( AFP / CHRISTOPHE ARCHAMBAULT)

Attention à ces affirmations sur le déremboursement des tests PCR pour les malades du cancer

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L'extrait du témoignage d'une ex-candidate de téléréalité Nehuda expliquant que les patients non vaccinés contre le Covid-19 atteints de cancer et ne pouvant pas payer de test PCR ne "peuvent pas se faire soigner", a été partagé des milliers de fois sur les réseaux sociaux depuis le 27 octobre. Mais les propos de l'influenceuse, qui s'exprimait sur la situation spécifique de son père, ne reflètent pas les consignes sanitaires en vigueur au 8 novembre. Si les tests PCR dits "de confort" ne sont plus remboursés par l'Assurance maladie depuis le 15 octobre, ils restent gratuits sur ordonnance et sont prescrits pour les patients, même asymptomatiques, devant suivre des soins en établissement de santé, ont confirmé la direction générale de la santé (DGS) et un syndicat de médecins généralistes à l'AFP.

"Si tu ne peux pas payer ton test, vraiment c'est véridique, tu ne vas pas soigner ton cancer (...) c'est-à-dire qu'il y a des gens qui sont dans une situation, ils ne peuvent pas aller payer leur test PCR parce qu'il y a vraiment des gens qui sont à 20 euros près et ils ne peuvent pas aller se faire soigner", affirme, dans cet extrait vidéo, l'ex-candidate de téléréalité et chanteuse Nehuda, s'indignant du sort réservé aux malades non-vaccinés.

"On est en train de mettre au même niveau un putain de test PCR qui sert à que dalle et un cancer ou plein d'autres maladies, je ne sais pas comment c'est possible, je ne comprends pas pourquoi personne ne se réveille c'est absolument pas normal, on ne respecte ni les droits fondamentaux, ni les droits de l'humain, c'est la honte", poursuit la personnalité, qui se filme face caméra, en larmes, dans sa voiture.

Ces images ont été partagées plus de 1.500 fois sur Twitter en 24 heures ainsi que des centaines de fois sur Facebook (1, 2, 3), et aimées plus de 25.000 fois sur TikTok.

Capture d'écran prise le 5/11/2021 sur Twitter
Capture d'écran prise sur Tik Tok le 05/11/2021

 

 

Le message de l'influenceuse a suscité de nombreux commentaires d'internautes furieux. "Une personne atteinte du cancer qui ne peut pas se faire vacciner et qui ne peut pas payer son test ne peut plus aller à l'hôpital se faire soigner. ET LES FRANCAIS ACCEPTENT CA", s'est ainsi indignée le 4 novembre sur Twitter une internaute, dans un message partagé 1.400 fois.

Capture d'écran prise sur Twitter le 08/11/2021

L'extrait vidéo viral provient d'une "story", un format disparaissant au bout de 24 heures, postée le 27 octobre sur le compte Snapchat de la célébrité de 30 ans.

Dans la vidéo entière, qui a donné lieu à de nombreux articles, Nehuda fait référence au cas de son père atteint d'un cancer, rapportant qu'il s'est vu refuser le remboursement d'un test PCR par son médecin généraliste après avoir indiqué qu'il ne présentait pas de symptômes du Covid-19.

Capture d'écran prise le 08/11/2021 sur le site Blastingnew.com
Capture d'écran prise le 08/11/2021 sur le site Starmag.com

 

 

"Mon papa a un cancer depuis pas longtemps. Mais pour aller se faire soigner, faire des chimios ou des radiothérapies, il faut un test PCR (...) j'ai appelé son médecin traitant. Il me dit que s'il avait des symptômes, il pourrait avoir une ordonnance pour le test PCR. Donc mon père a été honnête. Son assistante lui a répondu d'aller se faire vacciner. Il aurait dû mytho ? C'est hypocrite ", explique Nehuda.

Qui est concerné par le remboursement des tests PCR?

Depuis le 15 octobre, les tests de dépistage du Covid-19 ne sont plus remboursés par l'Assurance maladie pour les personnes qui ne sont pas complètement vaccinées contre le Covid-19, sauf exceptions.

En effet, si une personne non-vaccinée est cas contact, mineure, symptomatique, présente une contre-indication à la vaccination ou bénéficie d'une prescription médicale, le test antigénique ou PCR reste remboursé. Sinon, il faut débourser environ 44 euros pour réaliser un test PCR en laboratoire ou 25 euros pour un test antigénique en pharmacie.

