( AFP / JOSEPH PREZIOSO)

Non, les données anglaises ne prouvent pas que la vaccination anti-Covid entraîne une destruction du système immunitaire

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Un article prétend que des données sur la vaccination anti-Covid en Angleterre montrent une "dégradation du système immunitaire" des personnes vaccinées au fil du temps, qui développeraient, à terme, le sida. Mais les conclusions attribuées aux rapports de surveillance des vaccins cités comme sources par cet article sont fausses, ont confirmé les autorités sanitaires anglaises à l'AFP. Les vaccins n'affaiblissent pas le système immunitaire, ils le stimulent à l'inverse pour induire une protection contre le virus, rappellent les spécialistes.

"Les derniers chiffres du rapport britannique de surveillance du vaccin PHE sur les cas de Covid montrent que les 40-70 ans doublement vaccinés ont perdu 40 % de leur capacité de leur système immunitaire par rapport aux personnes non vaccinées (...) si cela se poursuit, les 30-50 ans auront une dégradation du système immunitaire à 100 %, aucune défense virale d’ici Noël et toutes les personnes doublement vaccinées de plus de 30 ans auront perdu leur système immunitaire d’ici mars de l’année prochaine", avance un article du site Le Grand Réveil publié le 14 octobre.

"Si vous faites une injection de rappel, ces chiffres montrent que vous vous exposez à une forme progressive encore plus rapide du syndrome d’immunodéficience acquise (SIDA) (après quelques mois d’efficacité)", poursuit la publication, prétendant s'appuyer sur des données des autorités sanitaires anglaises.

Capture d'écran prise sur le site Legrandreveil le 18/10/2021
Capture d'écran prise sur le site Legrandreveil le 18/10/2021

 

 

Capture d'écran prise sur Facebook le 18/10/2021
Capture d'écran prise sur le site Québecnouvelles le 18/10/2021

 

 

Le même texte a également circulé au Canada, publié sur le site Québec Nouvelles et sur La Page Gaulliste de Réinformation. Il a été, à l'origine, publié en anglais le 10 octobre sur le site The Exposé UK, déjà épinglé par l'AFP à plusieurs reprises pour avoir diffusé de fausses informations sur la vaccination anti-Covid (1, 2).

Capture d'écran prise sur le site The Exposé le 18/10/2021
Capture d'écran prise le 20/10/2021 sur Twitter

 

 

Sur Facebook, l'article a été partagé plus de 4.000 fois en anglais selon l'outil de mesure d'audience des réseaux sociaux Crowdtangle, et plus d'un millier de fois en français.

De nombreux internautes voient dans cette publication une explication au récent retour des maladies hivernales, blâmant des vaccinés qui ne seraient "plus capables de se défendre naturellement maintenant que leur système immunitaire est détruit".

Lire aussi : Les personnes vaccinées contre le Covid ne sont pas plus exposées aux virus hivernaux que les non vaccinées

Que disent vraiment les rapports des autorités sanitaires anglaises ?

La conclusion tirée par l'article est issue d'une "comparaison des rapports officiels du gouvernement britannique qui prouve que les personnes complètement vaccinées développent le syndrome d'immunodéficience acquise", avance le site The Exposé, qui renvoie vers différents documents de Public Health England (PHE, devenu depuis UK Health Security Agency), les autorités sanitaires anglaises, sur les vaccins anti-Covid.

L'article joint les liens des rapports de surveillance hebdomadaires des vaccins contre le Covid des autorités sanitaires pour les semaines 36, 37, 38, 39, et 40 de l'année 2021, qui s'étendent sur une période allant du 6 septembre au 10 octobre. Dans ces documents, des tableaux indiquent le "nombre de cas de Covid-19 classés par statut vaccinal", qui sont recensés par classes d'âge :

Il est ainsi possibles de voir la proportion d'habitants du Royaume-Uni infectée par le virus parmi ceux qui présentent un schéma vaccinal complet ou n'ont pas du tout été vaccinés, comme montré ci-dessous, pour la semaine 37.

Capture d'écran du tableau du rapport des autorités sanitaires anglaises prise le 18/10/2021

L'article de The Exposé contient un tableau avec les mêmes catégories d'âge, prétendant montrer la "baisse hebdomadaire des performances du système immunitaire des personnes doublement vaccinées par rapport aux personnes non vaccinées".

