Non, des médecins sénégalais n'ont pas découvert de traitement contre le coronavirus

Un message viral affirmant que des médecins sénégalais ont élaboré un "sérum" contre le coronavirus circule sur les réseaux sociaux africains ainsi que sur la messagerie Whatsapp. Cette rumeur a été officiellement démentie par un porte-parole du ministère sénégalais de la Santé. Il n’existe à ce jour ni traitement, ni vaccin.

"La Chine a officiellement annoncé, il y a quelques heures à peine, le succès du sérum sénégalais que le Diouf sarr, le ministre sénégalais de la Santé, a présenté au ministère chinois de la Santé pour traiter le virus Corona, qui s’est révélé efficace à 100% sur plus de 7 cas qui ont été guéris, pour que la Chine annonce que les médecins sénégalais ont prouvé au monde entier qu’ils sont des fabricants", lit-on dans un article au style décousu paru sur le site guinéen Politique224, que l'AFP a archivé ici.

Capture d'écran du site politique224.com, réalisée le 12 mars 2020

Ce texte affirme que la vente de ce remède pourrait "rembourser les dettes du Sénégal" et faire de ce pays "une autre Chine économiquement".

Cette parution a rencontré un certain écho sur les réseaux sociaux, notamment au Sénégal (1, 2).

Au total, cet article a été partagé plus de 550 fois sur Facebook depuis sa mise en ligne le 10 mars, selon l’outil de mesure CrowdTangle.

Recherches scientifiques en cours 

Cette annonce a été démentie le jour même de sa parution dans une vidéo publiée sur le compte Twitter officiel du Ministère de la santé sénégalais. 

"Il n’y a pas de traitement contre le virus à l’heure actuelle dans le monde", a rappelé dans cette vidéo Moussa Seydi, le médecin chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital de Fann, à Dakar, où ont été pris en charge les quatre cas de coronavirus détectés au Sénégal.

"Il y a un médicament qui est en train d’être étudié aux Etats-Unis [...] mais on n’a pas une étude finalisée qui peut dire que tel médicament est efficace ou pas. On voit dans la presse parler de l’ail, de la chloroquine, de beaucoup de produits, mais à l’heure où je vous parle, il n’y a pas d’études scientifiques validées pour dire que tel produit est efficace ou non", a insisté M. Seydi.

Plusieurs pays ont engagé leurs communautés scientifiques dans un contre-la-montre pour trouver un traitement ou un vaccin contre le Covid-19, la maladie causée par le nouveau coronavirus.

La France a ainsi annoncé le 11 mars le lancement d'un essai clinique sur 3.200 malades en Europe (dont 800 en France) pour mesurer l’efficacité de quatre traitements contre le Covid-19, la maladie générée par le nouveau coronavirus.

Alors que les Etats-Unis sont également touchés, le vice-président américain Mike Pence avait estimé la semaine dernière qu’un traitement médical contre le nouveau coronavirus pourrait être disponible "d'ici l'été ou le début de l'automne".

En attendant, “le traitement symptomatique, dans la plupart des cas, prime sur le traitement contre le virus”, a expliqué Moussa Seydi: “Quand quelqu’un a une détresse respiratoire, vous lui donnez un médicament contre le virus, ça ne va pas l’empêcher de mourir : mais si vous réglez son problème de détresse respiratoire, il peut survivre” .

Pas de vaccin, beaucoup de rumeurs

En l’absence de traitement, de nombreuses publications circulent sur les réseaux sociaux, notamment sur divers remèdes (prendre de la chloroquine, manger de l’ail ou de la viande de boeuf, boire de l’eau salée ou de l’eau tiède citronnée...) pour soigner ou prévenir le Covid-19. Plusieurs d’entre elles ont fait l’objet de vérifications par l’AFP.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a également diffusé sur son site internet ses recommandations et ses réponses aux “idées reçues” sur le coronavirus.

Capture d'écran du site de l'OMS, réalisée le 12 mars 2020

Depuis l'apparition du nouveau coronavirus en décembre dernier, 127.070 cas de contamination ont été recensés dans 115 pays et territoires, dont 4.687 décès, selon un comptage de l'AFP établi le 12 mars à partir de sources officielles.

Anne-Sophie Faivre Le Cadre