Non, le nombre de morts Covid-19 n'a pas été réévalué à la baisse en Italie

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Dans son dernier rapport, l'institut supérieur de la santé (ISS) italien aurait revu drastiquement à la baisse le nombre de morts Covid-19 recensés dans le pays depuis février 2020, affirme une publication relayée près d'un millier de fois. Attention : cette interprétation des données, présentée comme la preuve de l'innocuité du virus et de l'inutilité de la vaccination et du pass sanitaire, est fausse, ont réagi les autorités sanitaires transalpines.

Le nombre de décès Covid-19 en Italie a-t-il été récemment revu à la baisse ? Depuis quelques jours, une publication en français, citant le dernier rapport de l'institut supérieur de la santé (ISS) italien est abondamment relayée sur les réseaux sociaux par des internautes qui y voient la preuve d'un rétablissement de la "vérité".

Diffusée le 29 octobre sur le site de France Soir, cette publication affirme que "selon le dernier rapport de l'ISS seules 2,9 % des 130.468 des morts officiellement attribuées au Covid-19 depuis février 2020 seraient effectivement dues à la maladie".

"En effet, il apparaît que 97,1 % des personnes décédées présentaient déjà entre une et cinq pathologies avant d’être touchées par le coronavirus. 67,7 % en présentaient au moins trois, et 18 % au moins deux", peut-on également lire.

La publication renvoie à un article publié le 21 octobre 2021 sur le site internet du quotidien italien Il Tempo qui tire les mêmes conclusions du rapport et a également été abondamment relayé sur les réseaux sociaux transalpins. "Grand gâchis dans le bilan des décès. Pour l'ISS, la plupart des décès n'ont pas été causés par le Covid", titrait l'auteur de l'article, Franco Bechis.

Une grande partie des décès n'ont pas été causés uniquement par le Covid-19 mais sont la conséquence d'autres pathologies, soulignait-il dans son article, chiffrant à 3.783 le nombre de personnes réellement mortes du Covid sur les 130.468 recensées. "Si ce n'est pas le virus qui tue les Italiens, alors pouvez-vous m'expliquer pourquoi la science a imposé tout ce que nous avons vécu depuis un an et demi ?", ajoutait-il.

Les réactions ne se sont pas fait attendre. "Les autorités sanitaires italiennes admettent avoir déclaré trop de décès Covid" et "réduisent le nombre officiel de 130.000 à moins de 4.000 morts", a relevé une internaute sur Twitter.

En France, l'article de France Soir a également donné du grain à moudre aux détracteurs du pass sanitaire et du vaccin, notamment sur Facebook (ici et ici). Un post diffusé sur la chaîne Telegram de Silvano Trotta a ainsi été vu plus de 44.000 fois depuis sa mise en ligne le 23 octobre. "Depuis que l'Institut supérieur de la Santé Italien a mis à jour les vraies statistiques, ce tableau circule en Italie. 130.000 morts du Covid à la Télévision 3.783 pour l'Institut ! Cette Pandémie a été fabriquée de toutes pièce par l'oligarchie mondiale avec l'aide de médecins corrompus, des médias, des réseaux sociaux !", écrit cette figure du complotisme.

"Italie : gros gâchis dans le rapport de décès. Pour l’Institut de la Santé italien seulement 2.9% des décès sont dus au Covid soient 3783 sur 130 468. Le reste est à mettre sur le compte des comorbidités multiples des décédés", a réagi un internaute sur Twitter.

"Il se confirme que, POUR LES INDIVIDUS EN BONNE SANTÉ [notamment l'écrasante majorité des moins de 50 ans], la Covid19 est peu mortelle, semblable à une grippe plus ou moins forte. Pourquoi donc la vaccination expérimentale, indifférenciée et à outrance de toute la population ?", s'interroge de son côté François Asselineau, candidat à l'élection présidentielle.

Attention : cette interprétation des données italiennes est erronée, a réagi l'ISS, contraint de publier une mise au point sur son site internet. "Le rapport n'indique pas que seulement 2,9% des décès attribués au Covid-19 sont dus au virus", souligne l'Institut. "Le pourcentage de 2,9%, également rapporté dans les éditions précédentes [du rapport, NDLR], fait référence au pourcentage de patients décédés positifs au SRAS-CoV-2 qui n'avaient pas d'autres pathologies diagnostiquées avant l'infection".

Dans des termes moins diplomatiques, Ettore Meccia de l'ISS s'est fendu d'un billet sur Facebook ironisant sur "le gros gâchis" de l'auteur de l'article d'Il Tempo "qui était en fait un soufflé et qui est retombé dès l'ouverture du four".

"Celui qui a écrit cet article ne le sait pas, mais celui qui a écrit le rapport le sait et nous le savons aussi, que l'on ne meurt pas directement de l'infection virale, mais des conséquences de l'infection virale. Qui sont nombreuses, et nous en découvrons encore beaucoup", souligne-t-il. "Et nous savons aussi que certaines pathologies chroniques préexistantes à l'infection, telles que l'hypertension artérielle, les maladies cardiaques, l'obésité, le diabète, favorisent l'infection et amplifient l'inflammation qui sera déclenchée par l'infection du virus et notre réaction immunitaire (...) et bon nombre de ces conditions pathologiques sont typiques de la vieillesse."

"Il va donc sans dire que les personnes les plus sensibles sont davantage infectées, ont des conséquences plus graves et meurent davantage. Mais nous le savons depuis les premiers stades de l'épidémie, l'ISS n'a rien caché à ce jour et n'a rien découvert de nouveau. Bechis (l'auteur de l'article, NDLR) non plus", conclut-il.

Ce n'est pas la première fois que le bilan des décès Covid-19 est remis en cause en Italie. Dès mai 2020, un député italien avait déjà affirmé que 96,3% des Italiens officiellement morts du Covid-19 seraient en réalité "décédés d'autres pathologies", confondant là encore taux de comorbidité et causes de décès.

Au Portugal, des publications avaient en juillet dernier prétendu que le nombre de décès vérifiés du Covid-19 était plus de 100 fois inférieur au bilan officiel, qui faisait état de quelque 17.000 morts. Il s'agissait en réalité des décès attestés par des médecins d'un institut placé sous la tutelle du ministère de la Justice. Or, la grande majorité des certificats de décès dus au coronavirus au Portugal sont délivrés par des médecins rattachés au ministère de la Santé.

( AFP / PIERO CRUCIATTI)

La publication de l'article d'Il Tempo survient à l'heure où le mécontentement grandit en Italie contre l'obligation, depuis le 15 octobre 2021, de présenter un pass sanitaire attestant d'une preuve de vaccination, de rétablissement du Covid ou d'un test négatif récent. Cette mesure a entraîné des manifestations dans plusieurs villes de la péninsule, avec parfois des accrochages entre police et manifestants comme ce fut le cas à Trieste le 18 octobre.

Traduction et adaptation :
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