Capture d'écran du tableau du site LeGrandRéveil prise le 18/10/2021

L'article poursuit en affirmant que "toutes les personnes de plus de 30 ans auront perdu 100 % de leur capacité immunitaire totale dans les six mois", tandis que "les personnes de 30 à 50 ans l'auront perdue avant Noël". À ce moment-là, les vaccinés auront complètement développé "le syndrome d'immunodéficience acquise et détruiront le NHS", le service national de santé britannique, selon la publication virale.

Une fausse interprétation des données

Mais "cet article est faux", a regretté Public Health England, auprès de l'AFP le 20 octobre. Alors, que sont censés prouver les calculs réalisés dans les publications virales?

L'article de The Exposé utilise un calcul où le nombre de cas de personnes vaccinées infectées par le Covid est soustrait du nombre de cas de personnes infectées non vaccinés, et ce résultat est divisé par le nombre de personnes non vaccinées (pour un "renforcement de l'immunité") ou vaccinées ("pour une dégradation de l'immunité").

Les pourcentages qui en résultent sont censés indiquer soit un renforcement, soit une dégradation du système immunitaire des personnes pour chaque tranche d'âge, et sont comparés au rapport de la semaine précédente pour indiquer un supposé "déclin hebdomadaire" :

Interrogé à ce sujet par le service de vérification des faits de l'AFP à Prague, le Dr Daniel Drazan, membre de la Société tchèque de vaccinologie, a expliqué que les calculs de l'article ne pouvaient pas s'appliquer aux vaccins. "Il n'y a pas une seule preuve suggérant que les vaccins contre le Covid-19 ou n'importe quel autre vaccin ont un impact négatif sur le système immunitaire", a-t-il assuré par mail à l'AFP le 4 novembre, ajoutant que les calculs de The Exposé "n'ont aucun sens" et "ne prouvent rien".

La formule utilisée par The Exposé pour montrer la prétendue dégradation du système immunitaire semble copier une formule utilisée pour calculer l'efficacité des vaccins, dans laquelle ce qui est appelé "le taux d'attaque de la maladie" chez les vaccinés (ARV) est soustrait de celui des non-vaccinés (ARU) et divisé par ARU, que l'on peut retrouver dans cet article paru dans The Journal of Infectious Diseases.

Capture d'écran prise le 10/11/2021 de The journal of Infectious Diseases

Le taux d'attaque est le pourcentage d'une population à risque qui contracte la maladie pendant un intervalle de temps spécifique, explique cette revue. Il est calculé en prenant le nombre de nouveaux cas dans la population à risque et en le divisant par le nombre de personnes dans cette population. Par conséquent, contrairement à la formule utilisée dans l'article de The Exposé, elle ne prend pas seulement en compte les personnes infectées, mais aussi les personnes qui n'ont pas été infectées par le virus.

"L'efficacité d'un vaccin est mesurée lors d'un essai clinique contrôlé et se base sur le nombre de personnes vaccinées qui ont développé 'le résultat recherché' (généralement une maladie) par rapport au nombre de personnes ayant reçu le placebo (vaccin factice) qui ont développé le même résultat", explique ici l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Or, les rapports britanniques utilisés pour le calcul ne donnent que le nombre de personnes testées positives au Covid pour 100.000 personnes vaccinées et pour 100.000 personnes non vaccinées. Ces chiffres ont été substitués aux taux d'attaque dans la formule d'efficacité du vaccin et présentés comme un moyen de calculer plus généralement l'immunité des personnes, ce qui, selon le docteur Drazan, est "un non-sens".

De plus, a-t-il ajouté, les données ne détaillent pas la gravité de la maladie ou les complications et les décès qu'elle provoque, des informations pertinentes sur l'efficacité probable du vaccin qui font donc défaut.

Pas de mention du SIDA ou de l'immunité dans les rapports britanniques

En faisant une recherche ciblée par mot-clé dans les cinq rapports cités, aucun résultat n'apparaît pour "immune system (système immunitaire)". Les rapports de surveillance des vaccins ne font pas mention de "dégradation de système immunitaire des personnes vaccinées" mais concluent, à l'inverse, à l'efficacité des vaccins contre les formes graves du Covid.

