Montage réalisé le 30 janvier 2026 par l'AFP, des différentes étapes de l'escroquerie en ligne usurpant l'image de Brigitte Bardot.

"Le dernier secret de Brigitte Bardot" : derrière ce récit inventé, une escroquerie en ligne bien rôdée

Icône du cinéma devenue passionaria de la cause animale, Brigitte Bardot est décédée le 28 décembre 2025. Depuis, sur les réseaux sociaux, des publications ciblées redirigent vers de faux articles de presse relatant son prétendu enrichissement grâce à une plateforme de trading en ligne qui serait mentionnée dans son testament. Derrière ce récit inventé se cache un mécanisme d'escroquerie bien rôdé, incitant les internautes à investir des sommes importantes en ligne pour les leur dérober. L'AFP a recueilli les témoignages de plusieurs victimes de ce type d'arnaque et échangé directement avec l'une des plateformes frauduleuses en se faisant passer pour un client potentiel.

Brigitte Bardot, icône du 7e art, de la défense des animaux... et des investissements financiers en ligne ? Près d'un mois après sa mort à l'âge de 91 ans, la star est au coeur d'une campagne de publicités trompeuses diffusées sur Facebook, Instagram et LinkedIn. 

Selon la légende accrocheuse accompagnant ces publications - qu'on trouve aussi sur X -, le contenu du "testament de Brigitte Bardot", qui n'aurait "jamais dû être rendu public", aurait en effet "bouleversé la France".

En cause : une surprenante dernière volonté prétendument exprimée par la nonagénaire.

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Capture d'écran réalisée sur la bibliothèque publictiaire de Meta, le 20 janvier 2026.

Pour la découvrir, l'internaute est incité(e) à cliquer sur ces publications redirigeant vers un faux article du Monde prétendument co-signé avec l'AFP et intitulé "La dernière surprise de Brigitte Bardot : pourquoi la légende du cinéma français a laissé à ses héritiers une plateforme d'investissement au lieu de millions."

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Captures d'écran des faux articles sur Brigitte Bardot usurpant l'identité graphique du Monde et croix rouges ajoutées le 22 janvier 2026 par l'AFP.

Si les versions du faux article diffèrent selon les publications, le récit reste toujours le même : au crépuscule de son existence, Brigitte Bardot aurait gagné d'importants revenus grâce à une plateforme de transaction sur les marchés financiers automatisée par intelligence artificielle (IA).  

"Pendant les deux dernières années de sa vie, Brigitte Bardot s'est sérieusement intéressée au trading algorithmique. Mais pas du type traditionnel - pas de hedge funds ni de banquiers privés. Elle utilisait Syntorax Bot, une plateforme automatisée basée sur l'intelligence artificielle", peut-on ainsi lire dans l'une de ces versions.

"En deux ans sur Syntorax Bot, Bardot a accumulé 3,2 millions d'euros. Mais [...] elle n'a pas dépensé un centime. L'argent s'est simplement accumulé sur la plateforme, se transformant en une sorte d'expérience numérique de ses dernières années", poursuit le texte, illustré d'un prétendu relevé bancaire de la Banque de France au nom de Brigitte Bardot, indiquant des "revenus de la plateforme d'investissement" d'un montant de 3,2 millions d'euros. 

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Capture d'écran d'un faux article sur l'héritage de Brigitte Bardot, réalisée le 22 janvier 2026.

Chaque faux article contient différents liens vers la plateforme en question, systématiquement présentée comme un moyen de s'enrichir facilement et sans risque. 

En cliquant sur celui de la plateforme "Mon Vaul", l'internaute se retrouve par exemple face à une prétendue fenêtre de conversation avec une "gestionnaire personnelle" nommée "Madeleine D", qui lui promet de "bénéficier des actions de sociétés françaises et étrangères" pour "gagner dès les premières semaines à partir de 250 euros".

Pour ce faire, il lui est demandé de répondre à une série de questions sur sa nationalité, son âge, sa situation familiale, son type de carte bancaire et son domaine d'activité professionnelle puis d'indiquer ses coordonnées. 

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Capture d'écran du formulaire de contact "Mon Vaul" réalisée le 22 janvier 2026.

