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La Norvège n'a pas "reclassé" le Covid en affirmant qu'il n'est "pas plus dangereux que la grippe ordinaire"

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La Norvège aurait "reclassé" le Covid-19, établissant qu'il n'est "pas plus dangereux que la grippe ordinaire", d'après plusieurs articles publiés sur des médias en ligne en anglais et en français, partagés près de 10.000 fois sur les réseaux sociaux en moins d'une semaine. C'est faux : l'Institut de santé publique de Norvège, ainsi que deux immunologues norvégiennes ont démenti l'information auprès de l'AFP, expliquant qu'il s'agit d'une mauvaise interprétation d'un article d'un journal norvégien. Selon l'OMS et plusieurs scientifiques, il existe de nombreux éléments montrant que le Covid-19 est plus dangereux que la grippe.

"L'Institut norvégien de santé publique FHI a pris la décision remarquable, mais statistiquement étayée, de classer Covid-19 comme une maladie respiratoire aussi dangereuse que la grippe ordinaire", avance un article publié le 24 septembre sur le site "résistance-mondiale" et partagé depuis plus de 2.600 fois, selon l'outil de mesure d'audience des réseaux sociaux Crowdtangle.

Il s'agit d'une traduction en français d'un autre article publié le 23 septembre sur le site anglophone du "Free West Media", qui se présente comme un "nouveau média ayant pour objectif de présenter une couverture quotidienne large et impartiale de l'actualité européenne et mondiale dans une perspective occidentale".

L'article, partagé près de 10.000 fois par des internautes français, mais aussi allemands ou néerlandais, d'après l'outil de mesure Crowdtangle, précise que la "déclassification" aurait été établie suite aux "mutations subies par le coronavirus, qui le rendent moins dangereux".

Des affirmations similaires ont été reprises par d'autres sites francophones (ici ou ici) et d'autres partagées des centaines de fois sur Twitter (ici, ici),Facebook (ici ou ) ou encore TikTok ces derniers jours.

Capture d'écran Twitter, réalisée le 30/09/2021
Capture d'écran du site "resistance-mondiale.com", réalisée le 30/09/2021

 

 

"Une mauvaise interprétation" d'une interview

Cependant, le "Norwegian Institute of Public Health" (NIPH, ou FIH selon l'abréviation en norvégien), institut de santé publique rattaché au ministère de la santé norvégien, a démenti l'information : "il n'est pas exact d'écrire que l'Institut norvégien de la santé publique a affirmé que 'le Covid-19 n'est pas plus dangereux que la grippe ordinaire'", a indiqué l'organisme à l'AFP le 29 septembre.

"A ma connaissance, il n'y a pas eu de reclassement officiel en Norvège du SRAS-CoV-2 par un avis de l'Institut norvégien de santé publique (NIPH)", confirme Gunnveig Grødeland, immunologue-chercheuse du département d'immunologie de l'Université d'Oslo, le 30 septembre à l'AFP.

"Il n'est pas exact, comme indiqué dans l'article [de 'Free West Media'], que le FHI affirme que le coronavirus (SRAS-CoV-2) a subi des mutations 'qui le rendent moins dangereux'", complète sa collègue Anne Spurkland, immunologue et professeure de médecine dans la même université le 30 septembre auprès de l'AFP.

"Cette déclaration est probablement une mauvaise interprétation de cette interview dans un grand journal norvégien", ajoute le NIPH. Le quotidien Verdens Gang (VG) a en effet publié le 20 septembre une interview de Geir Bukholm, directeur adjoint de l'institut, qui y est interrogé sur la situation sanitaire en Norvège.

On peut y lire que "le coronavirus peut désormais être comparé notamment à la grippe saisonnière et aux infections à RS", c'est-à-dire les infections des voies respiratoires supérieures, selon le directeur adjoint du NIPH.

Cependant, il précise ensuite dans son interview que "nous sommes maintenant dans une nouvelle phase où nous devons considérer le coronavirus comme l'une des nombreuses maladies respiratoires avec des variations saisonnières", indiquant que cette analyse concerne la Norvège, car il précise à plusieurs reprises que "la pandémie n'est pas terminée tant qu'elle existe dans le monde et dans les pays où la couverture vaccinale est encore faible".

Le monde face au coronavirus, 30/09/2021 ( AFP / )

Le NIPH confirme auprès de l'AFP : "Notre position, telle qu'elle est exposée dans l'article [de VG], est qu'à ce stade de la pandémie, nous devons commencer à considérer le Covid-19 comme l'une des nombreuses maladies respiratoires circulant avec des variations saisonnières. (...) Cela ne signifie pas que les maladies dues au coronavirus et à la grippe saisonnière sont similaires".

