Un enfant assis avec sa mère attend de recevoir une dose de vaccin Pfizer-BioNTech, le 24 novembre 2021 à Montréal, au Québec. ( AFP / ANDREJ IVANOV)

Attention à ces publications reliant une campagne de prévention sur les AVC à la vaccination anti-Covid pour les enfants

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Une affiche de prévention sur les signes avant-coureurs de l'accident vasculaire cérébral (AVC) chez l'enfant est présentée sur les réseaux sociaux comme une initiative visant à alerter sur les effets indésirables de la vaccination contre le Covid, ouverte le 15 décembre 2021 aux 5-11 ans à risque. Mais cette campagne sur l'AVC, qui ne concerne pas uniquement les enfants, est "absolument indépendante de l’actualité du Covid et du vaccin", a indiqué à l'AFP l'organisation qui l'a initiée, France AVC. Le président de Samu urgences de France (SUdF), qui y est associé, ainsi que le Centre national de référence de l’AVC de l’enfant, affirment en outre n'avoir constaté "aucune hausse" du nombre d'AVC chez les adultes ou les adolescents depuis le début de la campagne de vaccination.

Alors que la vaccination anti-Covid a été étendue le 15 décembre aux 5-11 ans "à risque" de développer des formes graves de la maladie ou ayant des proches vulnérables, les débats se multiplient sur la pertinence d'un élargissement à toute cette classe d'âge.

Sur les réseaux sociaux, des internautes ont mis en avant des risques d'effets indésirables pour des enfants, moins touchés que les adultes par le Covid-19. Certains ont alors évoqué un risque d'AVC, sous couvert du #balancetonAVC, et fait le lien avec une récente campagne de prévention sur le risque d'accident vasculaire cérébral chez l'enfant.

Cette affiche montre la moitié du buste d'un enfant et interpelle les passants : "chaque minute compte, c'est peut-être un AVC".

Un internaute qui a pris le panneau en photo interroge : "Pub sur les AVC des enfants. Quelqu’un avait déjà vu ça avant 2021 ? …", dans un message partagé plus de 3.000 fois depuis le 3 décembre. "Depuis quand les gamins font des AVC en nombre justifiant une campagne nationale ?!? ", s'étonne une autre utilisatrice du réseau social.

Capture d'écran prise sur Twitter le 10/12/2021
Capture d'écran prise sur Twitter le 14/12/2021

 

 

L'affiche a également été partagée des centaines de fois sur Facebook (1, 2), avec une légende indiquant :"Ah parce que maintenant ils font des campagnes d'informations au cas où les "ENFANTS" auraient des AVC".

Rapidement, un lien avec la vaccination anti-Covid a avancé :"les enfants ne font pas d'AVC ou c'est très exceptionnel (...) est-ce en prévision des injections sur les enfants?", commente un internaute.

Trois autres affiches au style très similaire, alertant également sur le risque d'AVC mais chez l'adulte, ont aussi été relayées. "Campagne sur les AVC en cours, étonnant non?", souligne ainsi un internaute, avec un emoji en forme de seringue.

Viraux, ces visuels ont même circulé jusqu'au Brésil, dans un tweet indiquant qu'il s'agissait d'une "mise en garde du métro parisien contre les accidents vasculaires cérébraux chez les enfants. Une nouveauté de l'ère des vaccins Covid".

( Juliette MANSOUR)
( Juliette MANSOUR)

 

 

D'où vient cette affiche?

Si plusieurs internautes ont questionné l'authenticité de ces affiches, évoquant la thèse "d'anciennes images" qui auraient été ressorties juste "avant le lancement de la vaccination des jeunes enfants", il n'en est rien.

Ces affiches sont authentiques. L'AFP a contacté les trois organismes dont les logos figurent au bas de l'affiche. France AVC a indiqué être à l'origine des quatre visuels relayés sur les réseaux sociaux, réalisés dans le cadre d'une récente campagne visant à alerter sur le risque d'accident vasculaire cérébral.

Un AVC, aussi appelé "attaque", survient lorsque la circulation sanguine vers ou dans le cerveau est interrompue par un vaisseau sanguin bouché (AVC ischémique, le plus fréquent) ou par un vaisseau sanguin rompu (AVC hémorragique).

L'accident vasculaire cérébral

Lorsqu'une personne est victime d'un accident vasculaire cérébral, plusieurs symptômes apparaissent. Or, un diagnostic précoce ainsi qu'une prise en charge rapide permettent de réduire la mortalité de 30 % et limitent la gravité des lésions, rappelle l'Assurance maladie.

C'est pourquoi " il est important d’informer le grand public régulièrement de façon à reconnaître les signes avant-coureurs de l'AVC et faire immédiatement le 15", a expliqué France AVC à l'AFP le 9 décembre.

