Une antenne 5G qui "détruit les arbres" ? Non, un photomontage

Un utilisateur suisse de Facebook a diffusé mi-juin une photo d'une antenne 5G "posée sur le haut d'un sapin dans le Jura" et qui aurait détruit partiellement cet arbre. Partagée 6.000 fois en quelques jours, cette photo n'existe pas: il s'agit d'un montage militant pour alerter sur la nocivité supposée de ces ondes, a affirmé son auteur à l'AFP.

"La 5G détruit les arbres! Une antenne 5G active à été posée sur le haut d'un sapin dans le Jura afin de tester l’effet de ses ondes: après quelques semaines, le résultat est catastrophique… Balance ton smartphone", a écrit sur Facebook le 13 juin Yvan Hostettler, président de l'Association Plan Vert oeuvrant en Suisse.

A l'appui, une photo qui montre un arbre dont la cime a été détruite par les ondes 5G. 

Capture d'écran réalisée le 21 juin 2019 de la page Facebook de Yvan Hostettler

Effectuer une recherche d'images inversées, comme le recommande l'AFP traditionnellement, ne fonctionne pas dans ce cas : les moteurs de recherches (Google, Yandex, etc.) n'ont pas référencé cette photo.

Nous avons donc commencé par vérifier l'existence d'antennes 5G dans le Jura. Il n'en existe pas en France mais bien quelques-unes dans la région suisse du Jura.

Une analyse minutieuse nous a permis de constater qu'aucune de ces antennes situées en Suisse ne ressemble à celle figurant sur la photo: à partir de leur ombre, on peut voir qu'il s'agit systématiquement de grands poteaux au sommet desquels figurent l'antenne, et non d'arbres supportant une antenne. 

Mais pour vérifier la véracité de cette photo, le plus simple est de lire les commentaires sous la publication Facebook, l'une de nos recommandations pour vérifier une information (consultables sur ce blog).

Plusieurs internautes affirment sous cette publication qu'il s'agit d'un photomontage. L'un d'entre eux a notamment relevé que l'antenne est exactement la même que celle figurant sur ce cliché d'une antenne 5G pris en janvier dernier Australie par l'agence AAP.

Capture d'écran du site photos.aap.com prise le 21/06/2019

Il manque néanmoins le cache-câbles en métal à gauche sous l'antenne, qui a été retiré à l'aide d'un outil de retouche d'images, accréditant ainsi l'hypothèse d'un photomontage.

A gauche, le photomontage publié sur la page Facebook d'Yvan Hostettler. A droite, la photo originale prise par l'agence AAP

L'AFP a contacté M. Hostettler jeudi 20 juin par téléphone. Celui-ci a totalement assumé : "J'ai fait cette fake news exprès pour relancer un peu le débat sur la 5G car ça s'est de nouveau calmé et tout le monde part en vacances. La Confédération vend les fréquences et n'attend même pas l'avis de son propre office de l'environnement qui doit venir fin août", s'est-il indigné.

M. Hostettler, qui a pris l'arbre original en photo, se dit "très content du résultat : 4.000 partages, c'est exponentiel, ça devient un phénomène sociologique", même s'il a "hésité à enlever l'image". "Je suis dépassé, ça fait presque peur. Je veux pas que ça dérive, à 10.000 partages je vais remettre la photo de base sans le montage", a-t-il ajouté.

Le réseau 5G en Suisse

Trois opérateurs (Swisscom, Salt et Sunrise) ont déployé la 5G sur des antennes déjà existantes.

Comme l'explique cet article de l'Agefi, un groupe de travail sur la téléphonie mobile et le rayonnement sous la direction de l'Office fédéral de l'environnement (Ofev) a été mis sur pied en septembre 2018 par une ex-conseillère fédérale. Il devrait rendre ses conclusions sur les risques et les besoins liés au déploiement des réseaux 5G dans le courant de l'été, comme l'a évoqué M. Hostettler.

La 5G, nocive ?

En France, l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a publié un guide - mis à jour en mars 2018 - sur les "effets sanitaires des technologies de communication sans fil et autres applications radiofréquences".

"Les conclusions de l’évaluation des risques publiées en 2013 ne mettent pas en évidence d’effets sanitaires avérés. Certaines publications évoquent néanmoins une possible augmentation du risque de tumeur cérébrale, sur le long terme, pour les utilisateurs intensifs de téléphones portables. Les conclusions de l’expertise sont donc en cohérence avec le classement des radiofréquences proposé par le CIRC comme 'cancérogène possible' pour les utilisateurs intensifs des téléphones mobiles", explique l'Anses, qui recommande donc de "limiter les expositions aux radiofréquences".

En 2016, elle a ainsi estimé que les ondes électromagnétiques émises par les téléphones portables, les tablettes tactiles ou les jouets connectés pouvaient avoir des effets sur les fonctions cognitives - mémoire, attention, coordination - des enfants.

"Les effets biologiques observés n’ont pas encore apporté la preuve d’un risque certain sur l’homme en matière de cancérogénicité. Il faut noter, de plus, que les fréquences hautes, dont certaines seront utilisées par la 5G, pénètrent moins le corps humain, ce qui peut sembler, a priori, rassurant", a estimé en décembre 2018 l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques (Opesct).

Un rapport de l'Anses selon lequel les électrosensibles souffrent et doivent être pris en charge, même s'il n'existe pas aujourd'hui de "preuve" de lien entre ce syndrome controversé et l'exposition aux ondes électromagnétiques. Ce rapport avait été salué comme une avancée par des associations, comme l'expliquait l'AFP dans un article de mars 2018.

Ajout du 25 juin :

L'auteur du photomontage a indiqué avoir "supprimé" la photo de sa page "et informé la personne qui a repris (son) image d'en faire de même".

Guillaume Daudin