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Vaccination et cas de contamination en Islande : attention à ces déclarations de Didier Raoult

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"L'Islande a plus de cas maintenant que jamais alors que l'Islande est le pays qui a été le plus vacciné de tous les pays développés", souligne le professeur Didier Raoult, jetant ainsi le doute sur l'efficacité de la vaccination de l'ensemble de la population. Attention, si les contaminations sont bien en hausse, le nombre de morts sur l'île reste très faible tout comme celui des personnes hospitalisées en soins intensifs, selon les données officielles. Les vaccins actuels n'ont par ailleurs jamais eu vocation à empêcher totalement la circulation du coronavirus mais à empêcher les formes graves de la maladie, rappellent des épidémiologistes interrogés par l'AFP.

"L'Islande a plus de cas maintenant que jamais alors que l'Islande est le pays qui a été le plus vacciné de tous les pays développés, plus de 90% de la population aurait été vaccinée", souligne Didier Raoult dans une vidéo diffusée le 17 août sur le compte Youtube de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) de Marseille qu'il dirige.

"Il faut regarder les choses avec un peu de réalisme, globalement la protection vaccinale contre les variants est modeste en terme d'épidémiologie", ajoute-t-il dans cet entretien vu par plus de 200.000 personnes depuis sa mise en ligne mardi. "C'est une vaccination dont on ne peut pas dire qu'elle est inutile chez les gens qui ont un risque de faire une maladie, éventuellement chez les gens qui sont surexposés parce qu'ils traitent des malades qui ont le Covid, pour le reste au niveau de la population générale on ne peut pas dire qu'il y ait un succès corrélé avec l'importance du vaccin et l'importance de la distribution du vaccin".

Ces propos ont été repris sur Twitter et Facebook, notamment par le président des Patriotes et fer de lance de la lutte anti vaccination en France Florian Philippot qui s'est réjoui que "le professeur Raoult casse les certitudes arrogantes des covidistes et remet de la science dans sa dernière vidéo là où eux mettent de l'idéologie".

Attention : les affirmations de Didier Raoult, qui s'inscrivent dans un contexte de défiance vis-à-vis de la vaccination et de son efficacité notamment face au variant Delta, manquent de contexte.

Avançons point par point. L'Islande a-t-elle effectivement "plus de cas maintenant que jamais" comme l'affirme Didier Raoult? Depuis mi- juillet, l'île est en effet confrontée à une hausse des cas de Covid-19 et elle compte désormais entre 50 et 170 nouveaux cas de coronavirus par jour après n'en avoir recensé moins d'une dizaine, voire quasiment aucun, pendant plusieurs mois. C'est plus que jamais recensé dans le pays depuis le début de l'épidémie et lors des différentes précédentes vagues. Cela a conduit les autorités à réinstaurer des mesures de restriction à compter du 25 juillet jusqu'à fin août.

L'Islande est-elle également le pays le plus vacciné de tous les pays développés avec "plus de 90% de la population" qui "aurait été vaccinée"? Ces deux affirmations sont exagérées : selon les données de vaccination recueillies par l'AFP, 78,3% de la population islandaise a reçu au moins une dose, 76,4% de la population est complètement vaccinée.

L'Islande est donc bien parmi les pays développés les plus vaccinés au monde mais, contrairement à ce qu'indique le professeur Raoult, elle est devancée par Malte qui compte ainsi respectivement 79,4% de primo-vaccinés et 78,8% de complètement vaccinés, toujours selon la base de données de l'AFP.

A noter que les pourcentages de la base AFP sont supérieurs à ceux du tableau de bord officiel des autorités islandaises qui font état de 71% de complètement vaccinés : l'AFP utilise en effet les projections de l'ONU (341.250 habitants), tandis que les autorités islandaises ont un chiffre de population supérieur (367.000). En se basant sur les chiffres islandais, on obtient 72,8% de primo-vaccinés et 71% de complètement vaccinés, des chiffres donc en deçà de celui évoqué par le professeur Didier Raoult dans sa vidéo.

Arrêtons-nous maintenant sur les limites de la vaccination "pour la population générale" évoquées par le directeur de l'IFU. Cette affirmation, qu'on retrouve régulièrement sur les réseaux sociaux depuis le début de l'épidémie, ne prend pas en compte le bilan en terme de décès, qui reste stable (proche de zéro), ni celui des hospitalisations en Islande. Au total depuis le début de l'épidémie, l'île a ainsi recensé en tout et pour tout 30 morts. Le dernier décès remonte au 25 mai, plus de cinq mois après le dernier répertorié fin décembre 2020.