Mais alors, dans quel cas un patient peut-il se voir délivrer une prescription pour un test PCR ? Sur son site, l'Assurance maladie explique que c'est possible lorsqu'une personne est symptomatique, ou bien lorsqu'une personne doit "se faire tester avant de recevoir des soins en établissement de santé", durant le délai indiqué sur l'ordonnance.

Capture d'écran prise sur le site de l'Assurance maladie le 5/11/2021

Dans ce cadre, un patient traité pour un cancer et qui doit suivre des soins réguliers comme des séances de chimiothérapie ou de radiothérapie peut se faire délivrer une ordonnance par son médecin généraliste, même s'il ne présente aucun symptôme du Covid.

Ce document lui accordera le remboursement intégral du test nécessaire pour accéder à l'établissement où sera pratiqué le soin, comme l'a confirmé la direction générale de la santé (DGS) à l'AFP le 5 novembre, attestant qu'"une prescription médicale pour un test en vue de soins programmés dans un établissement de santé permet de bénéficier d’une prise en charge par l'Assurance maladie".

La DGS précise également que "très prochainement, la convocation à un soin dans un établissement de santé servira de justificatif pour une prise en charge du test pour une personne non vaccinée".

Le père de Nehuda qui s'est, selon l'influenceuse, vu refuser la prescription d'une ordonnance alors qu'il est atteint d'un cancer et nécessite des soins, ne s'inscrit pas dans la norme. Contactée à plusieurs reprises pour donner des précisions sur les raisons du refus du médecin généraliste, l'influenceuse n'a pas répondu.

Jean-Christophe Calmes, vice-président du syndicat des médecins généralistes de France, a regretté le 8 novembre auprès de l'AFP que les propos de l'influenceuse soient partagés sur les réseaux sociaux pour faire croire que des malades non vaccinés pourraient se voir refuser un accès à des soins vitaux. "On refuse les ordonnances aux non vaccinés qui souhaitent avoir un pass sanitaire pour sortir en boîte, aller au cinéma ou manger au restaurant, mais pour tous les patients qui doivent suivre un traitement, par exemple pour un cancer, qu'on connaît bien puisqu'on est leur médecin traitant, il n'y a aucun problème. La personne obtiendra bien évidemment une ordonnance, même si elle est asymptomatique", a expliqué le médecin généraliste.

Il rappelle cependant que les personnes souhaitant rendre visite à des patients traités pour un cancer, même de leur famille, doivent présenter un pass sanitaire en règle. Si ce n'est pas le cas, le médecin généraliste n'est en aucun cas tenu de leur fournir une ordonnance pour qu'elles se fassent rembourser le test PCR ou antigénique nécessaire à la visite.

Protéger des formes graves

"Il est absolument crucial que les personnes atteintes de cancer se fassent vacciner et plus qu'un conseil, il s'agit d'une vive recommandation", rappelle en outre la DGS, alors que les cancers représentent en France la première cause de décès chez l’homme et la deuxième chez la femme.

Les principaux cancers en 2018, selon un rapport mondial de l'OMS ( AFP)

Dans son avis du 2 mars 2021, la Haute autorité de santé souligne que le cancer figure parmi la liste des pathologies à haut risque de développer une forme grave de Covid-19 et de décéder de la maladie.

Capture d'écran prise sur le site de la Haute autorité de santé le 08/11/2021

"Les personnes atteintes de cancer qui suivent un traitement diminuant leurs défenses immunitaires sont à risque de formes graves d[u] Covid-19. Le vaccin peut les protéger", précise également l'Institut national du cancer sur son site, rappelant que "la décision de votre vaccination sera prise avec votre équipe médicale, en fonction notamment de vos traitements en cours, de votre état général et de la nature du vaccin".

Depuis le 1er septembre, les personnes atteintes d’un cancer sont, à ce titre, prioritaires pour bénéficier d'une dose de rappel, face à la perte d'efficacité des vaccins anti-Covid au cours du temps.

Au 7 novembre, 100 millions de doses ont été administrées en France à 51 millions de personnes, soit 76% de la population, selon la base de données de l'AFP réalisée à partir de sources officielles. Parmi elles, 50 millions de personnes sont complètement vaccinées.

A l'échelle mondiale, au moins 7,2 milliards de doses de vaccins anti-Covid ont été administrées dans 219 pays ou territoires. Deux pays seulement, l'Erythrée et la Corée du Nord, n'ont pas démarré de campagne de vaccination.

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