Inondations à Abidjan : la citation virale prêtée au ministre Amadou Coulibaly est introuvable
- Publié le 23 juillet 2026 à 17:18
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- Par : SUY Kahofi, AFP Côte d'Ivoire
Les récentes inondations provoquées par les pluies diluviennes qui ont débuté mi-mai en Côte d’Ivoire ont fait au moins 59 morts, de nombreux blessés et d’importants dégâts matériels. Le gouvernement ivoirien a annoncé des mesures pour faire face aux éboulements et reloger les populations sinistrées. Cependant, des internautes sur les réseaux sociaux prêtent au ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, une déclaration polémique. Selon eux, il aurait affirmé sur la radio française RFI que la population serait la "seule responsable des inondations meurtrières". Mais le ministre ivoirien n’a jamais prononcé ces paroles à l’antenne, a démenti la rédaction de RFI. On ne trouve en effet aucune trace de ces propos sur leurs ondes, ni lors d'autres prises de parole officielles, a constaté l’AFP.
En Côte d’Ivoire, la saison des pluies, qui s'étend de fin mai à fin juillet, provoque tous les ans des glissements de terrain et des inondations qui font des dizaines de victimes, en particulier dans les quartiers les plus défavorisés de ce pays de 30 millions d'habitants.
Cette année, une saison des pluies "particulièrement intense" a fait au moins 59 morts, "alors même que nous n’en sommes qu’au début de la saison", regrettait le 1er juillet le porte-parole du gouvernement Amadou Coulibaly, lors d’une réunion du Conseil des ministres (dépêche archivée ici).
Dans le district autonome d'Abidjan, qui compte plus de six millions d’habitants, la nuit du 28 au 29 juin a été particulièrement meurtrière. Un pan de colline s’est effondré sur des habitations construites à flanc de talus dans les quartiers de Mossikro et d’Agban, au sein de la commune populaire d'Attécoubé. Cet éboulement a coûté à lui seul la vie à une vingtaine de personnes, selon les autorités, dont plusieurs membres d’une même famille.
C’est dans ce contexte que des publications sur les réseaux sociaux (1, 2, 3), qui cumulent des centaines de partages, commentaires et mentions "j'aime", prêtent à M. Coulibaly des propos polémiques sur les inondations à Abidjan.
"Concernant les inondations à Abidjan, le gouvernement n’est pas responsable. La responsabilité entière revient à la population", aurait-il déclaré sur la radio française RFI. "Abidjan, c’est pour ceux qui ont des moyens. Celui qui ne peut pas faire une fondation solide doit rester dans son village".
Cette prétendue déclaration choque certains Ivoiriens. "Nos gouvernants se moquent de la population", affirme ainsi un internaute qui relaie ces propos.
Mais Amadou Coulibaly a-t-il réellement rejeté la responsabilité de ces évènements sur les populations sinistrées ?
En réalité, il n’a jamais tenu ces propos, ont démenti le ministère de la Communication de Côte d’Ivoire et la rédaction de RFI. L’AFP n’en a en effet trouvé aucune trace sur les ondes de RFI ou lors de conférences de presse officielles.
"Pas sur notre antenne"
Nous essayons tout d’abord de retrouver l’émission originale de RFI où le ministre ivoirien se serait exprimé en ce sens, ou bien un article du média qui le citerait. Afin d’avoir une liste exhaustive des interventions du ministre chez RFI, AFP Factuel a contacté directement le média français.
Dans une réponse adressée à l'AFP Factuel le 21 juillet 2026, la radio affirme tout d’abord qu’"à aucun moment" Amadou Coulibaly "ne dit sur notre antenne les propos qui lui sont attribués".
Le média précise ensuite que "le ministre est intervenu deux fois sur RFI" en lien avec les inondations, sur "la période du 1er juin au 20 juillet 2026". AFP Factuel a écouté en entier ces interventions et dans aucune des deux il ne rejette la faute des inondations sur la population.
La première déclaration du ministre peut être écoutée dans cet enrobé du journaliste Benoît Almeras, publié sur le site et diffusé à l’antenne de RFI le 8 juin 2026. M. Coulibaly y réagit aux critiques visant le gouvernement, l’accusant d’avoir jeté à la rue des centaines de personnes en pleine saison des pluies sans mesure de relogement (lien archivé ici).