Mais ces récits - concernant au moins cinq plateformes différentes, selon les observations de l'AFP - sont de pures inventions visant à arnaquer les internautes, en les incitant, à travers une promesse de placements financiers avantageux, à transférer leur argent à des escrocs.  

Jointe par l'AFP le 21 janvier 2026, la Fondation Brigitte Bardot a dénoncé un "texte truffé de mensonges et fausses informations" et déploré une campagne "risible" : "Comment imaginer un instant qu'une dame de 91 ans, qui ne s'est jamais intéressée de près ou de loin aux investissements financiers, se soit dans les dernières années de sa vie, depuis deux ans de surcroit, intéressée au trading algorithmique, précision faite qu'il s'agirait du trading non conventionnel mais à travers une plateforme automatisée par l'intelligence artificielle..."

La Fondation Brigitte Bardot a également pointé la mention, dans l'un de ces textes, d'une assistante personnelle de l'actrice nommée Rosita alors qu'il n'y "a jamais eu de Rosita dans l'entourage de Brigitte Bardot".

En outre, la Banque de France a confirmé à l'AFP le 26 janvier 2026 que le prétendu relevé de compte bancaire au nom de l'actrice était un faux.

Face aux détournements répétés de son image, le Groupe Le Monde avait pour sa part porté plainte, dès mars 2024, pour "usurpation d'identité numérique", "contrefaçon de marque", "pratiques commerciales trompeuses" et "escroquerie" (lien archivé ici).

L'un des faux articles de janvier 2026 sur Brigitte Bardot prétend également que la star aurait légué "51% de la gestion de la Fondation Brigitte Bardot" à Christophe Marie, "son directeur de longue date". Or, ce dernier a quitté son poste de directeur adjoint de la Fondation à l'été 2024, comme il l'a confirmé à l'AFP le 20 janvier 2026, en déplorant cette allégation "fantaisiste" - également démentie par la Fondation Brigitte Bardot.

Cette infox autour de l'actrice s'inscrit plus largement dans une récente série d'arnaques en ligne ayant dupé de nombreuses victimes, dont l'AFP a pu établir le mode opératoire grâce à plusieurs témoignages et à un échange direct avec une des opératrices de cette escroquerie. 

Un phénomène de grande ampleur, comme l'a expliqué le 22 janvier 2026 à l'AFP Jocelyn Ziegler, avocat spécialisé en accompagnement des victimes d’arnaques sur Internet au sein du cabinet Ziegler & Associés (lien archivé ici) : "Ce type d'escroquerie financière au trading en ligne représente environ 4.000 dossiers traités dans notre cabinet depuis six ans. Nous avons reçu 25.000 signalements en cinq ans mais nous n'acceptons que les dossiers où la victime a perdu a minima 10.000 euros.

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Le logo de l'Autorité des marchés financiers, le 23 novembre 2017 à Paris. (AFP / ERIC PIERMONT)

Upifex, une arnaque à 46.150 euros pour Isabelle

Isabelle et Serge (prénoms d'emprunt) font partie des victimes qui ont engagé une procédure dans l'espoir de récupérer leur argent. 

Pour Isabelle, veuve retraitée de 73 ans, l'arnaque commence en juin 2025, lorsqu'elle clique sur une publication Facebook sponsorisée mettant en scène Bernard Arnault, PDG du numéro un mondial du luxe LVMH.

"Il conseillait d'investir 250 euros pour gagner plus d'argent", se souvient la retraitée et veuve de 73 ans, qui communique ses coordonnées à la plateforme mise en avant, Upifex. 

Isabelle est ensuite rapidement contactée au téléphone par des personnes qui se présentent comme des employés d'Upifex : un certain Raphaël Montagnier, son interlocuteur principal, mais aussi Mélanie Moreau "pour ouvrir le compte" et Victoria Guerlin qui lui transmet les "demandes de virement".

Après un envoi initial de 250 euros via PayPal, fin juin, Isabelle constate, sur la prétendue plateforme de trading associée, que le cours de l'or, sur lequel elle pense avoir investi son argent, monte.

Les représentants d'Upifex l'appellent régulièrement et lui suggèrent de réinvestir. Le 4 juillet, elle verse ainsi 10.000 euros supplémentaires, puis, le 24 juillet, 31.000 euros de plus - "une grosse bêtise", regrette-t-elle aujourd'hui. 