Le contexte épidémiologique en Norvège

"Lorsque le FHI norvégien compare le Covid-19 en Norvège à la grippe ordinaire, c'est en termes de mortalité et de charge sur le système de soins actuellement observés en Norvège, maintenant qu'une grande partie des Norvégiens ont été vaccinés", explique l'immunologue Anne Spurkland.

Sa compatriote la Dr. Gunnveig Grødeland ajoute : "nous nous trouvons actuellement dans une situation où une couverture vaccinale élevée a permis un retour à la vie normale. Nous observons en conséquence que les hospitalisations causées par le Covid-19 sont gérables et n'augmentent pas actuellement de manière inquiétante".

En Norvège, 90,7% de la population âgée de plus de 18 ans a reçu une première dose de vaccin selon les derniers chiffres du ministère de la santé datant du 30 septembre, et 84, 4% des adultes norvégiens ont reçu leurs deux injections.

Selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), la Norvège affiche un taux d'incidence du virus de 355,84 nouveaux cas pour 100.000 habitants au cours des deux dernières semaines et un faible taux de mortalité. Elle n'a enregistré depuis le début de la pandémie que 850 décès, pour une population d'un peu plus de 5 millions d'habitants.

La plupart des restrictions mises en place en mars 2020 pour lutter contre l'épidémie de Covid-19, comme le port du masque, la distanciation sociale, ou les jauges limitées lors des événements culturels ou sportifs, ont été levées par le gouvernement norvégien le 25 septembre, au regard de l’amélioration de la situation sanitaire dans le pays.

La Première ministre de la Norvège Erna Solberg avait alors prévenu que le coronavirus restera "parmi (les Norvégiens) pendant des années", sans exclure la possibilité de réintroduction de mesures sanitaires en cas de propagation explosive d'un nouveau variant.

"Nous sommes dans cette bonne situation, précisément parce que nous avons pris le Covid-19 au sérieux pendant 18 mois, et que la plupart des Norvégiens sont maintenant vaccinés. Ceux qui ne le sont pas (adultes réticents et jeunes enfants), ne sont plus considérés comme des raisons suffisantes pour maintenir la société fermée", résume Anne Spurkland.

Plusieurs critères montrent que le Covid est plus dangereux que la grippe

Si la grippe saisonnière et le Covid présentent des symptômes relativement similaires, comme expliqué sur le site de l'Organisation Mondiale de la santé (OMS), les vitesses de transmission et de reproduction du coronavirus et son taux de létalité tendent à montrer que ce dernier est plus dangereux que la grippe.

De nombreux experts interrogés par l'AFP dans plusieurs articles ont expliqué que plusieurs de ces critères permettent en effet d'établir que le Covid-19 est plus dangereux que la grippe (ici ou ).

Le NIPH précise ainsi qu'"au niveau individuel, les personnes doivent recevoir le traitement approprié pour chaque maladie spécifique. Nous suivrons en permanence l'épidémiologie du Covid-19 et des autres maladies respiratoires et nous serons prêts à réagir différemment si les circonstances s'aggravent".

La pandémie du nouveau coronavirus a fait au moins 4.771.320 morts dans le monde depuis que le bureau de l'OMS en Chine a fait état de l'apparition de la maladie fin décembre 2019, selon un bilan établi par l'AFP à partir de sources officielles jeudi à 10H00 GMT. Plus de 233.239.040 cas d'infection ont été officiellement diagnostiqués depuis le début de l'épidémie. La grande majorité des malades guérissent, mais une part encore mal évaluée conserve des symptômes pendant des semaines, voire des mois.

Les chiffres se fondent sur les bilans communiqués quotidiennement par les autorités sanitaires de chaque pays. Ils excluent les révisions réalisées a posteriori par certains organismes statistiques, qui concluent à un nombre bien plus important de morts. L'OMS estime même, en prenant en compte la surmortalité directement et indirectement liée au Covid-19, que le bilan de la pandémie pourrait être deux à trois fois plus élevé que celui officiellement recensé.

8 octobre 2021 Modifications de l'attribution de la citation de l'article de VG -- "le coronavirus peut désormais être comparé notamment à la grippe saisonnière et aux infections à RS" --, qui avait été attribuée à tort à l'auteur de l'article et non à la personne interviewée.
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