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Non, la contamination de Jean Castex au Covid ne "prouve pas" l'inefficacité du vaccin

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L'annonce de la contamination au Covid-19 du Premier ministre Jean Castex lundi soir a suscité une vague de réactions, certains y voyant la "preuve" de l'inefficacité et de l'inutilité de la vaccination contre le coronavirus. Attention : les vaccins actuels n'ont jamais eu vocation à éradiquer totalement le virus et sa transmission mais à empêcher les formes graves de la maladie, rappellent les épidémiologistes contactées par l'AFP.

A l'heure où l'épidémie reprend en Europe et où plusieurs pays resserrent la vis face à la flambée de nouveaux cas, l'annonce, lundi soir, de la contamination au Covid-19 du Premier ministre Jean Castex n'est pas passée inaperçue.

Le chef du gouvernement avait appris dans l'après-midi que l'une de ses filles âgée de 11 ans avait été testée positive. "Il a donc immédiatement pratiqué un test PCR, qui s'avère positif", a expliqué Matignon, et a été placé à l'isolement.

Cette annonce, qui survient en début de la cinquième vague de l'épidémie, a suscité un flot de réactions sur les réseaux sociaux. De nombreux internautes, majoritairement opposés au vaccin ou à un pass sanitaire jugé liberticide, y vont vu "la preuve" de l'inefficacité des injections.

"Le vaccin ne l'a pas protégé...+tous vaccinés, tous protégés+ ce slogan n'est pas vérité...que de mensonges" , écrit ainsi l'un d'entre eux sur Twitter, dont le message est partagé plus de 1.700 fois.

Un avis partagé par le collectif carton Jaune, qui se présente comme un collectif de Gilets jaunes. "Jean Castex est positif au Covid et s'isole. Il a pourtant le #PassSanitaire et 2 doses de vaccin... Preuve que ce pass sanitaire et cette vaccination ne protègent pas ni n'empêchent d'attraper cette maladie, et poussent à multiplier les contacts. Le Pass nous met en danger !", estime le collectif sur son compte Twitter.

"Question... Comment Jean Castex peut être 2 fois positif au covid s'il a été réellement vacciné?" s'interroge un internaute sur Twitter. "a. soit il n'est pas vacciné b. soit le vaccin ne fonctionne pas c. soit les deux d. Réponse d".

La classe politique n'est pas en reste - dès lundi soir, le président du parti UPR François Asselineau, qui a battu le pavé à plusieurs reprises ces derniers mois pour dénoncer "la dictature sanitaire", s'est engouffré dans la brèche, en questionnant "l'efficacité" des injections.

"EFICACITÉ 20/11/2021 Michel Cymes,médecin plateauTV, double-vacciné,infecté par #COVID19 22/11/2021 Jean Castex,Premier ministre, double-vacciné,infecté par #COVID19Le vaccin 2-doses est si efficace qu'il en faut une 3e pour éviter aux double-vaccinés d'être malades ?", s'interroge le candidat à l'Elysée.

Attention : les vaccins existants contre le Covid-19 n'ont jamais eu vocation à éradiquer à 100% le risque d'être contaminé ni de transmettre le virus, mais principalement à prévenir les formes graves de la maladie, rappellent les épidémiologistes contactées par l'AFP.

"L'efficacité du vaccin est de 90% contre les formes graves mais seulement environ de 50% contre l'infection", explique Dominique Costagliola, épidémiologiste et directrice de recherche à l'Inserm.

"C'est normal" d'être contaminé même en étant vacciné, abonde Catherine Hill, épidémiologiste à l'institut Gustave-Roussy de Villejuif. "Les vaccins protègent dans l'ensemble plus efficacement et plus durablement du risque de maladie grave que du risque d'infection".

"L'efficacité du vaccin ce n'est pas la même efficacité en fonction du risque qu'on cherche à réduire : il y a une efficacité pour éviter d'être infectés, il a une efficacité pour éviter d'avoir une maladie symptomatique, il y a une efficacité pour éviter d'aller en réanimation : ce n'est pas les mêmes chiffres, ca dépend du critère", poursuit-elle.

"En ce moment en France, la grande majorité des infections notamment graves se produisent chez des personnes non vaccinées", ajoute-t-elle. "Dans ce contexte l'urgence est d'améliorer la couverture vaccinale pour toucher les personnes non vaccinées de plus de douze ans".

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Revenons sur la question de l'efficacité des vaccins anti-Covid 19. Que sait-on à l'heure actuelle? Les vaccins développés à ce jour n'ont jamais eu vocation à empêcher totalement la circulation du coronavirus. L'absence d'efficacité à 100% des vaccins est reconnue par les fabricants eux-mêmes et par les gouvernements qui insistent sur l'importance de respecter les gestes barrières même vaccinés.

"On n'a jamais dit que les vaccins étaient efficaces à 100%. Il y a une possibilité d'être infecté mais la vaccination protège contre les formes graves de la maladie", expliquait en mai à l'AFP Henri Partouche, membre du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale contre le Covid-19 en France.