En août, d'après les cours indiqués sur la plateforme d'Upifex, ses investissements lui auraient permis de gagner plus de 34.000 euros. Mais le même mois, un quatrième interlocuteur, Stéphane Tissot, entre en scène et adopte un tout autre ton que ses prétendus collègues. 

"Il me disait qu'ils avaient investi pour moi, qu'ils avaient des avances de frais, il m'a menacé de procès, de faire appel à des avocats... Il était très agressif, menaçant, et m'a fait un peu peur. C'est pour ça que j'ai refait un virement de 6.500 euros le 21 août sous la menace", se souvient Isabelle, qui aura versé au total 46.150 euros aux escrocs, avant de découvrir, en septembre 2025, qu'Upifex figurait depuis le mois de mai sur la liste noire des sociétés et sites non autorisés de l'Autorité des marchés financiers (AMF ; liens archivés ici et ). 

"J'ai trop honte de cette bêtise [...] Je me prive de tout [financièrement]. Ca a un impact sur ma santé, sur ma vie. Je ne dors plus, je ne mange plus. Je ne pense qu'à ça jour et nuit", confie Isabelle, qui n'a pas osé parler de sa situation personnelle à ses proches. 

"Là, au minimum, il faut mettre 10.000 euros" 

Serge, 76 ans, ancien ingénieur militaire, s'est lui fait piéger sur les réseaux sociaux en septembre 2025 par une publication sponsorisée évoquant le conséquent portefeuille numérique qu'aurait légué le couturier italien Giorgio Armani à sa mort. 

"Elle disait que Giorgio Armani se distrayait en faisant du trading en ligne, et qu'il avait fini en peu de temps par gagner 170.000 euros. J'étais un peu surpris qu'Armani s'amuse à faire ça mais je me suis dit : 'Bon, il se distrait peut-être avec ça pour s'amuser, pourquoi pas'", explique le retraité. 

Intrigué, Serge s'inscrit sur la plateforme de trading associée, TradeCapital24 (listée comme une arnaque en novembre 2025 sur le site de Ziegler & Associés ; lien archivé ici). Il reçoit très vite un appel d'un interlocuteur de la plateforme et transfère par PayPal la somme de 200 euros demandée pour débuter.

"Trois ou quatre jours après, j'ai été appelé par ce conseiller financier qui disait s'appeler Michael Kessler. Il m'a expliqué beaucoup de choses, qu'il avait des voitures, des machins, des trucs à Dubaï, qu'il était Suisse et connu à Genève. Et donc il a commencé à me construire un portefeuille", se souvient-il à propos de cette plateforme de trading censée permettre d'investir sur différentes valeurs : monnaie, gaz, pétrole... 

"J'ai trouvé ça intéressant parce qu'en deux ou trois jours, ça prenait des profits. Je me disais 'bon, en si peu de temps ça fait tant de pourcentages, dans un an, on est millionnaire, milliardaire, quoi!' Ca aurait été le cas si ça avait été une vraie plateforme", explique Serge, qui laisse son "conseiller" prendre la main à distance sur son smartphone, via une appli dédiée, pour gérer ces investissements sur la plateforme de cryptomonnaie Crypto.com. 

Il envoie donc un virement supplémentaire de 2.000 euros puis se voit conseiller par le prétendu Michael Kessler d'investir gros sur le gaz naturel, une valeur soi-disant en pleine hausse : "Il m'a dit : 'Là, au minimum, il faut mettre 10.000 euros'."

Serge suit sa suggestion puis, plus tard, lorsque son portefeuille numérique clignote en rouge, signe d'une supposée perte d'argent, son conseiller lui suggère de réinvestir sous peine de perdre tous ses bénéfices - il transfère donc 8.000 euros de plus.

Au total, en l'espace d'une dizaine de jours, Serge investit 25.000 euros. Mais lorsqu'il annonce vouloir récupérer un peu de son profit, son conseiller lui réclame 40.000 euros "pour la sécurité anti-blanchiment".

"Je lui explique que je ne peux pas mettre 40.000 euros et il me dit : 'Bon, écoutez, je vais voir un peu avec la direction ce qu'on peut faire'. Sur mon compte TradeCapital 24, sur leur site, j'ai envoyé des messages mais je n'ai jamais eu de réponse", explique Serge.

