Non, l'hydroxychloroquine ne peut être fabriquée à partir d'agrumes

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Une prétendue recette pour fabriquer de l'hydroxychloroquine soi-même à partir de citrons, de citrons verts et de pamplemousses a été partagée plus de 700 fois depuis au moins août 2021. Certains messages affirment également que ce mélange permettrait de lutter contre le Covid-19. Mais cela est faux : des experts pharmaceutiques ont expliqué à l'AFP que l'hydroxychloroquine ne peut être obtenue à partir de fruits. Par ailleurs, il n'existe actuellement aucune preuve de l'efficacité de la molécule pour traiter l'infection au SARS-CoV-2.

"Qu'est-ce que l'hydroxychloroquine exactement ? Ce n'est rien d'autre que de la quinine. Il faut juste 2 ingrédients : 3 pamplemousses et 3 citrons", peut-on lire dans des publications en français diffusées sur Facebook (1, 2), VK (1, 2, 3) et sur des sites internet (1, 2).

D'autres contenus proposent même la recette en vidéo sur Facebook (1, 2), TikTok, Twitter (1) ou encore sur la page VK d'Astrid Stuckelberger, une chercheuse suisse dont des propos sur le Covid-19 ont déjà fait l'objet d'une vérification par l'AFP.

Capture d'écran Facebook prise le 7 février 2022
Capture d'écran VKontakte prise le 7 février 2022

 

 

Ces recettes recommandent de prendre la peau de "deux-trois citrons" et "deux-trois pamplemousses", de recouvrir les pelures d'environ "5 centimètres" d'eau des pelures, de les laisser "mijoter pendant environ deux heures", et d'adoucir le tout avec "du miel ou du sucre". En outre, il est conseiller de laisser refroidir avec un couvercle "complètement [le mélange], car la quinine pourrait s'échapper dans la vapeur".

Des publications similaires circulent également en anglais (1, 2, 3), en espagnol (1, 2, 3) et en portugais.

La chloroquine est un médicament prescrit depuis plusieurs décennies contre le paludisme, un parasite véhiculé par le moustique. Son dérivé, mieux toléré, l'hydroxychloroquine, connu en France sous le nom de Plaquénil, est prescrit notamment contre le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde.

Avec l'émergence de la pandémie de Covid-19, les publications sur les réseaux sociaux concernant l'efficacité supposée du médicament contre la maladie se sont multipliées, comme ici, ce qui n'a jusqu'à présent pas été prouvé scientifiquement, comme l'a déjà vérifié l'AFP (1, 2, 3).

Dans les fruits ?

Il est "absolument faux [de dire] que l'hydroxychloroquine se trouve dans les fruits", a déclaré à l'AFP José Julián López, docteur en sciences pharmaceutiques et directeur du Centre d'information sur les médicaments de l'Université nationale de Colombie.

"L'hydroxychloroquine est un médicament d'origine synthétique, c'est-à-dire qu'elle ne peut être obtenue en laboratoire que par des voies chimiques synthétiques très bien standardisées. En outre, elle doit être élaborée avec les connaissances des professionnels de la chimie et de l'ingénierie chimique pour obtenir un procédé efficace", a-t-il expliqué.

Fabio Mayorga, docteur en pharmacie et professeur à l'Université pédagogique et technologique de Colombie, abonde : "il n'est pas possible de préparer un tel composé chez soi".

"Pour préparer un composé médicinal, aussi simple soit-il, il faut disposer d'une infrastructure spécialisée : [il faut] les bons réactifs, avec les bonnes caractéristiques, des équipements très sophistiqués, et surtout, il faut vérifier la pureté du produit", a-t-il déclaré.

Quinine et hydroxychloroquine

Les publications virales brandissent comme argument de cette recette supposée l'idée selon laquelle l'hydroxychloroquine "n'est rien d'autre que de la quinine", un ingrédient actif que "tout le monde peut faire à la maison".

"La quinine et l'hydroxychloroquine, ce n'est pas la même chose", a toutefois expliqué à l'AFP Juanita Vahos, chimiste pharmaceutique et membre du Centre pour les médicaments, l'information et le pouvoir de l'Université nationale de Colombie.

"La quinine est un alcaloïde [une substance chimique azotée généralement d'origine végétale qui peut avoir des usages pharmacologiques] qui est obtenu exclusivement à partir de l'écorce du quinquina", a déclaré Juanita Vahos.

Selon la chimiste pharmaceutique, c'est "à partir d'une série de modifications de la structure chimique de la quinine" que "l'hydroxychloroquine a été identifiée. Mais cette dernière a subi certaines modifications pour faciliter sa consommation et son administration aux êtres humains."

Pour sa part, Julián López a indiqué : "Toutes deux [la quinine et l'hydroxychloroquine] partagent évidemment certaines caractéristiques dans leur composition, mais elles ont des propriétés chimiques complètement différentes."

"La molécule de l'hydroxychloroquine est beaucoup plus simple que celle de la quinine, qui a été modifiée pour écarter certains effets indésirables. Par exemple, la quinine affecte grandement la vue et peut endommager la rétine et produire des altérations permanentes, tandis que l'hydroxychloroquine a davantage d'effets sur le cœur et un peu sur la vision, mais pas dans la même mesure que [la quinine]", a-t-il ajouté.