En ce qui concerne les hospitalisations, le bilan quotidien communiqué par les autorités islandaises fait état au 18 août de 25 personnes hospitalisées et de 5 personnes en soins intensifs. Au total, depuis fin février 2020, 420 personnes ont été hospitalisées, 66 ont été en soins intensifs.

"Le vaccin reste efficace car peu d'hospitalisations", a expliqué sur Twitter Clarisse Audigier-Valette, responsable de l'unité "Covid pneumo" au centre hospitalier Toulon-La-Seyne-sur-mer (Var) en réponse aux "cries d"orfraies des antivax sur l'épidémie en Islande". "De là à dire que c'est la panique en Islande, non loin de là. Il faut relativiser et regarder leurs chiffres de près", ajoutait-elle le 12 août dernier.

"En Islande, oui le variant Delta circule et des gens vaccinés attrapent le Covid mais les cas ne sont pas graves", abonde auprès de l'AFP le 18 août Catherine Hill, épidémiologiste à l'institut Gustave-Roussy de Villejuif qui juge "compliqué" de tirer des conclusions sur l'inefficacité présumée de la vaccination uniquement à partir du nombre de nouveaux cas de contamination. "On ne sait pas combien de ces cas de Covid ne sont pas vaccinés et quel est le risque chez les vaccinés et les non vaccinés, c'est ça qui manque. Le vaccin protège mais il y a beaucoup de gens vaccinés donc forcément, il y a des gens vaccinés qui attrapent le Covid".

Début août, Thorolfur Gudnason, l’épidémiologiste en chef islandais, avait indiqué qu'environ la moitié des personnes hospitalisées étaient vaccinées. Les deux personnes placées en soins intensifs à cette période étaient elles non vaccinées selon ses propos qui avaient été rapportés par le magazine islandais Iceland Review. 

Les affirmations du professeur Raoult occultent également le fait que les vaccins développés contre le Covid-19 n'ont jamais eu vocation à empêcher totalement la circulation du coronavirus mais à empêcher les formes graves de la maladie. L'absence d'efficacité à 100% des vaccins est reconnue par les fabricants eux-mêmes et par les gouvernements qui insistent sur l'importance de respecter les gestes barrières même vaccinés.

Les vaccins n'empêchent en effet toutefois pas complètement des personnes vaccinées -- même ayant reçu leurs deux doses -- d'être contaminées et éventuellement de transmettre le virus. "On n'a jamais dit que les vaccins étaient efficaces à 100%. Il y a une possibilité d'être infecté mais la vaccination protège contre les formes graves de la maladie", expliquait en mai à l'AFP Henri Partouche, membre du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale contre le Covid-19 en France.

Si les vaccins existants restent extrêmement efficaces contre les formes graves de Covid, ils n'offrent toutefois qu'une protection partielle contre une infection par le variant Delta, désormais dominant dans le monde, selon des chiffres britanniques et israéliens, comme expliquait début août l'AFP dans cet article.

Une vaste étude anglaise réalisée du 24 juin au 12 juillet et rendue publique mercredi conclut à une "efficacité imparfaite du vaccin contre l'infection". Le vaccin est efficace à 49% contre l'infection chez les 18 à 64 ans, un taux qui monte à 59% pour les infections symptomatiques. Les vaccinés ont trois fois moins de chances d'être testés positifs, "il existe toujours un risque d'infection, aucun vaccin n'est efficace à 100%", souligne Paul Elliott, responsable de l'étude.

Six semaines auparavant, une autre étude britannique concluait que le vaccin Pfizer/BioNTech était efficace à 88% contre la forme symptomatique du Covid provoquée par le variant Delta, et AstraZeneca, à 60%.

En Israël, confronté plus tardivement à ce variant, des données officielles publiées le 22 juillet montrent une efficacité de seulement 39% du vaccin Pfizer/BioNTech contre la contamination, et de 40,5% contre un Covid symptomatique. Le chiffre de 39% est à prendre avec prudence, préviennent toutefois plusieurs épidémiologistes, car il portait sur une période où Israël enregistrait relativement peu de cas au total (entre le 20 juin et le 17 juillet). S'ils se confirmaient, ces taux d'efficacité en baisse pourraient être le signe d'un recul de l'immunité chez les vaccinés depuis des mois, ou d'une capacité accrue du variant Delta par rapport aux souches précédentes à déjouer les défenses immunitaires, grâce notamment à sa capacité à se répliquer plus rapidement.

Ces données confirment que le vaccin n'octroie pas un « totem d’immunité » et que le coronavirus peut continuer à circuler chez les personnes vaccinées.

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