(AFP / Ludovic Marin)

Non, le vaccin contre la grippe n'augmente pas les risques de coronavirus

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Des publications partagées depuis des mois sur internet dans le monde entier affirment que le vaccin contre la grippe augmente de 36% les risques d'attraper un coronavirus. C'est faux et l'étude américaine citée à l'appui de cette fausse affirmation ne dit pas cela et ne concerne pas le Sars-CoV-2, virus à l'origine du Covid-19.

En français, on retrouve cette idée ici, un texte partagé au moins 250 fois sur Facebook depuis le 12 octobre, selon le logiciel de mesure d'audience des réseaux sociaux Crowdtangle.

Capture d'écran du site L'Echelle de Jacob faite le 16 octobre 2020

On retrouve le même texte ici, avec au moins une centaine de partages sur Facebook en deux jours.

Cette infox circule en fait depuis des mois et refait surface au moment où débutent les campagnes de vaccination contre la grippe saisonnière. Dans de nombreux pays, les autorités et les médecins appellent la population à se faire vacciner massivement, en particulier cette année pour éviter aux systèmes de santé d'avoir à affronter la grippe en plus du Covid.

En France, l'objectif est de vacciner 75% des personnes à risque (personnes âgées ou ayant certaines affections chroniques, femmes enceintes etc...)

La théorie - erronée - d'une augmentation du risque de coronavirus à cause du vaccin anti-grippe a déjà été décortiquée par l'AFP, notamment ici en anglais. Elle circule en particulier depuis que l'organisation américaine anti-vaccins Children's Health Defense l'a propagée en avril

On la retrouve sur Instagram ici ou par exemple. 

Elle a été relayée notamment dans cette publication Facebook en anglais en septembre.  

Elle se retrouvait aussi dans "Plandemic",  une vidéo extrêmement virale ayant circulé au printemps et alignant  de nombreuses fausses affirmations autour du Covid et de la vaccination. L'AFP y a consacré cet article

C'est pourtant faux.  L'étude mentionnée ne dit pas cela et ne mentionne pas le Sars-CoV-2.

L'"étude du Pentagone"

L'étude, qui émane en effet d'un service dépendant du ministère américain de la Défense, citée à l'appui de ce chiffre, a été publiée en janvier 2020 dans la revue médicale Vaccine. 

L'étude se penchait sur l'éventualité d'être ou non plus susceptible de contracter d'autres virus (dont des coronavirus saisonniers) que la grippe lorsqu'on a été vacciné contre la grippe. Elle portait sur des personnels militaires pendant la grippe saisonnière de l'hiver 2017-2018, soit bien avant l'apparition, fin 2019, du Sars-Cov-2.

La grippe n'est pas un coronavirus, c'est un autre type de virus. Quant aux coronavirus, il s'agit d'une famille de virus, à laquelle appartient, notamment, celui qui cause un simple rhume.

Elle affirmait que 7,8% de ceux qui avaient été vaccinés contre la grippe étaient aussi atteints par un coronavirus contre 5,8% parmi ceux qui n'avaient pas reçu de vaccin.

Quant aux 36%, il s'agit vraisemblablement d'une interprétation erronée de ce tableau, où on peut lire, à la ligne "Coronavirus", que parmi les vaccinés, 507 étaient positifs à un coronavirus contre 170 chez les non vaccinés. 

Entre ces deux chiffres, l'auteur a calculé un "odds ratio" (OR, "rapport des chances" ou "rapport des cotes" en français) d'1,36. Il s'agit d'une mesure statistique complexe, qui mesure "la probabilité que quelque chose se produise en fonction de l'exposition à un certain facteur, comparé à la probabilité que cela se produise sans l'exposition à ce facteur", comme expliqué ici (en anglais).

Pour autant l'étude n'établit pas de relation causale. Autrement dit, elle ne dit pas que le vaccin contre la grippe augmente les risques d'attraper un coronavirus, encore moins que ce risque serait supérieur de 36%. 

Documentation sur la campagne de vaccination contre la grippe en France en 2020 (AFP / Ludovic Marin)

L'étude a donné lieu à tellement d'interprétations erronées qu'en juin 2020, l'auteur a rédigé une lettre au rédacteur en chef (letter to the editor ) de Vaccine, publiée dans ce dernier pour contextualiser son travail.

"Les résultats n'appuient PAS le point du vue antivaccinal (disant) d'éviter de se faire vacciner contre la grippe. En réalité, ils doivent être interprétés à l'inverse (de cette position) puisqu'ils relèvent une protection significative contre la grippe pour les gens vaccinés", écrivait-il.

Ils ne "peuvent et ne doivent pas être compris comme établissant le moindre type de lien ou d'association entre la vaccination contre la grippe et la maladie Covid-19", ajoutait-il.

En plus d'une mauvaise interprétation de l'étude, les Centres américains de prévention et de contrôles des maladies (CDC) ont de plus expliqué que l'étude "avait été jugée inexacte" sur le fond en raison de problèmes méthodologiques.

Capture d'écran du site des CDC faite le 16 octobre 2020

Les CDC expliquent que des chercheurs canadiens ont examiné leurs propres données, sans trouver le même type de corrélation entre vaccin anti-grippe et coronavirus saisonniers.

"Non seulement, nous n'avons pas confirmé les résultats, mais nous avons aussi relevé des problèmes méthodologiques dans la façon dont (l'auteur) a mené ses analyses", a expliqué Danuta Skowronski, une des chercheures canadiennes, dans un email à l'AFP. 

Cette équipe canadienne a d'ailleurs publié à son tour une étude dans la revue Clinical Infectious Diseases, affirmant que "le vaccin antigrippe n'augmente pas le risque de coronavirus ou de virus respiratoires non-grippaux".

En 2013, une étude menée dans l'état américain du Wisconsin et examinant les données sur six saisons de grippe, avait abouti à la même observation.

L'AFP a aussi décortiqué ici (en anglais) l'affirmation, fausse elle aussi, selon laquelle le vaccin contre la grippe rendait les enfants plus à risque de contracter un coronavirus.

Julie Charpentrat
Vaccins