Christian Drosten quittant une conférence de presse à Berlin, le 22 janvier 2021. ( AFP/POOL / Michael Kappeler)

Non, à ce jour, le virologue Christian Drosten n'est pas "poursuivi par la justice allemande"

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Des publications partagées près d'un millier de fois en un mois affirment que le virologue et conseiller du gouvernement allemand Christian Drosten est "poursuivi par la justice allemande" pour avoir "faussé le protocole des tests PCR". C'est faux à ce jour, ont répondu à l'AFP les procureurs des seize Etats fédérés allemands. On ne peut pas non plus affirmer, comme le font ces internautes, que les tests PCR deviennent systématiquement positifs à partir d'un certain seuil de détection, puisque les réglages de ce seuil dépendent des laboratoires et des tests.

"Le Dr Drosten, conseiller virologue de Angela Merkel est aujourd'hui poursuivi par la justice allemande pour avoir faussé le protocole des tests PCR qui a amené tous les gouvernements occidentaux à prendre toutes ces décisions de distanciations sociales, de port du masque obligatoire et de confinement ravageuses", affirme l'auteur d'un texte repris dans cette publication, partagée 931 fois depuis le 9 septembre 2021.

Selon cet internaute, les tests PCR sont faussés puisqu'"en préconisant des valeurs de réglage CT jusqu'à 45, les résultats des tests deviennent positifs, même avec des traces infimes de virus".

Capture d'écran de la publication fausse réalisée le 05/10/2021 sur Facebook

Il alerte sur un prochain "deuxième tribunal de Nuremberg", une référence au procès historique tenu dans la ville éponyme entre novembre 1945 et octobre 1946 et où ont été jugés de hauts responsables nazis. Le procès de Nuremberg, le nazisme et l'Holocauste sont régulièrement évoqués par la sphère complotiste, qui établit des parallèles avec la "dictature sanitaire" qu'ils dénoncent. Des comparaisons dénoncées par certains survivants.

L'internaute cite l'avocat germano-américain Reiner Fuellmich, auteur de plusieurs vidéos complotistes vérifiées par l'AFP ici et ici. Comme le rapporte l'article du site conspirationniste Réseau International, repris dans la publication, Reiner Fuellmich souhaite poursuivre "tous les responsables de cette crise du Covid-19" pour "dommages civils pour cause de manipulations et de programmes corrompus".

Il s'attaque particulièrement au virologue allemand Christian Drosten, directeur de l'Institut de virologie de l'hôpital de la Charité à Berlin et conseiller du gouvernement allemand sur la politique sanitaire. Christian Drosten est notamment à l'origine des tests de diagnostic du SRAS, mis au point en 2003 lors de l'épidémie causée par le virus Sars-Cov, et dont la technique est réutilisée dans le cas du Sars-Cov-2, à l'origine de la pandémie de Covid-19.

Or, selon Reiner Fuellmich, ces tests sont frauduleux, comme il l'expliquait déjà dans l'une des vidéos vérifiées par l'AFP et citées ci-dessus.

L'avocat cible ici les "cycles d'amplification" de l'ARN du Sars-CoV-2, effectués par les machines d'analyse PCR. Plus il y a d'amplifications du matériel génétique du prélèvement, plus la machine est susceptible d'y trouver d'infimes traces du virus, ce qui ne signifie pas nécessairement que la personne est malade ou contagieuse.

Selon Reiner Fuellmich les laboratoires effectuent un nombre trop élevé de cycles, rendant une majorité de tests positifs, "dans le but de continuer à alimenter la peur généralisée". Or, c'est faux: les techniques de tests PCR et les machines n'étant pas normalisées, on ne peut pas établir qu'à partir d'une certaine valeur de réglage Ct les tests deviennent in fine positifs.

Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies ne recommande par ailleurs pas de seuil maximal spécifique concernant le nombre de cycles d'amplification pour les tests RT-PCR.

Christian Drosten n'est pas "poursuivi par la justice allemande"

L'AFP a contacté les bureaux des procureurs généraux des 16 länder (Etats fédérés) allemands entre le 13 septembre et le 1er octobre 2021. Tous ont affirmé n'avoir aucune connaissance d'une procédure en cours contre Christian Drosten.

Martin Steltner, porte-parole du bureau du procureur général de Berlin, où travaille le Dr Drosten, l'a ainsi confirmé à l'AFP le 28 septembre: "il y a beaucoup de dépôts de plainte contre des personnalités publiques et des affaires relatives aux mesures anti-coronavirus. Leur validité doit d'abord être examinée. La plupart du temps, les accusations ne sont pas valides. Je n'ai connaissance d'aucune action en justice contre Christian Drosten", a-t-il déclaré.

