Les masques faits maison "peu efficaces" pour protéger du coronavirus, d'après le ministère français de la Santé, mais "mieux que rien" selon des médecins

Des tutoriels fleurissent sur les réseaux sociaux pour fabriquer à la maison des masques de protection contre le nouveau coronavirus, conçus avec du tissu, du coton ou encore du sopalin.

- Interrogé par l'AFP le 17 mars, le ministère français de la Santé a d'abord indiqué que si ces masques pouvaient être utilisés dans certains cas, ils restaient "peu efficaces" et ne remplaçaient aucunement les mesures barrières et de distanciation sociale.

- Le 30 mars, des médecins ont de leur côté assuré à l'AFP que porter un masque fait maison était mieux que pas de masque du tout, afin d'éviter de contaminer les autres.

- Le 31 mars, Emmanuel Macron a déclaré que 85 prototypes de masques alternatifs, à destination d'autres professions que les soignants, avaient été validés.

Sur cette vidéo, partagée plus de 22.000 fois sur Facebook depuis le 8 mars, un homme se propose de fabriquer "un masque aussi efficace que ceux qu’on trouve en pharmacie" à l’aide d'un "rouleau de papier bien épais", de deux élastiques et d’une agrafeuse. Après avoir réalisé un pliage, il dispose le masque, conçu avec du sopalin, sur son nez, sa bouche et son menton, en l’attachant à ses oreilles avec les élastiques. "Et voilà, on respire normalement mais avec une belle protection !", conclut-il.

En commentaire, une internaute "couturière" a également publié une photographie d’un masque fait maison avec du tissu.

Capture d'écran prise le 16 mars d'un commentaire sur Facebook.

On trouve aussi des tutoriels sur YouTube, comme celui-ci, vu plus de 800.000 fois à date du 18 mars et récemment relayé par un article du journal Ouest France au sujet du coronavirus. Une note sous la vidéo rappelle que ces masques artisanaux ne sont pas certifiés par les autorités sanitaires.

Interrogée le 17 mars par l'AFP, la Direction générale de la santé (DGS), qui dépend du ministère français de la Santé, a indiqué que "les Français ne présentant pas de symptômes n'ont pas besoin de porter un masque".

Les personnes malades doivent normalement rester confinées et éviter de se déplacer. Mais si des personnes malades, ne disposant pas de masques certifiés, se retrouvent dans l'obligation de sortir de chez elles, "elles peuvent se confectionner des masques artisanaux", a ajouté la DGS.

Citant une étude de 2008, la DGS estime ainsi que les masques artisanaux "peuvent participer à une diminution de la transmission du virus par les personnes malades" mais qu'ils restent "peu efficaces pour éviter les projections virales", comparés aux masques homologués.

De plus, ces masques bricolés "risquent de faire croire à un faux sentiment de sécurité vis-à-vis du virus, alors que les mesures les plus importantes sont les gestes barrières et le respect de la distanciation sociale", a prévenu la DGS.

Capture d'écran d'une affiche du ministère de la Santé datée du 12 mars et expliquant les gestes barrières.

"Beaucoup mieux que rien"

Malgré le manque de certitude scientifique, des médecins ont assuré le 30 mars à l'AFP que mieux valait un masque fait maison que pas de masque du tout, pas pour se protéger soi-même du coronavirus mais pour éviter de contaminer les autres.

"Cela fonctionne si tout le monde en porte un, et dans ce cas, un masque très basique suffit, car un bout de tissu peut bloquer les projections" de gouttelettes salivaires contaminées émises par un malade, a dit à l'AFP le Pr KK Cheng, spécialiste de santé publique à l'université de Birmingham (Angleterre). "Ce n'est pas parfait, mais c'est beaucoup mieux que rien".

Selon le pneumologue Nicolas Hutt, qui exerce en Alsace, l'une des régions française les plus touchées, les masques artisanaux "ne sont pas des masques à visée médicale, mais plutôt des écrans anti-postillons pour le grand public". Il préconise leur utilisation "dans toutes les zones où les mesures de distanciation ne sont pas correctement respectées, comme les commerces".

