entier, comme expliqué dans cette dépêche de février 2021. 

Il n'est aujourd'hui pas possible, "en fonction des observations [de] conclure, que c'est la vaccination qui fait apparaître les variants", a expliqué Pascal Crépey dans un article consacré à une fause affirmation identique.

Citée en septembre dans la revue Nature, Emma Hodcroft, épidémiologiste moléculaire de l'Université de Bâle (Suisse) a expliqué qu'il "y a eu une diffusion mondiale [du coronavirus] avec une réplication importante dans tous les pays et (...) c'est comme ça que les variants sont apparus".

Selon plusieurs scientifiques de Flanders Vaccine, une plateforme rassemblant des experts dans les domaines de l'immunothérapie et des vaccins humains et animaux, le risque qu'un vaccin provoque l'apparition de variants du Covid-19 n'est pas plus élevé que si on laisse le coronavirus circuler librement

"Il y a toujours un équilibre risque/bénéfice - si vous ne vaccinez pas les gens, les variants deviendront de toute façon plus mortels. Et si vous ne les protégez pas, vous prenez le risque que les gens meurent, tout simplement", ont-ils expliqué dans cet article de l'AFP

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