Cette vidéo d'une antenne-relais en feu en Inde n'a aucun lien avec la 5G
- Publié le 12 juin 2026 à 11:17
- Lecture : 9 min
- Par : Cintia NABI CABRAL, AFP France, AFP Inde, AFP Roumanie
Depuis son introduction, la 5G suscite des inquiétudes sur d'éventuels dangers particuliers pour la santé, à ce jour non étayés par les experts et agences de régulation. Une vidéo montrant une antenne-relais en flammes circule depuis plusieurs années sur les réseaux sociaux et récemment, des internautes ont affirmé qu'il s'agit d'un acte de protestation après la publication d'un document militaire qui aurait révélé les "véritables" effets de la 5G. Mais la vidéo montre l'incendie accidentel d'une antenne-relais en Inde en janvier 2018, à une période où aucune infrastructure 5G n'était encore déployée dans le pays. En outre, l'AFP n'a pas trouvé trace d'un "document militaire" correspondant à ce qu'avancent les internautes.
"En Inde, des gens mettent le feu à des antennes 5G après qu'un document militaire explosif ait [sic] révélé les véritables effets de la 5G", peut-on lire dans une vidéo TikTok partagée des milliers de fois et ayant cumulé près de 100.000 vues. Les images montrent une antenne-relais entièrement embrasée, en proie à d'importantes flammes visibles à plusieurs centaines de mètres.
Depuis au moins 2021, des publications similaires circulent également sur Facebook (1, 2, 3), Instagram et X (1, 2, 3, 4, 5), et dans plusieurs langues, notamment en allemand, anglais, arabe, hindi, polonais, roumain et turc.
Au-delà des internautes, ces images ont parfois été reprises, dans un contexte erroné, par certains médias.
Dans un article de vérification publié en avril 2020 - où l'agence Reuters avait vérifié des posts affirmant que les images ont été tournées au Nigeria - le média expliquait que la vidéo montrait un incendie "survenu le 27 janvier 2018", et renvoyait vers cette séquence diffusée sur YouTube par la chaîne Hindixpress Tv (lien archivé ici). La description de cette vidéo situait cependant l'incident dans le sous-district de Barara (Ambala), dans l'Etat de l'Haryana, au nord de l'Inde, une localisation qui s'est révélée erronée (lien archivé ici).
En juin 2023, la chaîne britannique Sky News a également utilisé ces images pour illustrer un fait divers concernant un couple de "complotistes anti-vaccins reconnus coupables d'avoir planifié la destruction d'antennes 5G" au Royaume-Uni.
Des images filmées à Ribandar en 2018
En effectuant des recherches par mots-clés et des recherches d'images inversées, l'AFP a pu établir que ces images avaient été filmées le 19 janvier 2018 à Ribandar, une localité située dans l'Etat de Goa, dans l'ouest du pays (lien archivé ici).
Le 20 janvier 2018, la chaîne d'information hindi India TV a diffusé sur YouTube un reportage présentant des images similaires d'un pylône téléphonique en feu "dans un quartier résidentiel de Goa", à Ribandar, dans le district de Panjim (liens archivés ici et ici).
"Hier soir, un incendie soudain s'est déclaré dans cette antenne-relais de téléphonie mobile située dans le complexe de Ribandar. Pendant longtemps, de hautes flammes se sont élevées dans le ciel de cette tour de téléphonie mobile. Après cela, le chaos a éclaté dans la zone. La police de Bardez et les habitants ont maîtrisé cet incendie après un certain temps", affirme la journaliste en hindi.
Elle précise également que cette infrastructure était utilisée par l'ensemble des opérateurs de téléphonie mobile présents dans la région afin d'assurer la connectivité du réseau. Une enquête avait alors été ouverte pour déterminer l'origine du sinistre.
L'AFP a par ailleurs retrouvé plusieurs articles de médias locaux relatant cet incident, notamment dans les différentes éditions du journal local O Heraldo (lien archivé ici).