Quoi qu'il en soit, Juanita Vahos et Julián López ont souligné que, contrairement à ce que prétendent ces recettes virales, si la quinine peut être trouvée dans la nature, elle ne peut pour autant pas être fabriquée chez soi :

"Il faut beaucoup de substances chimiques pour l'extraire de la plante. Ce n'est pas quelque chose que vous pouvez faire facilement à la maison", a déclaré Juanita Vahos.

Julián López a également déclaré qu'il était faux de croire que la quinine pouvait être obtenue à partir de jus d'agrumes : "L'obtention de la quinine est terriblement complexe".

Quercétine et quinine

Les publications virales recommandent de couvrir le récipient de la prétendue préparation d'hydroxychloroquine jusqu'à ce qu'elle refroidisse pour éviter que ne s'échappe la "quinine" ou, comme le disent certaines versions de la recette, la "quercétine", un ingrédient présent dans divers fruits et légumes.

Mais la quinine et la quercétine sont des substances dont la structure chimique est différente. En outre, bien que les citrons, les citrons verts et les pamplemousses contiennent de la quercétine, il n'est pas possible d'obtenir de la quinine ou de l'hydroxychloroquine à partir de cette substance.

"La quercétine est un produit que l'on trouve dans diverses plantes et aliments, pas dans tous, et qui a des propriétés antioxydantes, mais elle n'a absolument rien à voir avec la quinine", a déclaré Juanita Vahos.

Pour sa part, Julián López a expliqué : "La quercétine est très loin d'être chimiquement similaire à la quinine. La quinine est un alcaloïde et la quercétine est un flavonoïde".

Il a précisé qu'"il n'existe pas de voie métabolique ou synthétique pour fabriquer de la quinine ou de l'hydroxychloroquine à partir de la quercétine".

Hydroxychloroquine et Covid-19

A ce jour, l'efficacité de l'hydroxychloroquine n'a pas été prouvée, ni dans la prévention, ni dans le traitement du Covid-19, comme le prétendent certaines publications. En outre, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et les organismes de réglementation des médicaments ne recommandent pas son utilisation chez les patients infectés.

Le 30 avril 2021, l'OMS a expliqué dans un communiqué qu'elle ne recommandait pas ce médicament pour le traitement de la maladie, fondant sa décision sur 30 études impliquant plus de 10 000 patients.

"L’hydroxychloroquine n’a réduit ni la mortalité, ni la nécessité de recourir à la ventilation artificielle, ni la durée de cette ventilation. La prise d’hydroxychloroquine en traitement contre la COVID-19 peut augmenter le risque d'arythmie cardiaque, de troubles sanguins et lymphatiques, de lésions rénales, ainsi que de troubles et d'insuffisance hépatiques", explique l'OMS.

Dans ce même communiqué, l'organisation a déclaré qu'elle ne le recommandait pas non plus pour la prévention de la maladie, sur la base de six essais impliquant plus de 6 000 patients.

"L’utilisation de l’hydroxychloroquine à titre prophylactique n’a eu que peu, voire pas d’effet sur la prévention de la maladie, des hospitalisations ou des décès dus à la COVID-19. La prise d’hydroxychloroquine à titre prophylactique contre la COVID-19 peut augmenter le risque de diarrhée, de nausées, de douleurs abdominales, de somnolence et de céphalées", a assuré l'OMS.

De même, le 15 juin 2020, la Food and Drug Administration (FDA), l'agence américaine du médicament, a révoqué l'autorisation qu'elle avait accordée le 28 mars 2020 pour l'utilisation en urgence de l'hydroxychloroquine et de la chloroquine chez les patients hospitalisés atteints de Covid-19.

L'agence a fait valoir la possibilité d'effets indésirables cardiaques graves et l'absence de bénéfice concernant la réduction de la mortalité ou l'accélération du rétablissement.

L'Agence européenne des médicaments (EMA) a indiqué que l'hydroxychloroquine et la chloroquine n'ont pas montré d'effets bénéfiques dans le traitement de l'infection et peuvent provoquer des effets secondaires, notamment des troubles du rythme cardiaque.

En France, en octobre 2020, l'Agence nationale de sécurité du médicament avait refusé d'accorder une recommandation temporaire d'utilisation à l'hydroxychloroquine, suivant les recommandations du Haut Conseil de la santé publique. L'agence avait justifié ce choix dans un communiqué, expliquant qu'"à ce jour, les données disponibles, très hétérogènes et inégales, ne permettent pas de présager d’un bénéfice de l’hydroxychloroquine, seule ou en association, pour le traitement ou la prévention de la maladie Covid-19".

Sur une page dédiée aux questions liées à l'efficacité de la chloroquine et de l'hydroxychloroquine contre le Covid et mise à jour le 25 octobre dernier, la Société Française de Pharmacologie et de Thérapeutique (SFPT), cette dernière indiquait : "à l'heure actuelle, les données disponibles concluent que l’hydroxychloroquine n’est pas associée à une réduction de la mortalité à 28 jours, de l’aggravation de la maladie, ni à une amélioration des symptômes".

Traduction et adaptation :
COVID-19