Non, les vêtements d'occasion envoyés en Afrique ne peuvent pas transmettre le coronavirus

Plusieurs publications virales en Afrique recommandent de ne plus porter des fripes importées d’Europe, d’Asie et d’Amérique au risque de contracter le coronavirus. Cette affirmation est fausse, jugent des experts contactés par l’AFP: le coronavirus ne survit pas longtemps en dehors de l’organisme humain et sa durée de vie ne lui permettrait pas de résister à des trajets aussi longs.

Capture d'écran Facebook datée du 13 mars 2020

Des posts (123) alarmistes circulent abondamment en Afrique de l'Ouest depuis le début du mois de mars. 

"Nous conseillons à tous les Africains de ne pas acheter ou de chercher des vêtements d'occasion pendant cette période et aussi pendant la période à venir, parce que dans la plupart des villes européennes qui font actuellement face à la propagation du virus Corona (on) se débarrasse des vêtements des patients infectés, morts et vivants. surtout dans les maisons où les gens ont été infectés par le virus", avertit un post partagé plus de 17.000 fois.

Ces publications mettent en cause les organisations chargées de collecter ces vêtements de seconde main, dans le but "de les vendre aux Africains qui les achètent".

Mais de nombreux chercheurs interrogés par l'AFP doutent de cette afirmation.

Hors d’un organisme, le coronavirus ne vit que quelques heures

La probabilité que ces textiles abritent le coronavirus est "quasi inexistante", estime le docteur Ousmane Faye, chef d’unité au département de virologie de l’Institut Pasteur à Dakar, un des laboratoires de référence sur le continent. 

"A l’heure actuelle, personne ne peut prouver que le coronavirus peut survivre et rester dans des habits. D’autant plus si les vêtements ont parcouru une longue distance, le virus ne peut pas vivre dans l’air", explique-t-il.

L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), basé en France, indique sur son site qu’en dehors de l’organisme, le SARS-CoV2 n’est plus infectieux au-delà de trois heures.

(Capture d’écran du site de l’Inserm datée du 13 mars 2020)

Plus prudente, l’Organisation Mondiale de la Santé nuance et précise sur son site que les coronavirus peuvent survivent "de quelques heures à plusieurs jours (...) Ceci peut dépendre de différents paramètres".

(Capture d’écran du site de l’Organisation Mondiale de la Santé datée du 11 mars 2020)

Pour Astrid Vabre, professeure de médecine en virologie au CHU de Caen, la probabilité d’une contamination en Afrique par des vêtements exportés d’Europe est "infime".

“Il faudrait qu’une personne infectée par le coronavirus se mouche dans un vêtement, le dépose rapidement dans un point de collecte. Que celui-ci soit ensuite expédié sous quelques heures en Afrique… Cette probabilité est infime”, explique-t-elle.

Le séchage en machine pour réduire les risques

"Il faut savoir aussi que le lavage, donc la désinfection, réduit considérablement les risques de propagation. Un virus ne résiste pas à une température dépassant les 56 degrés , donc il meurt durant l’étape du séchage", ajoute-t-elle. En moyenne, un sèche-linge tourne entre 60 et 80 degrés.

En France, les organismes de collecte de textiles demandent que les vêtements déposés dans les points de collecte soient propres et secs. Car une fois les vêtements exportés, ils ne subissent plus aucun traitement, confirme à l’AFP Prosper Kaboré, commercial au centre de tri Le Relais basé au Burkina Faso.

“Nous recevons les vêtements en balles (emballés dans des gros sacs plastique, ndlr), nous les revendons en balles à des grossistes. Nous ne lavons pas les vêtements que nous recevons, les vêtements sont censés être propres lors de la collecte", explique-t-il.

Sur les 171.000 tonnes de fripes exportées par la France en 2018, 69.000 tonnes sont parties vers l’Afrique, 50.000 vers l’Europe et 47.000 vers l’Asie, selon le Centre du Commerce International (ITC).

Sur son site, Le Relais, qui se définit comme le "premier opérateur de collecte en France", explique que 55% des dons de vêtements qu'elle reçoit sont ensuite exportés.

(Capture d’écran du site Le Relais datée du 13 mars 2020)

Les Etats-Unis, Allemagne et Royaume-Uni sont en tête dans le classement des pays exportateurs de textiles récupérés. La France arrive en neuvième position.

Selon un bilan établi par l’AFP le 13 mars à partir de données officielles, le coronavirus a causé la mort de 5.043 personnes dans le monde. Depuis l’apparition du virus en décembre, plus de 134.300 personnes ont été contaminées, dans 121 pays et territoires. 

Sadia Mandjo