Pour cette raison, le Fonds de dotation France AVC mène des campagnes de prévention pour alerter sur les signes avant-coureurs de l'AVC "depuis des années".

Les affiches qui ont circulé sur les réseaux sociaux font partie de leur plus récente campagne. Les panneaux ont été disposés dans les gares de plusieurs grandes villes françaises : du 24 au 30 novembre en Ile-de-France, du 22 novembre au 1er décembre à Marseille, du 6 décembre au 12 décembre à Lyon, et le seront du 20 décembre au 26 décembre à Lille. "Nous espérons pour 2022 pouvoir ajouter d’autres gares", précise l'association.

Des AVC "rares" chez les enfants mais souvent "négligés"

Si les affichages sont récents, "ces campagnes ne sont pas liées à la vaccination anti-Covid, ni dans le cadre de la vaccination des enfants. Elles sont absolument indépendantes de l’actualité du Covid et du vaccin", a néanmoins fait savoir France AVC.

Elle explique avoir changé, cette année, le style de ses affiches et inclus un visuel d'enfant.

"Jusqu’à ce jour et depuis des années, nos affiches étaient toujours les mêmes : celles du « bonhomme blanc » avec l’appel au 15", fait savoir l'organisation.

Capture d'écran d'une ancienne campagne de prévention de France AVC

"Nous avons voulu renouveler nos visuels, afin d’apporter un «choc» au regard du public (...) l’idée aussi, était de montrer que l’AVC ne touchait pas que les personnes âgées, bien que ce soit la majorité, nous avons de plus en plus de jeunes actifs, des femmes, des hommes, des ados et des enfants, voire des bébés avant leur naissance".

Le ministère de la Santé estime ainsi qu'entre 500 et 1.000 nourrissons, enfants et adolescents sont victimes d'un AVC en France chaque année avec des signes avant-coureurs similaires à ceux de l'adulte : une paralysie d'un côté du corps, des crises convulsives, une déformation du visage, ou encore des troubles de la parole.

Contrairement au risque d'AVC chez l'adulte, favorisé par le tabagisme, l'hypertension artérielle, le cholestérol, la surconsommation d'alcool ou l'obésité; la plupart des AVC pédiatriques survient chez des enfants en bonne santé, de façon soudaine, et seule la moitié de ces AVC a une cause identifiée (malformation congénitale, pathologie cardiaque…) .

Un adulte sur dix qui vit avec des séquelles d'AVC l'a eu dans son enfance.

Le Dr Stéphane Chabrier, coordinateur de la recherche au Centre national de référence de l’AVC de l’enfant, qui n'a pas participé à la campagne d'affichage relayée sur les réseaux sociaux, a insisté auprès de l'AFP le 13 décembre sur le fait que "l'AVC chez l'enfant existait avant la pandémie".

Mais "les AVC chez l'enfant sont souvent négligés, justement parce qu'il y en a très peu", a regretté le 8 décembre à l'AFP François Braun, président de Samu urgences de France (SUdF), partenaire de cette campagne de prévention.

"Quand on pense à des victimes d'AVC, on imagine toujours des personnes âgées. C'est pour ça que pour la première fois, on a voulu mettre en avant un enfant sur une affiche pour faire comprendre aux gens qu'il faut immédiatement appeler le 15 lorsqu'ils voient un de ces signes chez un enfant, car ensuite on ne dispose, comme chez l'adulte, que de quatre heures pour tenter de déboucher l'artère responsable de l'AVC".

Contrairement à ce qu'ont affirmé de très nombreux internautes sur Twitter, qui avançaient que cette campagne serait "la première en France contre les AVC pédiatriques", plusieurs visuels pour alerter sur les risques d'AVC chez l'enfant avaient déjà circulé ces dernières années comme celui de la Société Française NeuroVasculaire en 2018, ou du ministère de la Santé en 2019.

Affiche de prévention contre le risque d'accident vasculaire cérébral chez l'enfant
Affiche de prévention contre le risque d'accident vasculaire cérébral chez l'enfant

 

 

Près de 70% des enfants gardent des séquelles telles qu’un handicap physique ou une détérioration des capacités intellectuelles après un AVC, relevait en 2019 Adrien Taquet, à l'occasion de la journée mondiale consacrée à cette maladie.

Le secrétaire d'Etat chargé de la protection de l'enfance soulignait cependant aussi que la France améliore chaque année la prise en charge thérapeutique, indiquant que depuis 2003, la thrombolyse (injection d'un médicament pour dissoudre le caillot, ndlr) diminue de 10% les risques de décès et handicap, et depuis 2015, la thrombectomie, qui consiste à introduire une sonde dans l'artère fémorale (au niveau de l'aine) et à la remonter jusqu'à l'artère cérébrale obstruée pour retirer le caillot, diminue de 20% les risques de décès et handicap.