Le portefeuille réapparaît un temps, après que Serge a confié envisager d'investir un million d'euros en hypothéquant sa maison. "Ca a continué à fonctionner. Et puis un jour, tac, il a disparu. Plus de photos, plus rien, plus de contacts", relate le retraité.

Il est alors contacté par une femme qui prétend s'appeler Clara Ballmer : "Elle m'a dit : 'Oui, Michael, c'est un de nos meilleurs traders. Il est reparti à Dubaï, mais il reviendra'." Son interlocutrice lui suggère de réinvestir 8.000 euros, mais il refuse. 

Inquiété par le fait de ne pas pouvoir retirer son argent, Serge finit par découvrir, par des recherches en ligne, que la plateforme est frauduleuse. Comme Isabelle, il a depuis porté plainte à la gendarmerie et contacté le cabinet Ziegler & associés.

Une fausse application avec de "l'argent fictif"

"L'usurpation d'identité gagne du terrain, que ce soit celle des autorités et de leurs collaborateurs, celle des établissements financiers et de leurs conseillers ou encore celle d'entreprises non financières", a indiqué l'Autorité des marchés financiers (AMF) à l'AFP le 22 janvier 2026, précisant qu'en 2025, 2.137 cas d'usurpation ont été déclarés sur sa plateforme Epargne Info Service, contre 1.868 l'année d'avant.  

"Les vidéos truquées et les faux articles de presse dans lesquels des personnalités divulgueraient par mégarde la source de leur richesse, obtenue grâce à une prétendue offre d'investissement, se révèlent être de pures arnaques", poursuit l'AMF, qui a déjà observé "d'autres campagnes frauduleuses" autour "de faux testaments de personnes célèbres récemment décédées".

Contacté par l'AFP, le Service d'information et de communication de la police nationale (Sicop) n'a pas été en mesure de répondre aux questions sur l'ampleur de ces escroqueries avant la parution de l'article. 

Comme l'explique Jocelyn Ziegler, l'arnaque utilisée autour de l'image de Brigitte Bardot comme d'autres personnalités françaises est parfaitement rôdée : "[Les escrocs] vous balancent des discours, ils n'arrêtent pas de vous parler pour essayer de vous retourner le cerveau et ils arrivent à vous convaincre d'investir davantage."

"Ils ont mis en place un schéma financier qui est le suivant : l'argent part du compte bancaire pour aller sur des plateformes en ligne telles que Crypto.com, Binance ou sur des banques en ligne telles que Revolut ou N26. Une fois que l'argent se retrouve sur ces plateformes, ils fournissent un IBAN ou une clé wallet où envoyer l'argent, en faisant croire qu'il va arriver sur votre propre portefeuille", poursuit l'expert.

"Sauf qu'en réalité tout ce que [voit la victime] sur le fameux wallet, l'application, c'est un programme informatique, c'est-à-dire que dessus, il n'y a que de l'argent fictif, il n'y a rien de vrai, tout ceci est un mensonge", conclut-il. 

Un prétendu risque de perte de "1% maximum"

L'AFP a pu observer plusieurs de ces mécanismes d'arnaque en indiquant des coordonnées fictives et un numéro de téléphone sur "InvestPro AI", un site mis en avant dans l'un des faux articles sur Brigitte Bardot.

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Capture d'écran du site "InvestPro AI" réalisée le 27 janvier 2026.

Une fois ce formulaire rempli, on se retrouve sur la plateforme de "Capital Dynamics LTD", on y trouve une liste de sites de cryptomonnaies.

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Capture d'écran du site "Capital Dynamics LTD" réalisée le 27 janvier 2026.

Mais également de quoi suivre le cours de différentes valeurs financières, selon différentes devises.

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Capture d'écran du site "Capital Dynamics LTD" réalisée le 27 janvier 2026.

Un onglet du site permet d'envoyer une copie de sa carte d'identité et un selfie, ainsi que les coordonnées de sa carte bancaire.

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Capture d'écran du site "Capital Dynamics LTD" réalisée le 27 janvier 2026.