"Nous n’avons aucun intérêt à vouloir les brimer, à vouloir les faire souffrir. Nous sommes là pour leur permettre de vivre décemment, de sortir de ces situations d’insalubrité", déclare le porte-parole du gouvernement dans cet élément sonore.
Sa deuxième intervention est celle prononcée à l’issue du conseil des ministres du 1er juillet 2026. Le sonore a été publié sur le site de RFI le 2 juillet 2026. Dans cette déclaration à l'issue de la réunion, Amadou Coulibaly déplore les pertes en vies humaines, mais ne rend pas les populations responsables du drame (liens archivés ici et ici).
"Pour ce qui est des inondations, le conseil déplore un bilan particulièrement élevé de 59 personnes décédées cette année", détaille le ministre, "Le bilan le plus élevé revient à la commune d’Attécoubé, avec une vingtaine de morts où les populations ont hélas recolonisé des sites d’où elles avaient été déplacées".
"Deux sites de relogement ont été identifiés pour la construction de 12.000 logements à loyer modéré, devant permettre à terme de reloger environ 60.000 personnes", ajoute-t-il au micro de la journaliste Bineta Diagne. Il conclut son intervention par : "c’est le lieu de lancer encore un appel à l’ensemble des populations pour leur demander de partir de ces sites identifiés comme étant à risque".
On constate bien qu'Amadou Coulibaly n’a pas tenu sur RFI les propos qu’on lui prête sur les réseaux sociaux, où il rejetterait la faute des inondations sur les Abidjanais.
Aucune trace ailleurs
Le ministre n’a pas non plus tenu ces propos ailleurs, a constaté AFP Factuel après diverses recherches.
Tout d’abord, les services de M. Coulibaly ont démenti les accusations selon lesquelles il aurait rejeté la faute des inondations sur les Ivoiriens.
"Monsieur le Ministre n’a pas tenu ces propos et vous pouvez vous référer au direct du dernier conseil des Ministres", a indiqué le 22 juillet 2026 à l’AFP Romaric Kouassi, directeur de la communication et des relations publiques au ministère de la Communication.
Effectivement, à aucun moment lors de cette conférence de presse du 1er juillet le ministre ne dit que "la responsabilité entière" des inondations "revient à la population", ou n'emploie une des autres formules véhiculées par les récentes publications sur les réseaux sociaux (lien archivé ici).
On ne trouve pas non plus de trace d’une telle déclaration sur les canaux de communication officiels du gouvernement ivoirien, que ce soit sur le site de la présidence, du ministère de la communication ou bien du Centre d’Information et de Communication Gouvernementale (CICG), ainsi que sur leurs réseaux sociaux associés (liens archivés 1,2,3).
Enfin, aucun média sérieux dans le pays ou à l’étranger ne se fait écho de ces propos prêtés à Amadou Coulibaly, a-t-on constaté après plusieurs recherches par mot-clé, bien qu’ils aient été nombreux en Côte d’Ivoire et à l’international à couvrir cet épisode d'inondations meurtrières.
Zones à risque
Les inondations constituent un problème récurrent à Abidjan, capitale économique du pays qui compte plus de six millions d’habitants. La croissance urbaine rapide a entraîné une prolifération des habitations informelles dans les zones inondables.
Une partie des victimes de l’épisode pluvieux débuté mi-mai vivaient dans des zones classées à risque, dont certaines avaient pourtant déjà été évacuées avant d’être réoccupées.
Plusieurs analystes ont mis en cause le dérèglement climatique et une urbanisation rapide et souvent informelle, dans des zones basses ou en bordure de lagune, pour expliquer la vulnérabilité croissante d’Abidjan face aux épisodes pluvieux. Ces fortes pluies touchent ces dernières années de nombreuses capitales le long des côtes du golfe de Guinée.
Face à l’ampleur des dégâts, l’exécutif ivoirien a annoncé la construction de 12.000 logements destinés au relogement des quelque 60.000 personnes vivant dans des zones à risque, ainsi qu’un durcissement des mesures contre les installations informelles en zone inondable.
Le gouvernement a aussi promis une aide de 250.000 francs CFA (381 euros) pour chaque ménage affecté par les démolitions (lien archivé ici).
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