Le 19 janvier 2018, jour de l'incendie, le média publiait sur X : "URGENT : Une antenne-relais de téléphonie mobile à Ribandar prend feu. La raison de l'incendie reste inconnue. Selon les informations, cette tour est partagée par tous les principaux opérateurs mobiles #Goa" (lien archivé ici)
Dix minutes plus tard, une publication similaire était diffusée sur sa page Facebook (lien archivé ici).
Le lendemain, O Heraldo publiait un article plus détaillé : "PANJIM : Un pylône téléphonique à Ribandar a pris feu vendredi en fin d'après-midi [...]. L'incendie, qui a débuté vers 16 h 30, a été maîtrisé vers 19h05 par deux camions-citernes des services d'incendie et de secours" (lien archivé ici).
Le média précisait également que les opérateurs Airtel et Vodafone partageaient cette infrastructure (liens archivés ici et ici).
Selon les informations recueillies par le journal, le feu aurait démarré après que des employés municipaux chargés du nettoyage des abords du site ont ramassé puis brûlé des déchets à proximité de l'antenne : "Le câble à fibre optique de l'antenne a pris feu, puis l'incendie s'est propagé à l'ensemble de la structure", avaient indiqué des sources au Herald Goa.
L'AFP a également retrouvé sur Facebook - grâce à une recherche par mots-clés en hindi sur le réseau social ("Incendie de la tour de Ribandar") - une vidéo montrant plusieurs pompiers tentant d'éteindre l'incendie le 19 janvier 2018. La description indiquait que la scène avait été filmée en direct à Ribandar, dans l'Etat de Goa.
En juin 2021, les pompiers locaux ont confirmé à l'AFP qu'il s'agissait bien d'un ancien incident, et que la vidéo virale avait été tournée le 19 janvier 2018.
Sollicité le 11 juin 2021, Ajit K. Kamat, officier adjoint de division des pompiers et des services de secours de Goa, avait confirmé à l'AFP que "l'incendie s'est déclaré à la station de base de M/s Reliance Communication Ltd./Infratel Ltd. 14/1, Ribandar, Tiswadi-Goa à 16h43 le 19 janvier 2018" (lien archivé ici).
Pas de 5G en Inde en 2018
Au moment de l'incendie de 2018, l'Inde n'avait pas encore autorisé l'exploitation d'antennes-relais de téléphonie mobile 5G. Le pays disposait alors principalement de services 2G et 4G, sans aucune infrastructure commerciale 5G, comme le souligne un rapport publié en 2019 par la GSMA, l'association mondiale des opérateurs télécoms (lien archivé ici).
Un document daté du 23 août 2018, émanant d'un comité gouvernemental présidé par le professeur AJ Paulraj de l'université de Stanford, montre par ailleurs que les premières initiatives visant à introduire la 5G en Inde n'ont débuté qu'en mars 2018, soit plusieurs semaines après l'incendie (lien archivé ici). Ce programme triennal de promotion de la 5G s'intitulait "Construction d'un banc d'essai 5G de bout en bout".
Les premiers essais officiels de la technologie 5G n'ont été autorisés qu'en mai 2021. Dans un communiqué de presse publié le 4 mai de cette année-là, le ministère indien des Télécommunications annonçait avoir donné son feu vert aux opérateurs pour mener des tests de la 5G (lien archivé ici).
Ces tests avaient notamment pour objectif, selon le ministère, d'évaluer les performances des appareils compatibles avec la 5G ainsi que les usages susceptibles d'en découler, notamment dans les domaines de la télémédecine, de l'enseignement à distance, de la réalité augmentée et virtuelle ou encore de la surveillance agricole par drones.
Contactée par l'AFP le 11 juin 2026, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a affirmé n'avoir connaissance d'aucun "document militaire" révélant de supposés "véritables" effets de la 5G. L'agence souligne que les évaluations de risques sanitaires réalisées par les organismes et institutions compétents - le Scheer pour la Commission européenne, le SSM en Suède, PHE en Grande-Bretagne, l'Arpansa en Australie, le BfS en Allemagne, et l'Anses en France - sont publiques et accompagnées de leurs données et analyses (liens archivés ici, ici, ici, ici et ici).
