Nikema Williams, membre de la Chambre des représentants des États-Unis pour le cinquième district congressionnel de l'Etat américain de Géorgie, parle lors d'une conférence sur la vaccination à l'université de Clark Atlanta ( Getty Images / AFP / Megan Varner)

Des posts Facebook associent à tort une histoire de meurtre à une femme politique américaine

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La photo d'une femme noire arrêtée pour avoir tué son mari ? C'est ce que prétend une publication qui circule très abondamment sur Facebook dans plusieurs pays depuis fin octobre. C'est pourtant faux : la photo est celle d'une élue américaine, Nikema Williams, arrêtée en 2018 pour avoir participé à une manifestation.

On trouve notamment cet exemple de publication, publié le 26 octobre 2021 et qui circule en Haïti. Le texte décrit un fait divers sans mentionner de source ni de nom, impliquant une femme qui aurait tué son mari. On trouve sur Facebook des centaines de posts identiques sur des profils, groupes et pages publics, basés en République démocratique du Congo (ici ) mais aussi en Côte d'Ivoire, en Guinée...

"Une femme a été accusée d'avoir tué son mari, son corps n'a jamais été retrouvé et elle a été condamnée. Des années après avoir purgé sa peine de prison, elle a découvert que l'homme vivait avec une autre femme. Elle est allée tirer sur l'homme à plusieurs reprises et il est mort pour de vrai cette fois-ci et elle a été de nouveau arrêtée pour le même meurtre sur la même personne", est-il écrit.

L'auteur conclut : "Elle est allée tirer sur l'homme à plusieurs reprises et il est mort pour de vrai cette fois-ci et elle a été de nouveau arrêtée pour le même meurtre sur la même personne. En tant que juge, que ferez-vous? considérerez-vous l'affaire comme un nouveau meurtre ou la considérerez-vous comme un crime dont elle a déjà purgé la peine ?"

Capture d'écran Facebook, prise le 02/11/2021

Toutefois, la photo qui accompagne cette légende n'a rien à voir avec une affaire de meurtre sur conjoint. Elle montre en effet Nikema Williams, une femme politique américaine, démocrate, membre de la Chambre des Représentants aux Etats-Unis, pour l'Etat de Géorgie.

Une recherche d'image inversée sur Google a permis à l'AFP de retrouver l'image d'origine et son contexte. Il s'agit d'une photo prise par John Bazemore, un photographe de l'Associated Press (AP), le 13 novembre 2018 au Capitole de Géorgie, dans la ville d'Atlanta.

AP indique que la photo montre l'arrestation de Mme Williams, à l'époque élue au sénat de Georgie, par la police du Capitole. Elle se trouvait parmi un groupe de manifestants arrêtés au siège législatif de l'Etat au moment des élections de mi-mandat américaines de 2018.

L'Atlanta Journal-Constitution (AJC) avait couvert les circonstances de l'arrestation et le suivi de l'affaire, ici et ici.

D'après le journal local, le groupe de manifestants, dont Mme Williams faisait partie, s'était réuni le 13 novembre suivant l'élection pour demander le compte de tous les bulletins de vote avant de proclamer la victoire du candidat républicain Brian Kemp.

Mme Williams avait alors passé plusieurs heures en détention provisoire avant que les charges ne soient complètement abandonnées.

La course électorale entre la candidate démocrate Stacey Abrams -- qui espérait devenir la première gouverneure noire des Etats-Unis -- et M. Kemp fut rude et très médiatisée dans l'Etat du Sud, encore profondément marqué par la ségrégation.

L'équipe de Mme Abrams avait dénoncé pendant la campagne une tentative de restreindre l'accès, notamment des électeurs noirs, au vote dans l'Etat.

Même légende mais photo différente

Comme l’avait montré l’AFP dans une vérification en anglais, la même histoire avait déjà circulé il y a deux ans sur Facebook au Nigeria.

Les publications présentaient un fait divers identique, cette fois associé à une autre photo.

Capture d'écran Facebook, prise le 02/11/2021

Quant au fait divers décrit dans la légende, l'AFP n'a pas été en mesure de vérifier s'il était avéré et n'en retrouvé en tout état de cause aucune trace malgré de nombreuses recherches sur internet.

D'autres faits divers sortis de leur contexte -- comme cette accusation de "restaurant cannibale" au Cameroun -- ont déjà été vérifiés par l'AFP par le passé.

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