Un soignant porte un équipement de protection avant de recueillir des échantillons de sars-cov-2 à Hanoi, le 20 août 2021. ( AFP / NHAC NGUYEN)

Masques, vaccins et traitements du Covid: ce médecin américain relaie plusieurs infox

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La prise de parole filmée d'un médecin américain, le Dr Daniel Stock, fustigeant les mesures sanitaires en place lors du conseil d'administration d'une école de l'Indiana est devenue virale aux Etats-Unis, avant d'être traduite et relayée des centaines de fois en dix jours par des internautes français sur Facebook. Mais plusieurs des affirmations avancées, sur l'inefficacité des masques ou la promotion de traitements contre le Covid, sont fausses ou trompeuses.

"Une dose de vérités de Dr. Daniel.W.Stock à propos du Covid et sur l'inefficacité de plusieurs mesures en place", assure cette publication, partagée plus de 600 fois depuis le 10 août.

( Juliette MANSOUR)

Ce texte s'accompagne d'une vidéo sous-titrée en français d'un peu moins de sept minutes, dans laquelle un médecin, le Dr Daniel Stock, s'adresse au conseil d'administration d'une école de Fortville, dans l'état américain de l'Indiana.

La vidéo, qui circulait à l'origine en anglais, a obtenu plus de 94.000 vues sur Facebook Elle a également été partagée sur Instagram, Odysee ainsi que sur Twitter, par l'ancien rédacteur-en-chef du média Breitbart, Raheem Kassam, qui a récolté plus de 6 millions de vues.

Capture d'écran prise le 20/08/2021 de la version archivée du tweet de Raheem Kassam

La vidéo avait été publiée sur de très nombreux compte Youtube, avant d'être supprimée pour avoir enfreint les règles de la plateforme. Elle a également été retirée de TikTok, après avoir été visionnée 12,6 millions fois. Au total, le site MediaMatters estime que la prise de parole filmée de ce médecin a cumulé plus de 30 millions de vues depuis le 7 août sur les réseaux sociaux.

Pourtant, plusieurs des affirmations de ce médecin sont fausses ou trompeuses.

Daniel Stock est un médecin traitant. Son témoignage remet en question les mesures sanitaires prises par le département de santé de l'Indiana et appliquées par le comité de direction de l'école Mt Vernon, à Fortville. Un porte-parole du département de la santé de l'Indiana lui a répondu dans une intervention télévisée sur la chaîne locale WTHR en rejetant ces critiques et en soutenant que les vaccins contre le Covid étaient efficaces pour prévenir les hospitalisations et les décès dus à la maladie.

Daniel Stock commence son argumentaire en affirmant que "les coronavirus et tous les autres virus respiratoires se propagent par des particules aéroportées qui sont suffisamment petites pour passer à travers tous les masques".

Le Covid-19, maladie causée par le nouveau coronavirus, "se propage principalement d'une personne à l'autre par les gouttelettes respiratoires", indiquent les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) sur leur site. Or, "les masques sont une barrière simple pour empêcher vos gouttelettes respiratoires d'atteindre les autres. De nombreuses études montrent que les masques réduisent la propagation des gouttelettes lorsqu'ils couvrent le nez et la bouche", précisent les CDC.

Ils notent également que les masques ne constituent pas uniquement une protection pour la personne qui transmet la maladie : "des études démontrent que la matière des masques peut également réduire l'exposition des personnes masquées aux gouttelettes infectieuses par filtration."

Le Dr Benjamin Neuman, un expert des coronavirus qui dirige le département de biologie de l'université Texas A&M-Texarkana , a expliqué à l'AFP que "plusieurs articles scientifiques sont parus au cours du printemps et au début de l'été 2020, montrant que les masques empêchaient efficacement l'infection, en bloquant à la fois la libération et l'inhalation de particules virales."

Par ailleurs, si le virus du Covid-19 est effectivement plus petit que les pores des masques, celui-ci voyage sur des gouttelettes plus grosses et est très largement filtré, ont déjà expliqué des experts à l’AFP dans cet article. Ces particules plus grosses - créées par les éternuements ou la toux - sont suffisamment grandes pour être stoppées par les masques de protection, a souligné Jung Jae-hun, professeur au Collège de médecine et de sciences de l'Université Gachon en Corée du Sud, qui a détaillé ce processus à l'AFP en avril 2021.

"Si vous êtes capable de bloquer les gouttelettes, vous pouvez arrêter les virus [qu'elles contiennent]", a-t-il déclaré.

Daniel Stock affirme ensuite "qu'aucun vaccin, même ceux que je pourrais soutenir et faire faire à moi-même et mes enfants, n'a jamais arrêté l'infection".

C'est faux : le vaccin contre la rougeole est, par exemple, un vaccin dit "à immunité stérilisante", c'est-à-dire qu'il prévient l'infection de l'organisme par le virus . Si l'immunité stérilisante reste l'objectif ultime de la recherche vaccinale, de nombreux vaccins utilisés aujourd'hui n'induisent, comme ceux contre le Covid-19, qu'une "immunité effective" . "La plupart des vaccins n'évitent pas complètement la transmission, c'est-à-dire que le système immunitaire n'agit que quand le virus ou la bactérie est dans l'organisme", a souligné le 3 août auprès de l'AFP Françoise Salvadori, maître de conférences en immunologie à l'université de Bourgogne et co-autrice de l'ouvrage Antivax - Histoire de la résistance aux vaccins du XVIIIe siècle à nos jours.