Masques "alternatifs" pour les non-soignants

Depuis le début de l'épidémie, nombre de pays occidentaux, comme la France, ont répété que le port généralisé du n'était pas nécessaire. "Mettre un masque n'est pas dans la culture occidentale", analyse le professeur Cheng, selon qui un autre paramètre a pu jouer : la crainte qu'une recommandation officielle ne conduise le grand public à se jeter sur les masques réservés aux soignants, les masques chirurgicaux et FFP2.

Mais le discours des autorités françaises a évolué. "On apprend chaque jour de cette crise, partout dans le monde", a justifié Emmanuel Macron, lors d'un déplacement le 31 mars dans une usine de masques de la PME Kolmi-Hopen, en périphérie d'Angers (Maine-et-Loire).

Si les masques sanitaires FFP2 et chirurgicaux sont encore réservés aux soignants, Emmanuel Macron a déclaré que "d'autres catégories de masques, différents, homologués" existaient pour les autres professions exposées au coronavirus, comme les "services à domicile, nos transporteurs, nos pompiers, nos forces de l'ordre, nos caissiers et caissières". 

Ainsi, "85 prototypes ont été validés durant les derniers jours" pour ces masques alternatifs, a-t-il précisé. "D’ici trois à quatre semaines nous aurons la capacité de produire un million de masques/jour sur ces différentes catégories", a-t-il ajouté, soulignant que le gouvernement reviendrait sur les "différentes catégories d’emploi".

Capture d'écran prise le 31 mars du point de situation gouvernemental émis le 28 mars

L'Association de normalisation (Afnor), rattachée au ministère de l'Industrie, a mis en ligne le 27 mars un mode d'emploi pour ces masques alternatifs.

Masques pour les soignants

Il existe actuellement deux types de masque réservés en priorité aux personnes malades ou aux personnels soignants : les masques chirurgicaux ou FFP2. 

Leur différence réside principalement au niveau du filtre des particules. "Un masque FFP2 va avoir un meilleur filtre. On réserve ce type de masques aux personnels soignants exposés à des projections très fines de particules", a précisé la DGS.

Les types de masques de protection certifiés face à l'épidémie du nouveau coronavirus

Les masques chirurgicaux sont eux réservés à "toute personne malade et aux personnes contacts des personnes à risque modéré/élevé" ainsi qu’aux "professionnels de santé, aux personnes chargées des premiers secours et en charge du transport sanitaire en cas de suspicion de contact avec une personne malade", comme il est écrit ici sur le site du ministère.

Au contraire, "l'utilisation des masques chirurgicaux par la population non malade est exclue", écrivait le ministère le 13 mars. "L’usage à titre préventif pour les personnes n’étant pas en contact rapproché des malades est en effet inutile".

Après avoir réquisitionné les stocks de masques début mars, le gouvernement a dit le 16 mars vouloir renforcer la priorité de l'accès aux masques pour les professionnels de santé, "dans les zones où le virus circule activement".

Capture d'écran d'un extrait du communiqué de presse sur les masques émis par le ministère de la Santé le 16 mars 2020.

La hausse de la production dans les quatre entreprises françaises de masques va permettre de porter l'effort national de 15 millions à 40 millions de masques par mois courant avril. Mais les besoins pour le personnel soignant et les Ehpad sont évalués à 40 millions par semaine, a souligné l'Elysée.

La France a aussi commandé un milliard de masques et organise un "pont aérien" avec la Chine, dont la première livraison de 8,5 millions est arrivée le 30 mars, avant une seconde livraison de 12 millions de masques attendue le 1er avril.

EDIT du 31 mars: ajoute déclarations du 31 mars d'Emmanuel Macron, 
citations du 30 mars de médecins à l'AFP et situation sur la pénurie de masques et les livraisons.
Paul Ricard