Concernant la lutte contre les formes graves de la maladie, la communauté scientifique dans sa grande majorité s'accorde à dire que les vaccins sont efficaces. La situation s'est certes complexifiée avec l'arrivée du variant Delta, plus contagieux, mais les spécialistes insistent sur le fait que les vaccins sont indispensables pour lutter contre ce variant.

En France, la vaccination a "eu un impact important sur l’épidémie, notamment pour les personnes éligibles en priorité", selon une étude de Santé publique France publiée le 16 novembre dernier.

Dans les hôpitaux, entre le 1er et le 7 novembre, les personnes non vaccinées représentaient 48 % des admissions en soins critiques et 42 % des admissions en hospitalisation conventionnelle, contre 11 % au sein de l’ensemble de la population des 20 ans ou plus, selon les derniers chiffres de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES).

Chez les personnes complètement vaccinées, les entrées en soins critiques étaient également en augmentation, une tendance qui peut notamment s'expliquer par la diminution, connue, de l'efficacité sur la durée des vaccins contre les risques d'infection, notamment pour les publics les plus fragiles.

Cette tendance a été confirmée par une étude de Pfizer et du réseau de santé américain Kaiser Permanente parue début octobre dans la revue The Lancet. Il en ressort que l'efficacité du vaccin contre les risques d'infection passait de 88% dans le mois suivant l'injection de la deuxième dose à 47% après six mois.

En revanche, le vaccin reste efficace à 90% contre les risques d'hospitalisations liées au Covid-19, y compris en cas d'infection au variant Delta, pour au moins six mois.

Face à cette perspective, plusieurs pays, dont la France, ont commencé une campagne de rappel avec une troisième dose, à l'heure actuelle pour les plus de 65 ans.

La contamination de Jean Castex a également remis sur le devant de la scène la question du respect des gestes barrières. Dans la foulée de l'annonce de son test positif, une vidéo d'un échange le 16 novembre dernier entre le Premier ministre et des élus de Hauts-de-France, tous dépourvus de masques et se serrant les mains, a en effet circulé sur les réseaux sociaux.

Cette séquence a fait beaucoup couler d'encre sur les réseaux sociaux, poussant le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal à défendre le Premier ministre ainsi que le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin présent lors de cet échange.

"On est tous humains", il peut "y avoir de temps en temps un moment d'inattention, un écart", a déclaré Gabriel Attal, tout en assurant que l'exécutif faisait "évidemment très attention" et était "très vigilant" quant au respect des gestes barrières.

Un message également délivré mardi par le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes Clément Beaune qui a supprimé, après l'annonce de la contamination du Premier ministre, une photo de son compte Instagram le montrant, sans masque, aux côtés de Jean Castex.

"Le secrétaire d’Etat n’a pas souhaité donner un mauvais exemple, donc la photo a été retirée", a expliqué à l'AFP son entourage. "La vie de l’après Covid n’est pas pour tout de suite et le rebond de l’épidémie nous impose d’appliquer avec rigueur les gestes barrière, alors que nous avions parfois relâché nos efforts".

"Nous devons tous êtres vigilants comme citoyens et, comme responsables politiques, exemplaires", a souligné pour sa part Clément Beaune, sollicité par l'AFP.

La contamination de Jean Castex a également fait ressurgir une interview accordée à TF1 en juillet dernier dans laquelle le Premier ministre affirmait - à tort - qu'une personne ayant reçu ses deux doses de vaccin n'avait "plus de chances d'attraper la maladie".

Près d'un an après le début de la campagne, la vaccination a gagné du terrain en France : au 22 novembre, 76,7% de la population avait ainsi reçu une première dose de vaccin et 75,1% un schéma vaccinal complet, à savoir les deux doses, selon Santé publique France. Des opposants au vaccin et/ou au pass sanitaire continuent toutefois de se faire régulièrement entendre.

Pointés du doigt par leurs détracteurs, les effets indésirables graves des vaccins anti-Covid restent pour le moment rares et surveillés par les agences de pharmacovigilance.

Début juillet, l'Agence européenne des médicaments (AEM) a reconnu un "lien probable" entre les vaccins à ARN Messager (Pfizer, Moderna) et des problèmes cardiaques, qui ont ensuite été ajoutés aux notices. Le 22 juillet 2021, l'AEM a répertorié le syndrome de Guillain-Barré comme un effet secondaire "très rare" du vaccin Johnson & Johnson.

Auparavant, en avril 2021, les caillots sanguins avaient été répertoriés par cette agence comme un effet secondaire "très rare" des vaccins AstraZeneca et Johnson & Johnson.

23 novembre 2021 actualise avec déclarations de Clément Beaune et de son entourage à l'AFP concernant la suppression d'une photo sur son compte Instagram
COVID-19 Présidentielle 2022