Manifestation contre le pass sanitaire et l'obligation vaccinale en Guadeloupe le 7 août. ( AFP / CEDRICK ISHAM CALVADOS)

En Guadeloupe, une défiance vaccinale alimentée par la désinformation en ligne

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Quelles sont les "manipulations" qui, selon Emmanuel Macron, contribueraient à embraser la crise en Guadeloupe ? Le chef de l’Etat n'en a pas dit beaucoup plus mais une chose est sûre : la défiance vaccinale sur l'île est aussi nourrie par la désinformation sur les réseaux sociaux.

Très récemment, une avocate installée en Guadeloupe a ainsi affirmé dans un entretien vidéo que le CHU de Pointe-à-Pitre avait reçu l'ordre de cacher le fait que des patients hospitalisés pour un Covid étaient vaccinés, et de les répertorier systématiquement comme non-vaccinés.

Elle a beau préciser qu'elle tenait cette "information" de pompiers croisés dans des réunions du réseau "covido-sceptique" ReinfoCovid et qu'elle n'avait procédé à aucune vérification par elle-même, cette affirmation a été massivement relayée sur Facebook et Twitter sous un titre laissant peu place au doute : "Selon les pompiers, le CHU de Guadeloupe a ordre de cacher les vaccinés hospitalisés”.

Contactée par l'AFP, l'Agence régionale de santé (ARS) dément l'existence d'une telle consigne.

Capture d'écran de Crowdtangle, outil de recherche de contenus sur Facebook.

Sur la chaîne de télé locale Canal 10, qui ouvre ses plateaux à tous et sans filtre, un parent d'élève a, lui, affirmé que des "enfants" étaient morts du fait de la vaccination. La vidéo s'est propagée sur Facebook avant que n'apparaissent sur Twitter plusieurs publications similaires affirmant, sans citer de source, que "cinq enfants" étaient décédés sur l'île. Là encore, l'ARS dément.

Capture d'écran réalisée sur Tweetdeck le 24 novembre 2021

Depuis le début de l'épidémie, les "fake news" sont loin d'avoir seulement essaimé en Guadeloupe mais la défiance envers la politique sanitaire y est très répandue pour un ensemble complexe de facteurs mêlant notamment "inégalités sociales" et "confusion médiatique", expliquait la sociologue spécialiste de l'Outre-mer Stéphanie Mulot début septembre à l'AFP, évoquant également le "sujet majeur" du chlordécone.

Interdit en métropole en 1990, ce pesticide a été autorisé jusqu'en 1993 aux Antilles où il est tenu responsable d'une vague de cancers de la prostate, un vaste scandale sanitaire aujourd'hui convoqué en Guadeloupe par les opposants aux vaccins anti-Covid.

Manifestation le 27 février à Fort-de-France, en Martinique, pour réclamer la poursuite de l'enquête judiciaire sur le chlordécone. ( AFP / LIONEL CHAMOISEAU)

Défiance envers les autorités

Publié sur un compte antivax, un tweet très partagé jouait sur ce parallèle. "Après avoir contaminé au chlordécone la Guadeloupe avec des cancers aux 4 coins de l'île, l'Etat leur demande de se faire injecter un vaccin en phase de test sous peine de perdre leur emploi... les Guadeloupéens refusent... Macron envoie le GIGN !".

Chef de file du mouvement contre la vie chère en 2009, le leader syndicaliste Elie Domota a creusé le même sillon dans des tribunes qui ont beaucoup voyagé sur les réseaux, dans lesquelles il affichait son refus de faire aujourd'hui confiance à des autorités qui, s'agissant du chlordécone, avaient assuré que ce "ce produit ne présentait aucun risque pour la santé ni pour l'environnement".

"Nous serons totalement rassurés (sur les vaccins anti-Covid, ndlr) quand vous aurez confirmé (...) et que la République a assuré aux peuples 'd’outre-mer' la meilleure protection de sa santé", ironisait-il.

Le décès de Jacob Desvarieux, le guitariste star de Kassav mort fin juillet des suites du Covid, a lui aussi alimenté une vague de suspicion au motif qu'il était totalement vacciné contre la maladie.

Ce décès "nous enseigne une fois de plus que le vaccin que vous souhaitez nous imposer par tous les moyens ne protège pas (...) et pourrait même dans certains cas aggraver la santé", affirmait une pétition diffusée sur Facebook, qui ne mentionnait pas le fait que M. Desvarieux présentait des comorbidités depuis une greffe rénale.

Pour contrer cette défiance, l'ARS a, fait singulier, publié sur Facebook plusieurs vidéos pour "démêler le vrai du faux" sur les vaccins et contrer les "fausses informations.

Le gouvernement s'est, de son côté, engagé à fournir aux soignants qui le souhaitent des injections sans ARN messager, répondant à l'une des revendications des opposants à l'obligation vaccinale.

Pas sûr que cela suffise face à l'ampleur du fossé vaccinal : au 16 novembre, 46,4% des Guadeloupéens, avaient reçu une première injection contre 76,7% de la population totale française.

Infographie publiée le 24 novembre.
Présidentielle 2022 VACCINS COVID-19