Le rapport de la semaine 37, par exemple, souligne que le taux de décès de la maladie et d'hospitalisations dans les 28 jours ou 60 jours suivant un test Covid positif "augmente avec l'âge" et est "nettement plus élevé chez les personnes non vaccinées que chez les personnes entièrement vaccinées".

Le rapport des autorités sanitaires anglaises rappelle par ailleurs que"même avec un vaccin hautement efficace, il est attendu qu'une forte proportion des cas, hospitalisations et décès survienne chez des personnes vaccinées, simplement parce qu'une plus forte proportion de la population est vaccinée" ."C'est d'autant plus vrai que la vaccination a été privilégiée chez les personnes les plus vulnérables ou les plus exposées à une maladie grave", ajoute le rapport.

Les rapports des autorités sanitaires anglaises cités comme sources de l'article viral ne mentionnent pas non plus un quelconque risque que la vaccination anti-Covid provoque, à terme, le syndrome d'immunodéficience acquise, connu sous le nom de sida, contrairement à ce que titre la publication.

Capture d'écran prise sur le site Le Grand Réveil le 21/10/2021

Les termes "Acquired ImmunoDeficiency Syndrome (aids en anglais, sida en français)" n'apparaissent pas une seule fois dans les rapports de surveillance des vaccins cités.

Le sida est une maladie causée par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) qui détruit les défenses immunitaires et empêche l'organisme de se défendre. Or la vaccination anti-Covid, effectuée par voie intramusculaire avec du matériel correctement stérilisé, ne permet pas une transmission du VIH.

Capture d'écran prise sur le site Sidaction le 21/10/2021

"Aucun impact sur l'immunité naturelle"

Affirmer que les vaccins anti-Covid pourraient causer une dégradation du système immunitaire ne repose sur aucune preuve scientifique, et "n'a aucun sens", ont en outre expliqué des experts interrogés par l'AFP. Au contraire, les vaccins contre le Covid autorisés en France stimulent le système immunitaire pour induire une protection contre le virus du Covid, même s'ils utilisent plusieurs techniques différentes pour y arriver (vaccins à ARN messager, ou vecteur viral).

"Les vaccins n'ont aucun impact sur l'immunité naturelle", avait déjà réagi en mars le professeur en immunopathologie Michel Moutschen, puisqu'ils s'appuient sur le système immunitaire pour compléter l'immunité innée avec l'immunité acquise, comme expliqué par exemple ici par les autorités sanitaires.

Pour cette raison, "il n'y a aucun moyen que les vaccinations affaiblissent le système immunitaire", avait aussi abondé l'immunologiste Srđa Janković auprès de l'AFP, et encore moins qu'elles le "détruisent" à terme, selon Maja Stanojevic, virologue à l'Institut de microbiologie et d'immunologie de Belgrade et consultante auprès de l'Organisation mondiale de la santé.

La sécurité des vaccins est surveillée de près par l'OMS et par l'Agence européenne des médicaments qui recensent et étudient tout effet indésirable survenu après l'administration d'un vaccin. En France, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) assure également une surveillance des vaccins contre le Covid-19 et publie des points de santé réguliers.

( AFP / THEO ROUBY)

A ce jour, 580 millions de doses de vaccins ont été administrées dans l'Union européenne, sans qu'aucun cas de personnes vaccinées dont le système immunitaire aurait été "détruit" n'ait été signalé.

Si de très rares affections plus graves ont été associées à l'AstraZeneca (thromboses), aux vaccins à ARN messager (péricardite, myocardite) ou au Johnson & Johnson/Janssen (syndrome de Guillain-Barré), la plupart des effets secondaires sont bénins (douleurs au point d'injection, fièvre...).

L'Agence Européenne du Médicament (AEM) continue donc de conclure, dans un avis du 9 juillet (en anglais), que "les bénéfices de tous les vaccins Covid-19 autorisés continuent de surpasser leurs risques, étant donné le risque de la maladie du Covid-19, les complications qui lui sont associées, et le fait que des preuves scientifiques montrent qu'ils réduisent les décès et les hospitalisations dues au Covid".

11 novembre 2021 Ajoute précisions sur la formule utilisée par The Exposé pour calculer les prétendus "renforcement" ou "dégradation" du système immunitaire des vaccinés par rapport aux non vaccinés, avec également de nouvelles citations du docteur Daniel Drazan.
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