En France, le nombre de nouveaux cas d’AVC est estimé à environ 150.000 par an en France, soit un AVC toutes les 4 minutes, dont 30.000 sont fatals. L’AVC est la première cause de décès chez la femme, avant le cancer du sein, et la troisième chez l’homme, ainsi que la première cause de handicap physique chez l'adulte.

"Nous n'avons pas constaté d'augmentation du nombre d'AVC"

Unanimes, les spécialistes interrogés par l'AFP assurent en outre ne pas avoir observé une hausse du nombre d'AVC depuis le lancement de la campagne de vaccination anti-Covid, pour les adultes, qui peuvent se faire vacciner depuis décembre 2020, et les adolescents âgés de 12 à 17 ans, qui en ont la possibilité depuis juin 2020.

Alors que plus de 106 millions de doses de vaccins anti-Covid ont été administrées en France à 52 millions de personnes," nous n'avons pas constaté d'augmentation du nombre d'AVC depuis le lancement de la campagne de vaccination", affirme le président de Samu urgences de France (SUdF). 

"Il y avait bien eu un effet de sur-déclaration d'AVC, mais au moment du premier confinement [avant le lancement de la vaccination ndlr], parce que beaucoup de pathologies chroniques se sont surcompensées, comme les patients retardaient leurs soins".

Dans sa dernière synthèse de "suivi des cas d'effets indésirables des vaccins Covid-19", qui recense les données officielles de pharmacovigilance, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) fait état, parmi les "signaux confirmés", d'''hypertension artérielle" pour le vaccin Pfizer-BioNTech et de "troubles vasculaires de type d'hypertension artérielle" pour le vaccin Moderna.

L'hypertension artérielle est un facteur de risque des AVC. Pour autant, l'ANSM estimait en mai 2021 que "les données recueillies depuis le début de la campagne vaccinale n'apportent pas au regard des caractéristiques des cas analysés et des connaissances actuelles, d'élément faisant suspecter un rôle du vaccin dans la survenue d'AVC ischémique", reprenant les conclusions d'un rapport publié en mars.

Contactée le 10 décembre à ce sujet, l'ANSM n'a pas encore répondu.

"Nous n'avons pas non plus remarqué d'effets indésirables à type d'AVC chez les adolescents vaccinés contre la Covid-19", pointe Stéphane Chabrier, du Centre national de référence de l'AVC de l'enfant.

Selon le neuropédiatre, aucune donnée n'appuie à ce stade la thèse selon laquelle la vaccination contre le Covid-19 ou le Covid-19 lui-même augmenteraient le risque d'AVC chez l'enfant. "Alors que les neurologues adultes ont reconnu assez rapidement des AVC post-Covid et que les pédiatres aussi ont vu certaines pathologies post-Covid émerger : PIMS par exemple, nous nous sommes entretenus avec nos collègues internationales et elles ont la même expérience : nous n'avons pas vu une augmentation inhabituelle de l'incidence qui serait en lien avec le SARS-CoV-2".

La vaccination possible pour les 5-11 ans à risque

Une enfant porte un pins après "vaccinée" après avoir reçu une dose de vaccin Pfizer contre le Covid-19 aux Etats-Unis, le 5 novembre 2021. ( AFP / JEFF KOWALSKY)

Pour l'heure, les autorités sanitaires ont ouvert la vaccination aux 360.000 enfants âgés de 5 à 11 ans "à risque" et donc susceptibles de développer des formes graves du virus, ou à ceux ayant des proches vulnérables.

Mais le 6 décembre, le Premier ministre Jean Castex a fait un pas vers une ouverture plus large de la vaccination contre le Covid, en déclarant que le gouvernement l'envisageait pour "tous les enfants" de cette classe d'âge, "sur la base du volontariat, si possible d'ici à la fin de l'année".

Les chercheurs et médecins interrogés par l'AFP restent néanmoins prudents sur la pertinence d’un tel élargissement dans le but de lutter contre la 5e vague, comme expliqué dans ce précédent article consacré à cette question.

Pour l'Académie de médecine : "le principe éthique selon lequel la vaccination des enfants, qui ont peu de risques de développer des formes sévères de la maladie, ne doit pas servir, pour atteindre l’immunité collective, à compenser le refus de vaccination de certains adultes".

Le gouvernement a demandé l'avis de l'organisme chargé de le conseiller sur les questions d'éthique, le Comité national d'éthique (CCNE), qui doit rendre son avis sur la question jeudi.

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