Le procureur général de la ville de Kaiserslautern, en Rhénanie, a également témoigné avoir reçu des plaintes sans fondement: "Nous avons reçu un certain nombre de lettres, décrites comme des plaintes pénales, dans lesquelles des allégations générales sont faites, sans accusations factuelles individuelles, selon lesquelles les acteurs impliqués dans la politique sanitaire ont commis des infractions pénales. Toutefois, ces lettres ne constituent pas des accusations criminelles au sens juridique du terme et ne donnent pas lieu à une enquête", a-t-il déclaré le 28 septembre.

Il n'y a pas de seuil normalisé à partir duquel les tests PCR deviennent systématiquement positifs

Depuis le début de la pandémie, de nombreuses fausses allégations circulent au sujet des tests PCR, affirmant que la majorité des résultats de ces tests seraient de faux positifs, comme expliqué dans ce précédent article de vérification.

Pour déceler le génome du Sars-CoV-2 dans un échantillon biologique, la machine va procéder à une "amplification" du matériel génétique un certain nombre de fois, à des températures différentes: ce sont les cycles d'amplification.

Le nombre de cycles d'amplification nécessaire pour trouver des traces de virus varie: plus il y a de virus, moins la machine a besoin d'amplifier le matériel génétique, et vice-versa.

Dans la vidéo de Reiner Fuellmich vérifiée par l'AFP fin juillet, celui-ci évoquait déjà ce seuil de 45 cycles d'amplification, supposé rendre les tests positifs même si le prélèvement ne contient qu'une quantité infime de virus.

Or, le nombre de cycles pour détecter le virus ne peut pas être normalisé de façon universelle: il existe différentes techniques de RT-PCR, nécessitant plus ou moins de cycles pour détecter la même quantité de virus.

Contacté le 7 octobre 2021, l'hôpital de la Charité de Berlin, où travaille le Dr Drosten, a indiqué à l'AFP que "le nombre de cycles d'amplification de la RT-PCR n'est pas pertinent pour déterminer si un résultat est positif ou négatif".  Selon le test utilisé, "les échantillons faiblement positifs (avec peu de virus, ndlr) se situent dans une fourchette de Ct d'environ 35-39, après quoi il n'y a plus de signaux". Certains prélèvements peuvent donc être soumis à 30, 40 ou 50 cycles d'amplification, mais il n'existe pas de seuil à partir duquel le test deviendra systématiquement positif, a indiqué l'hôpital: "Même si l'on effectue 100 cycles, un test PCR négatif ne devient pas positif".

Fin juin 2021, la Commission européenne rappelait dans une réponse à une question parlementaire qu'une "valeur exacte (de Ct, ndlr) doit être définie localement dans un laboratoire et peut être spécifique au dosage utilisé. Chaque test RT-PCR de dépistage du SARS-CoV-2 aura une limite de détection légèrement différente".

Elle expliquait également que "le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies ne recommande pas de seuil maximal spécifique concernant le nombre de cycles d'amplification pour les tests RT-PCR". Toutefois, expliquait-t-elle, "il est recommandé d'envisager la réalisation de tests répétés si les valeurs Ct sont élevées, par exemple si elles sont supérieures à 35".

Une employée effectue un test de diagnostic du Sars-Cov-2 sur un patient, à l'extérieur de la boîte de nuit KitKatClub de Berlin, transformée en centre de test du coronavirus, le 23 décembre 2020 à Berlin ( AFP / STEFANIE LOOS)

Le nombre maximum de cycles d'un test RT-PCR type varie par ailleurs selon les sources: la Commission européenne évoque un maximum "de 40 cycles thermiques", tandis que l'hôpital de la Charité de Berlin a indiqué à l'AFP qu'un test PCR "fonctionne généralement en 45 cycles". En France, la Société Française de Microbiologie écrivait en septembre 2020 que la valeur Ct "est généralement comprise entre 10 et 45".

En novembre 2020, dans un podcast de la chaîne allemande NDR dont la retranscription est disponible ici, Christian Drosten rappelait que les valeurs de Ct diffèrent en fonction des machines et, tout en encourageant l'établissement d'une valeur de Ct standard pour tous les tests PCR, ne s'exprimaient pas sur une valeur particulière.

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