Non, l’OMS n’a pas fait “volte-face” sur le confinement

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Des publications prétendant que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a fait "volte-face" et ne recommande plus le confinement ont été partagées des milliers de fois sur les réseaux sociaux depuis février. Mais ce n'est pas ce que dit l'expert de l’OMS dans l'interview à l'origine de ces publications, et dès le printemps 2020, des membres de l'OMS déconseillaient publiquement le confinement comme mesure à long terme pour freiner l'épidémie, et l'évoquaient plutôt comme un recours si les autres mesures ne fonctionnaient pas.

"L’OMS fait volte-face, le confinement général n’est plus recommandé", prétend une publication Facebook partagée plus de 3.600 fois depuis le 5 février 2021.

Capture d'écran de Facebook prise le 18 février 2021

Plusieurs versions de cette affirmation circulent sur Facebook et sur Twitter.

Certaines de ces publications prennent comme source un article publié le 11 octobre 2021 sur le site du quotidien américain New York Post intitulé "L’OMS met en garde contre les confinements face au Covid-19 en raison de leurs dégâts sur l’économie".

"L'Organisation mondiale de la santé a mis en garde les dirigeants contre le recours au confinement pour lutter contre les foyers d’infection liés au Covid-19, après avoir déclaré précédemment que les pays devraient faire attention à la vitesse de leur déconfinement", peut-on lire dans cet article.

Celui-ci prend lui-même comme source une interview de David Nabarro, envoyé spécial du directeur général de l'OMS sur la préparation et la réponse au Covid-19, publiée sur YouTube le 8 octobre 2020 par l’hebdomadaire britannique The Spectator.

Dans l’interview, M. Nabarro explique que l’OMS "ne préconise pas le confinement comme principal moyen de contrôle de ce virus".

"Le seul moment où nous pensons qu'un confinement est justifié, c'est pour vous permettre de gagner du temps, pour vous réorganiser, vous regrouper, rééquilibrer vos ressources, pour protéger vos personnels médicaux qui sont épuisés. Mais dans l'ensemble, nous préférons ne pas le faire", poursuit-il.

Quelques jours l'ancien président américain Donald Trump affirmait dans un tweet que l'OMS lui avait donné "raison". "Le remède ne peut pas être pire que le problème lui-même (...) Une longue bataille, mais ils ont finalement fait ce qu'il fallait!", écrivait-il.

Capture d'écran d'une archive d'un tweet de Donald Trump, publié à l'origine le 12 octobre 2020

Or le lendemain, l’OMS avait répondu sur Twitter : "le confinement n'est pas une solution durable en raison de ses importantes répercussions économiques, sociales et sanitaires. Cependant, durant la pandémie #COVID19, il y a eu des moments où des restrictions ont été nécessaires et il pourrait y en avoir d'autres à l'avenir”.

Par ailleurs, dans son entretien à The Spectator, M. Nabarro ne dit pas que les confinements ne sont plus recommandés par l’OMS ou qu’ils devraient cesser, contrairement à ce qu’affirment les publications circulant sur les réseaux sociaux. Il se contente plutôt de répéter l’importance d’un équilibre entre restrictions et libertés, ce que prône l’OMS depuis des mois.

Une position de longue date

Le 14 avril 2020, un document de l’OMS soulignait déjà (p. 3) l’efficacité du confinement dans certains cas tout en reconnaissant ses potentiels dangers pour l’économie et la société.

"Les mesures de distanciation physique et les restrictions de mouvement, souvent appelées 'fermetures' et 'confinement', peuvent ralentir la transmission du COVID-19 en limitant les contacts entre les personnes. Cependant, ces mesures peuvent avoir un impact négatif profond sur les individus, les communautés et les sociétés en mettant quasiment un terme à la vie sociale et économique", écrivait l’organisation onusienne à l’époque.

Encore un mois auparavant, le 11 mars 2020, le Dr Michael Ryan, directeur exécutif du programme pour les urgences de l’OMS, déclarait: "lorsque vous perdez le fil de l'épidémie, vous devez alors créer une distance sociale entre tout le monde parce que vous ne savez pas qui est infecté. C'est un piètre substitut à une action de santé publique agressive au début, mais c'est peut-être la seule option lorsque vous avez effectivement perdu le virus de vue”.

"Les mesures de contrôle du COVID-19 dépendent des évaluations locales des risques. Les restrictions de mouvement peuvent faire partie d'une série de mesures que les gouvernements peuvent envisager dans certaines zones géographiques", a précisé le porte-parole de l’OMS, soulignant que celles-ci "sont nécessaires de temps à autre".

Benoît Barbeau, professeur au département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal (Uqam), a souligné dans un email qu’au cours de cette interview, "le Dr Nabarro insiste sur le fait que la mesure de confinement généralisée est une mesure nécessaire pour éviter tout débordement lorsque la situation est critique mais que celle-ci ne devrait être constamment réutilisée".

"Ainsi, de ma compréhension, le confinement demeure une mesure à utiliser dans des situations qui le requièrent mais doit donner place à des mesures efficaces et moins restrictives", a-t-il poursuivi.

Dire que l’OMS a fait "volte-face" sur sa position par rapport au confinement est donc erroné. L’organisation ne prône pas celui-ci comme principale stratégie pour endiguer la pandémie, bien qu'elle estime que de telles mesures peuvent être nécessaires dans certains cas.

Mi-février, le Canada avait recensé plus de 830.000 cas de Covid-19 et plus de 21.000 décès. La plupart des cas déclarés l’ont été en Ontario et au Québec, provinces les plus peuplées de ce pays comptant 38 millions d’habitants.

Face à une forte augmentation des cas sur son territoire en fin d’année 2020, le Québec a mis en place des mesures sanitaires strictes en instaurant notamment début janvier un couvre-feu, mesure inédite au Canada à l'échelle d'une province depuis l'épidémie de grippe espagnole il y a un siècle.

Suite à des résultats encourageants, le Premier ministre de la province francophone, François Legault, a annoncé mi-février un assouplissement de certaines mesures mais a prévenu que le couvre-feu serait maintenu car selon lui, cette mesure a été “efficace” pour ralentir la progression du virus.

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