Car "les escrocs ne s'arrêtent pas à la première escroquerie", comme l'explique Jocelyn Ziegler : "Ces éléments-là sont très importants pour eux, en plus des autres données à caractère personnel sensible [...], parce qu'avec ces informations, ils arrivent à ouvrir des comptes bancaires en ligne au nom de leur victime ou alors à ouvrir des comptes de société.

"Beaucoup de victimes se rendent compte un an ou deux ans après qu'il y a des comptes bancaires qui sont ouverts en leur nom. Soit les escrocs s'en servent comme compte de dépôt - ils y mettent de l'argent et le transfèrent -, soit ils l'utilisent comme compte de société pour ouvrir des lignes de crédit et ensuite faire fermer la société", poursuit l'avocat.

Quelques minutes seulement après la transmission de nos coordonnées téléphoniques à la plateforme Capital Dynamics LTD, nous recevons l'appel d'une femme qui nous demande : "Vous avez fait une demande d'information auprès de nous pour la cryptomonnaie avec de l'intelligence artificielle ? C'était de la curiosité ou vous aviez envie d'avancer ?"

En réponse à notre curiosité feinte dans ce domaine, celle qui se présentera plus tard sous le nom de Stéphanie Chancel nous liste les attributs de la prétendue plateforme : "C'est une intelligence artificielle qui va générer des profits pour vous, c'est une autogestion, ça veut dire que le logiciel qui est installé auprès de nous fait en sorte que lorsque le client investit, la première fonctionnalité de l'IA, c'est de sécuriser l'investissement du client, d'accord ?"

"Pour faire court, le risque de perte auprès de nous, de notre gestion, de notre plateforme, il est totalement amoindri, voire égal à 1% maximum s'il y en a un par défaut", poursuit-elle, tout en vantant les avantages d'un prétendu "effet de levier" qui permettrait "plus de largesse dans les marchés financiers" et d'assurer des "dividendes [...] beaucoup plus importants". 

Une rhétorique anxiogène et anti-banques

Elle poursuit son discours en nous demandant des informations sur notre situation personnelle : profession, situation conjugale et familiale, banque souscrite, épargnes éventuelles et notre âge.

Lorsque nous lui faisons remarquer que le nom de la plateforme pour laquelle elle dit travailler, Capital Partners LTD, n'est pas le même que celui du site où nous nous sommes inscrits, elle prétend s'être trompée parce qu'elle travaille sur les deux plateformes.

Et quand nous prétendons une inquiétude à l'idée que notre banque juge de tels virements suspects et ne les bloque, son discours devient plus offensif : "Vous leur dites : 'écoutez, c'est un investissement personnel'. Vous n'avez pas du tout à développer. C'est votre argent !"

"Moi, j'étais ancienne gestionnaire de comptes au Crédit Agricole pendant 10 ans, dans le sud. En fait, ils font effet de dictature, les banques (sic)", poursuit-elle, avant de multiplier des affirmations infondées : "Dans toutes les banques, bientôt, vous n'aurez plus de personnes physiques. Et la BCE [Banque centrale européenne] prévoit beaucoup de surprises", "La loi Sapin, qui avait été votée en 2016, elle stipule qu'en cas de crise économique ou de guerre mondiale, l'Etat peut vous saisir jusqu'à 35% de votre épargne. Et jusqu'à 15% des assurances-vie !"

Lorsqu'elle nous sent hésitant à l'idée d'investir, la prétendue Stéphanie Chancel joue la carte de la peur, en soulignant que n'avoir qu'un livret A - comme nous lui avons prétendu - "est très, très risqué" et ne rapporte qu'une "misère" alors qu'investir dans cette plateforme offrirait "une garantie de sécurité pour l'avenir". 

Elle prétend ensuite avoir ouvert, le matin même, un compte "assez conséquent" avec "un ancien directeur de la banque Barclays" de 75 ans, ravi d'être aussi bien accompagné, avant de redire qu'elle peut nous envoyer "un lien crypté" si nous souhaitons investir.

La femme au bout du fil fait aussi à un moment référence à différentes personnalités dont l'identité a récemment été usurpée pour vanter ce type de plateforme frauduleuse. A l'en croire, les salariés de Capital Dynamics LTD n'auraient pas été "trop contents" de voir Bernard Arnault et Elise Lucet faire leur publicité en vantant cette "très bonne plateforme" car ils se seraient retrouvés ensevelis sous le travail et les appels d'investisseurs intéressés. 

