Cette image ne montre pas le crash d’un "hélicoptère français" au Burkina Faso
- Publié le 1 avril 2026 à 20:00
- Lecture : 5 min
- Par : SUY Kahofi, AFP Côte d'Ivoire
Portées au pouvoir par des coups d’Etat successifs, les juntes rassemblées au sein de la confédération de l'Alliance des Etats du Sahel (AES) ont exigé et obtenu le départ de l’ancienne puissance coloniale française de leurs territoires. Depuis la rupture des relations militaires et diplomatiques entre Paris et les pays de l’AES, les autorités du Niger, du Mali et du Burkina Faso accusent très régulièrement la France et ses alliés dans la région d’œuvrer à leur déstabilisation en soutenant, prétendent-ils, les groupes armés qui attaquent populations civiles et cibles militaires. Sur les réseaux sociaux, la France et la Côte d’Ivoire sont ainsi à nouveau soupçonnées d’être illégalement entrées dans l’espace aérien burkinabé, selon des publications qui diffusent l’image d’un soi-disant "hélicoptère français" abattu. Mais ce visuel est ancien et montre en réalité le crash d’un engin aux Etats-Unis.
"#Urgent/: Un autre #hélicoptère des #mercenaires Français #abattu aujourd'hui par nos hommes. L'hélicoptère #Français a été abattu cet matin par la défense anti-aérienne du Burkina. L'incident a fait au moins 6 #morts donc 4 mercenaires Français et 2 soldats #ivoirien (sic)", prétend une publication mise en ligne le 25 mars 2026 sur Facebook, cumulant plus de 950 likes et 243 partages (lien archivé ici).
Cette légende est accompagnée d’une image d’assez mauvaise qualité, sur laquelle on voit un hélicoptère écrasé dans un nuage de fumée.
L’engin aurait été abattu au Burkina Faso par la défense anti-aérienne de ce pays, soutiennent encore les posts que nous vérifions. De quoi susciter une salve d’ovations et d’encouragements à l’endroit de l’armée burkinabè et des VDP, les Volontaires pour la défense de la patrie (lien archivé ici).
La même publication est diffusée par plusieurs pages et comptes Facebook cumulant des dizaines de partages et commentaires (ici et ici).
La France et ses alliés en Afrique de l’Ouest, en particulier le Bénin et la Côte d'Ivoire, sont régulièrement accusés de tentatives de déstabilisation des pays membres de l'AES composée du Mali, du Niger et du Burkina Faso. Ces trois pays sont désormais dirigés par des juntes militaires arrivées au pouvoir par des putschs entre 2020 et 2023.
L'AFP a déjà démenti plusieurs infox de ce genre, véhiculées sur les réseaux sociaux par des comptes pro juntes : ici, on accuse l'armée française d'avoir "ravitailler des terroristes au Mali" (article de vérification), là on prétend avoir arrêté des "espions français" au Burkina Faso (article de vérification).
Cependant, cette photo n’a aucun lien avec un prétendu crash d’hélicoptère français au Burkina Faso. En réalité, elle a été prise il y a plus de quinze ans lors d’un accident aux Etats-Unis.
Accident d’un Black Hawk au Texas
Pour vérifier si l’armée burkinabè a effectivement abattu un hélicoptère ces derniers jours, nous avons d’abord réalisé une recherche par mots-clés sur Google avec les groupes de mots "hélicoptère français abattu Burkina Faso" + "soldat ivoiriens morts au Burkina Faso" + "mercenaires français morts au Burkina Faso". Résultat, aucun média crédible ne semble avoir évoqué un tel accident.
Nous avons ensuite consulté les canaux de communication officiels des trois pays cités dans la publication.
L’Etat-Major des Armées du Burkina Faso n'a pas annoncé avoir récemment abattu un hélicoptère français, alors qu’il n’hésite pas à mettre régulièrement en avant ses faits d’armes.
Le Ministère Ivoirien de la Défense et les Forces Armées de Côte d’Ivoire n’ont pas non plus, de leur côté, déploré la perte de deux de leurs soldats au Burkina Faso.
L’ambassade de France au Burkina Faso et le ministère français des Armées n’ont ni déclaré avoir perdu un hélicoptère au Burkina Faso, ni rapporté la mort de prétendus "mercenaires français" dans un crash.
Alors, d'où vient l'image présentée comme la preuve de cet accident ?
Dans un premier temps, nous avons retrouvé d'anciennes occurrences de ce visuel via une recherche d’image inversée sur Google Lens. Il avait été utilisé bien avant mars 2026 par plusieurs médias africains, pour illustrer des accidents d’hélicoptère au Soudan du Sud, en Ethiopie ou encore au Mali (liens archivés ici, ici et ici).
Toutefois, il s'agit d'erreurs iconographiques, dans la mesure où l'image que nous vérifions n'a pas non plus été prise lors de ces événements.
Une seconde recherche d’image inversée à l’aide de Microsoft Bing Images nous a ensuite conduits à l'origine de cette photo qui figure dans un portfolio relatif au crash d’un hélicoptère au Texas, aux Etats-Unis, publié par le site américain NewsChannel10 (lien archivé ici).
Survenu en janvier 2009, l'incident a causé la mort d'un "récent diplômé de l’Université Texas A&M", rapporte le média.
Ces photographies sont créditées au nom du photographe Dave McDermand, qui a réalisé d'autres clichés de cet événement, également publiés par le média américain The Spokesman Review dans cet article (lien archivé ici).
Selon différents sites de médias américains (1, 2, 3), les faits remontent précisément au 12 janvier 2009 (liens archivés ici, ici et ici).
"Un hélicoptère de l’armée participant à un exercice d’entraînement s’est écrasé lundi [12 janvier 2009, NDLR] dans un champ situé sur le campus de l’université Texas A&M. Un membre de l'équipage a été tué et quatre autres ont été hospitalisés, ont indiqué les autorités", explique par exemple NBC News dans cet article (lien archivé ici).
Démenti de la France
Contacté par l'AFP, le ministère français des Armées a par ailleurs assuré dans un courrier daté du 31 mars dernier que "la France n'a pas perdu d'hélicoptère récemment au Burkina Faso" précisant que "les armées françaises ne disposent pas de Black Hawk". Les rumeurs actuellement diffusées sur les réseaux sociaux sont des "allégations fausses colportées" sur Facebook, précise le courrier.
En ce qui concerne la présence de militaires français au Burkina Faso, le ministère des Armées tient à rappeler que "le détachement militaire français qui était présent à Ouagadougou s'est retiré dès février 2023" (lien archivé ici).
Ce retrait fait suite à la décision des autorités burkinabè de dénoncer "l’accord intergouvernemental (AIG) qui liait les armées françaises au Burkina Faso" en janvier 2023. "La fin de cet AIG a mis un terme à la coopération militaire entre le Burkina Faso et la France. Depuis, aucun militaire ou moyen français n'est présent dans le pays", conclut le courrier (lien archivé ici).
Sollicitée par l'AFP, l'armée ivoirienne n'avait, elle, pas donné suite à la date de publication de cet article.
Depuis l’arrivée des militaires au pouvoir au Burkina Faso, au Mali et au Niger, ces trois États réunis au sein de la confédération de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) ont tourné le dos à l’ancienne puissance coloniale et cherchent de nouveaux alliés, en se rapprochant notamment de la Russie.
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