Le CPF plus utilisable pour financer le permis? Si, mais que dans certains cas
- Publié le 3 février 2026 à 17:59
- Lecture : 4 min
- Par : Cintia NABI CABRAL, AFP France
Le budget 2026, adopté le 2 février, a apporté des modifications aux règles d'utilisation du compte personnel de formation (CPF). Sur les réseaux sociaux, une publication affirmant qu'il ne pourrait désormais plus être utilisé pour financer le permis de conduire a largement circulé à partir de fin janvier. Mais si le budget 2026 restreint en effet les cas dans lesquels un CPF pourra financer un permis de conduire, cette possibilité ne disparaît pas totalement: les demandeurs d'emploi pourront encore y recourir, ainsi que certains salariés sous condition.
Le permis de conduire est de loin la première formation financée par le compte personnel de formation (CPF) (lien archivé ici). Dans une étude publiée en mai 2025, le département des études du ministère du Travail (Dares) a conclu que le permis B (voitures) "draine un quart des entrées en 2023, et représente le plus important volume de dépenses engagées dans le dispositif" du CPF (lien archivé ici), sachant que le coût du permis s'élève en moyenne de 1.500 à 2.000 euros.
Le budget de l'Etat pour 2026 prévoit toutefois de restreindre cette possibilité de financement (liens archivés ici et ici).
"Dans la France de Macron, à partir du 31 janvier, là, sachez que le CPF, vous pouvez plus passer votre permis avec. Ça, c'est une dinguerie, parce que là, je suis avec ma copine qui a une auto-école. Elle me dit que la majorité des jeunes, ils payent leur permis en CPF", s'indigne ainsi une internaute dans une vidéo TikTok partagée plus de 22.000 fois et qui a récolté près de 900.000 vues depuis le 24 janvier.
Selon elle, cette mesure concernerait toutes celles et ceux "qui ont du CPF" et "qui doivent passer leur permis voiture, [...] permis auto, manuel, permis moto [et] permis poids lourd". "Bloquez vite votre CPF", insiste-t-elle dans cette vidéo, également relayée sur YouTube et TikTok (1, 2, 3), affirmant qu'il s'agit d'"une urgence", car "le 31 janvier, c'est terminé".
Mais l'affirmation selon laquelle il serait désormais impossible de financer un permis de conduire avec le CPF est inexacte.
Seuls les permis B et A2 concernés
La publication virale affirme que la mesure visée toucherait les permis "moto", "voiture" et "poids lourd" (C, C1, C1E), mais seuls les permis A2 (moto) et B (voiture) sont concernés par la réforme (liens archivés ici, ici et ici).
Le ministère du Travail et des Solidarités rappelle que la préparation aux permis B et A2 est éligible au CPF depuis 2018 (lien archivé ici). Mais "six ans après sa mise en œuvre, un examen rétrospectif du dispositif invite à s'interroger sur son efficacité réelle, tant du point de vue de l'insertion professionnelle que de l'efficience de la dépense publique", estime-t-il.
Le ministère souligne que "le financement via le CPF n'a pas entraîné de hausse significative du nombre de permis délivrés". Et il juge nécessaire de "garantir le caractère réellement professionnel de la prise en charge du permis par les crédits CPF, puisque cela est financé par les fonds de la formation, ce qui n'est pas toujours le cas aujourd'hui". Il ajoute que les fonds mobilisés ne proviennent pas de cotisations salariales directes, mais de cotisations versées par les employeurs, "contrairement à ce que disent les auto-écoles".
Plusieurs auto-écoles, dont le groupe ECF (Ecole de Conduite Française), ont en effet critiqué la réforme, estimant qu'elle allait conduire à une baisse du nombre de candidats au permis B, ainsi qu'à des difficultés accrues pour l'accès à l'emploi et la mobilité, notamment dans les territoires ruraux et périurbains (lien archivé ici).
"Cette mesure est jugée par l'ensemble du groupe ECF comme restrictive et discriminante, car elle créerait de nouvelles fractures sociales et territoriales. Cela accentuerait les inégalités entre les métropoles bien desservies et les territoires ruraux et périurbains, où le permis de conduire constitue souvent la seule solution de mobilité", a déclaré Patrick Mirouse, président du groupe ECF, dans une lettre adressée au Premier ministre français le 27 janvier.
Une restriction ciblée
Mais contrairement à ce qui est suggéré dans la vidéo, le financement du permis par un CPF restera possible dans certains cas.
Dans un message adressé à l'AFP, le ministère a expliqué que le PLF avait intégré "un amendement du Sénat" visant à recentrer l'éligibilité du permis B et A2 au CPF sur sa finalité première, à savoir : "l'accès à l'emploi". Désormais donc, seuls les demandeurs d'emploi et les salariés ayant besoin d'un permis dans le cadre de leur projet professionnel pourront mobiliser leur CPF à cette fin.
"Ainsi aucun actif ne pourra se voir refuser la mobilisation de son compte personnel pour financer le permis si cette mobilisation s'inscrit dans le cadre d'un projet professionnel avéré", assure le ministère, précisant que la réforme "permettra de faire 250 M d'euros d'économies dont 150 M d'euros au titre de 2026".
Cette orientation a été confirmée le 28 janvier à l'Assemblée nationale par Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, lors d'un échange avec la députée Catherine Ibled (Ensemble pour la République) (liens archivés ici, ici et ici). Le ministre a indiqué avoir "ajusté l'usage du CPF aux demandeurs d'emploi" et, plus largement, "aux salariés inscrits dans un projet professionnel", lesquels peuvent par ailleurs bénéficier d'un "cofinancement de leur entreprise".
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