Non, faire des inhalations de vapeur d'eau ne “tue" pas le coronavirus

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Une publication virale, partagée près de 34.000 fois sur Facebook depuis le 25 mars, affirme qu'inhaler de la vapeur d'eau permet de "tuer" le nouveau coronavirus. Mais des médecins et experts interrogés par l’AFP démentent: si faire des inhalations peut donner la sensation de soulager des difficultés respiratoires, cette pratique -non sans risque- ne permet en aucun cas de soigner le Covid-19, la maladie causée par le coronavirus.

Capture d'écran Facebook datée du 30 mars 2020

L’auteur de cette publication affirme qu’en cas de contamination au coronavirus, il est possible de le "tuer", dans un délai de "4 à 5 jours", avant qu’il ne cause la détresse respiratoire fatale à de nombreux malades. 

Pour cela, "vous respirez la vapeur d'eau chaude pendant 10 min 3 fois par jour en vous couvrant un récipient contenant de l'eau chaude sur les cuisses. Au bout de 10 min d'exposition le virus est tué. Répétez 2 à 3 fois pour vous rassurer", préconise cette personne, le Dr Achille Khonde Kinkela, qui se présente sur compte Facebook comme un médecin de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo. 

"Dans la prévention, c'est les mesures prescrites par le gouvernement et l'Organisation mondiale de la Santé", assure-t-il, avant d’ajouter: "Boire une tasse d'eau chaude citronnée 2 à trois fois par jour vous renforce plus l'immunité et nettoie les gîtes des virus au niveau de la gorge".

L'AFP a contacté le Dr Achille Khonde Kinkela le 30 mars 2020 via la messagerie Facebook, sans obtenir de réponse. 

Cette publication a généré plus de 34.000 partages. Elle a été copiée et relayée sur d’autres posts un peu partout en Afrique, dont certains cumulent plus de 12.000 partages (123).

Le même texte, mot pour mot, a également été diffusé dans d'autres publications mais citant, elles, un certain Dr Euloge Yiagnigni mfopou, présenté comme un "médecin cardiologue". L’une d'entre elles, en date du 23 mars, atteint plus de 18.000 partages sur Facebook.

Capture d'écran Facebook datée du 30 février 2020

Ce remède, qui ne figure sur aucune recommandation des grandes instances sanitaires nationales et internationales, est contesté par plusieurs scientifiques interrogés par l’AFP.

Un soulagement mais pas un traitement  

"A l'heure actuelle, la seule façon de 'tuer' un virus est d'utiliser des solutions de nettoyage antimicrobiennes, mais qui ne doivent JAMAIS être inhalées ou introduites dans le corps de quelque manière que ce soit", a déclaré à l'AFP le Dr Jason McKnight, professeur clinicien adjoint à la faculté de médecine de la Texas A&M University.

"En général, les gens trouvent que l'inhalation de vapeur, pendant toute sorte de maladie respiratoire, les soulage de leurs symptômes, tels que la toux ou les congestions nasale et thoracique. Cependant, il ne s'agit que d'un soulagement symptomatique et non du traitement d’une infection virale", souligne M. McKnight, contacté par courriel.

Et, ajoute-t-il, "vous risquez de vous faire mal avec des brûlures dues à la vapeur d'eau chaude que ce soit à vos yeux, votre visage et vos voies respiratoires. Elles peuvent entraîner des complications graves et durables".

Son confrère, le Dr Benjamin Neuman, spécialiste des coronavirus qui dirige le département des sciences biologiques à la Texas A&M University, met également en garde sur les conséquences de ces pratiques sur des organes "fragiles" comme les poumons.

"La vapeur chaude peut endommager les poumons. L'idée qu'elle puisse combattre un virus qui endommage également les poumons est un très mauvais conseil", estime-t-il.

“Pas de remède miracle”

"L’inhalation de vapeur ne peut pas traiter ou guérir l'infection", abonde le docteur Karine Le Roch, professeur de biologie cellulaire à l'Université de Californie.

"Il n'y a pas de remède miracle", résume-t-elle par courriel: "Les chercheurs font de leur mieux pour trouver une solution rapidement, mais cela prendra du temps."

Aucune autorité sanitaire, à commencer par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), ne préconise non plus l'inhalation dans leurs bonnes pratiques diffusées sur leurs sites internet pour prévenir le coronavirus ou pour se soigner si l’on a contracté le Covid-19, causée par le virus.

Capture d'écran datée du 30 mars 2020

La pandémie causée par le nouveau coronavirus a fait au moins 34.610 morts dans le monde depuis son apparition en décembre en Chine, selon un bilan établi par l'AFP à partir de sources officielles le 30 mars 2020. 

Plus de 727.080 cas d'infection ont été officiellement diagnostiqués dans 183 pays et territoires depuis le début de l'épidémie. Ce nombre de cas diagnostiqués ne reflète toutefois qu'une fraction du nombre réel de contaminations, un grand nombre de pays ne testant désormais plus que les cas nécessitant une prise en charge hospitalière.

Parmi ces cas, au moins 142.300 sont aujourd'hui considérés comme guéris.

Pour retrouver les vérifications faites par l’AFP en français, cliquer ici.

Traduit et adapté de l'anglais par Ange Kasongo. 

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