La 5G et la santé
La 5G a été conçue pour offrir des débits supérieurs à ceux des réseaux 4G. Selon l'Autorité de régulation des communications électriques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep), elle est censée "permettre un saut de performance en termes de débit (qui doit être multiplié par 10), de délai de transmission (qui doit être divisé par 10) et de fiabilité de la communication" (lien archivé ici).
Déployée en France depuis 2020, la 5G repose aujourd'hui sur trois bandes de fréquences : 700 MHz, 2.100 MHz et 3,500 MHz (3,5 GHz) (lien archivé ici). Depuis cette année-là, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) indique sur son site qu'"après de nombreuses recherches, aucun effet néfaste sur la santé n'a été causalement lié à l'exposition aux technologies sans fil" (lien archivé ici).
Afin d'apporter aux citoyens des informations sur leur exposition aux ondes, le gouvernement français a annoncé, le 12 octobre 2020, un plan renforcé de contrôle des téléphones portables et des antennes-relais (lien archivé ici).
Dans ce cadre, l'Agence nationale des fréquences (Anfr) a réalisé, entre 2020 et 2024, plus de 8.000 mesures à proximité de plus de 1.000 sites 5G, afin de suivre l'évolution des niveaux d'exposition du public (liens archivés ici et ici). Depuis, l'agence a constaté que les niveaux d'exposition ont peu changé avec la 5G, conformément aux estimations préalables.
C'est également ce qu'affirme l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) dans son expertise publiée en février 2022 consacrée aux effets potentiels de la 5G sur la santé, où elle estimait qu'il était "peu probable que le déploiement de la 5G entraîne de nouveaux risques pour la santé, comparé aux générations de téléphonie précédentes" (lien archivé ici).
Selon l'agence, la plupart des fréquences utilisées par la 5G (entre 700 MHZ et 2,1 GHz) étaient déjà exploitées auparavant, tandis que la bande 3,5 GHz reste très proche de ces fréquences.
Contactée le 11 juin 2026, Anne Perrin, biologiste, spécialiste du risque électromagnétique et membre de la Société française de radioprotection a précisé à l'AFP que l'apparition de nouvelles technologies (5G, 6G) "ne veut pas dire qu'il y a de plus en plus de risques pour la population, ni même que les niveaux d'expositions aux ondes des usagers sont de plus en plus élevés" (lien archivé ici). Selon elle, "quelle que soit la technologie, les niveaux d'expositions ne doivent pas dépasser les limites réglementaires pour la protection des personnes. Ces limites sont très inférieures au seuil d'apparition d'effets avérés sur la santé, qui sont des effets connus dus à l'échauffement".
Dans un courriel adressé à l'AFP le 8 juin 2026, l'Anfr précise aussi que les caractéristiques propres aux différentes générations de réseaux mobiles, de la 2G à la 5G, n'ont qu'une "influence marginale" sur l'exposition du public aux ondes électromagnétiques. L'organisme estime que l'augmentation éventuelle de cette exposition dépend davantage du nombre de bandes de fréquences mises à disposition des opérateurs.
"L'arrivée de la 5G a suscité et suscite encore un peu de défiance, mais on peut observer qu'il en était de même avec l'arrivée de la 4G, dix années auparavant. La 5G s'est déployée dans de nombreux pays en 2020, année du déclenchement de la pandémie du Covid : cette situation particulière et les confinements ont pu accentuer l'inquiétude du public, relayée par les réseaux sociaux", rappelle l'ANFR, une analyse qui pourrait expliquer la viralité et la décontextualisation de la vidéo vérifiée plus haut.
L'agence précise toutefois que les réseaux mobiles ne constituent qu'une partie des sources d'exposition aux ondes présentes dans l'environnement quotidien (lien archivé ici). D'autres équipements et infrastructures contribuent également aux niveaux mesurés (lien archivé ici).
Dans plusieurs pays, dont la France, des associations de personnes dites électrosensibles ont pu déposer des recours contre ce types d'équipements. A ce jour, il n'existe pas de preuve scientifique étayant un rapport causal entre les troubles décrits par ces personnes et les ondes électromagnétiques, comme résumé ici par l'OMS. (lien archivé).
Retrouvez tous les articles de vérification de l'AFP consacrés à la 5G ici.
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