Sur ce point, Jocelyn Ziegler précise : "Elise Lucet est l'une des personnalités qui a été le plus visée [dans ces arnaques], notamment en 2025. On a aussi vu Anne-Claire Coudray. A elles seules, elles représentent à peu près 40% des arnaques [traitées dans notre cabinet] sur l'année 2025."

Dès mars 2024, la journaliste de France Télévisions avait dénoncé "une campagne coordonnée de posts malveillants" utilisant son image pour promouvoir des "contenus complètement faux" avant de ré-alerter sur cette usurpation en octobre 2025, sur son compte TikTok (liens archivés ici et ici). 

Mais "Stéphanie Chancel" prétend aussi que sa plateforme est fiable, en citant la liste noire de l'AMF des sociétés et sites non autorisés : "Vous avez des sociétés qui sont blacklistées, parce que ce sont des sociétés qui sont malhonnêtes. Donc, vous pouvez rechercher dans la blacklist au niveau de l'AMF, l'autorisation des marchés financiers (sic). Vous verrez que notre société n'apparaît pas. C'est une société qui est transparente."

Or, comme l'AMF l'indique elle-même sur son site, l'absence d'une plateforme dans sa liste ne signifie pas qu'elle est fiable pour autant, car "de nouveaux acteurs non autorisés apparaissent régulièrement". 

Ainsi, à la date du 30 janvier 2026, aucune des cinq plateformes dénombrées par l'AFP dans les faux articles sur Brigitte Bardot - Syntorax Bot, Mon Vaul, Finoya Trévis, InvestproAI, Élan Gaintriva - n'y figurait, alors qu'elles étaient bien actives au même moment.

Une indemnisation à hauteur de 70% en cas de victoire judiciaire

Pour se prémunir de ces arnaques, l'AMF conseille de "se méfier des offres d'investissement irréalistes garantissant des gains rapides et faciles", "se renseigner avant d'investir en s'appuyant sur plusieurs sources", "ne pas céder à l'urgence ou aux pressions de son interlocuteur, et prendre le temps de la réflexion", ou encore de "protéger ses données personnelles, mêmes non bancaires".

Et si l'on a été victime d'une telle escroquerie, le meilleur espoir de récupérer une partie de ses pertes consiste à engager une procédure juridique, ainsi que le détaille Jocelyn Ziegler. 

"Via la procédure pénale, lorsque vous avez subi une escroquerie financière, vous déposez obligatoirement plainte contre X. Parce que si vous dirigez la plainte contre la plateforme [arnaqueuse], la police, une fois qu'elle se rendra compte qu'en fait, cette plateforme n'a pas d'identité juridique, elle va faire un classement sans suite en disant que l'entité n'existe pas, alors que la plainte contre X permet d'élargir au maximum les pouvoirs et de permettre à la police d'aller bien au-delà de cette fameuse plateforme et ainsi de faire une enquête de traçabilité", explique-t-il.

"L'argent, on ne le récupère jamais via les escrocs mais via les procédures parallèles", ajoute Jocelyn Ziegler, précisant : "Lorsqu'il y a un comportement anormal sur l'utilisation de votre compte bancaire, que vous commencez à envoyer beaucoup d'argent sur des plateformes en ligne alors que vous n'aviez pas cette habitude, normalement, votre banque est censée vous contacter à titre personnel pour vous poser une série de questions, pour comprendre les différentes démarches et vous inviter signer une décharge de responsabilité.

Et de poursuivre : "Si elle ne l'a pas fait, à ce moment-là, elle engage sa propre responsabilité via son assurance, c'est-à-dire que la victime est en droit de saisir sa propre banque car, vis-à-vis du Code monétaire financier, il y a une inexécution d'obligation de vigilance, d'information et de sécurité. Par conséquent, on va demander la mise en application de l'assurance bancaire."

Si, de l'expérience de l'avocat, les banques refusent majoritairement cette demande, l'espoir des victimes repose ensuite sur le tribunal judiciaire, qui "suit de plus en plus la jurisprudence de la Cour de cassation" en retenant la responsabilité des banques et en permettant, selon lui, d'envisager par ce biais des indemnisations "à hauteur de 70-75%" du préjudice.

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