Ce constat est confirmé dans un article rédigé par le Dr Sarah Caddy, chercheuse en immunologie virale à l'université de Cambridge qui souligne que si l'immunité stérilisante est "rarement atteinte", "cela n'a pas empêché de nombreux vaccins différents de réduire considérablement le nombre de cas d'infections virales dans le passé".

Le vaccin contre la grippe saisonnière, dont la composition est actualisée tous les ans, ne permet par exemple "toujours pas d'éviter la maladie" mais "réduit le risque de complications graves ou de décès", comme le note le site vaccination-info.service.fr. Le vaccin contre la diphtérie procure également une immunité effective et a permis à cette maladie hautement contagieuse de disparaître en France métropolitaine.

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Les vaccins contre le Covid autorisés aux États-Unis et en France, même s'ils n'ont pas atteint l'immunité stérilisante, restent efficaces pour prévenir les formes graves de la maladie et prévenir ainsi les hospitalisations et les décès. Un rapport publié le 27 juillet par les CDC conclut que "la campagne de vaccination américaine contre le Covid-19 a le potentiel de réduire considérablement la morbidité aux États-Unis en prévenant les maladies graves chez les personnes entièrement vaccinées et en interrompant les chaînes de transmission".

"Nous voyons des flambées de cas dans des parties du pays qui ont une faible couverture vaccinale parce que les personnes non vaccinées sont à risque", a déclaré le 16 juillet le Dr Rochelle Walensky, directrice des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies.

La situation s'est toutefois un peu plus complexifiée avec l'apparition du variant Delta, considéré comme extrêmement contagieux. Son degré de contagiosité fait en effet craindre une baisse du niveau de protection des vaccins existants et un rebond de la circulation et de la transmission du virus, parmi les personnes vaccinées comme non vaccinées.

Les CDC recommandent de se faire vacciner contre le Covid "que vous ayez eu ou non le Covid-19".

Une soignante prépare une dose de vaccin contre le Covid à Jakarta, le 31 juillet 2021 ( AFP / BAY ISMOYO)

Le Dr Daniel Stock poursuit son intervention en expliquant : "je peux vous dire, pour avoir traité plus de 15 patients atteints du Covid, qu'entre la charge active en vitamine D, l'ivermectine et le zinc, personne ne s'est approchée de l'hôpital."

Mais aux Etats-Unis comme en France, l'ivermectine n'est pas autorisée pour traiter ou prévenir le Covid-19, car elle n'a pas démontré scientifiquement la preuve de son efficacité chez l'homme à ce stade, comme l'a expliqué l'AFP dans cet article.

"La FDA a reçu de multiples signalements de patients qui ont eu besoin d'un soutien médical et ont été hospitalisés après s'être automédiqués avec de l'ivermectine destinée aux chevaux", expliquait la FDA, en mars 2021. L'agence américaine du médicament met en garde les internautes contre l'utilisation de l'antiparasitaire pour le Covid sur une page dédiée en affirmant que "prendre des doses importantes de ce médicament est dangereux et peut créer de graves dommages" .

L'OMS a également indiqué que l'ivermectine ne devait être utilisée pour traiter le Covid-19 que dans le cadre d'essais cliniques, dans des directives publiées le 31 mars 2021.

Capture d'écran prise le 20/08/2021 sur le site de l'OMS

Le zinc a également été vanté à plusieurs reprises sur les réseaux sociaux comme un nutriment capable de prévenir et guérir le Covid-19. S'il peut aider le système immunitaire à combattre des infections, notamment des rhumes, l'Académie nationale américaine des sciences, de l'ingénierie et de la médecine souligne qu'à ce stade, "les scientifiques ne savent pas s'il aide à atténuer les symptômes d[u] Covid-19."

En avril 2021, le Dr Emanuel Okunga, épidémiologiste basé à Nairobi, avait expliqué à l'AFP que la prise de zinc ne prévient et ne soigne pas le Covid-19. "Jusqu'à présent, les études montrent que le zinc n'est pas efficace pour traiter la Covid-19, et l'auto-prescription de zinc est dangereuse", avait-il averti.

L'Institut national américain de la santé met également en garde contre la prise de fortes doses de zinc pour prévenir le Covid-19, mettant en avant le manque de preuves scientifiques et les effets secondaires potentiels, notamment des troubles neurologiques irréversibles dus à l'utilisation à long terme de ce nutriment.

Concernant la vitamine D, également citée comme remède contre le Covid par le Dr Daniel Stock, des scientifiques ont pu temporairement recommander d'en prendre pendant les confinements, lorsque les gens devaient rester chez eux. En effet, le corps crée cette vitamine en s'exposant notamment à la lumière du soleil.

La vitamine D a de nombreux effets bénéfiques, et contribue à augmenter les concentrations de calcium et de phosphore dans le sang. Cependant, il n'y a pas, à ce jour, assez de preuves pour recommander l'utilisation de la vitamine D pour prévenir ou traiter le Covid. Des essais cliniques sont encore en cours pour étudier la possibilité d'utiliser la vitamine dans le cadre de la crise sanitaire.

Raymond Tellier, microbiologiste au Centre universitaire McGill, met en garde contre la prise d'une "dose trop élevée, qui peut être toxique". Cet avertissement va dans le sens d'une étude, publiée dans la revue Clinical Medicine, qui a conclu que "des doses supérieures au supplément quotidien habituel ne devraient être prises que sous surveillance médicale."

L'AFP a déjà vérifié des affirmations concernant des "remèdes" pour traiter le Covid-19 comme le zinc, la vitamine C et la vitamine D, dans cet article.

Traduction et adaptation :
Juliette Mansour
COVID-19 VACCINS