Attention à cette vidéo trompeuse censée montrer la propriétaire du bar incendié en Suisse
- Publié le 12 janvier 2026 à 18:17
- Lecture : 3 min
- Par : Jean-David TEISSIER, AFP France
L'incendie d'un bar de la station de ski suisse de Crans-Montana, qui a fait 40 morts et 116 blessés lors de la nuit du nouvel an, a suscité une forte émotion, ainsi que la diffusion sur les réseaux sociaux de nombreuses images censées montrer les lieux du drame, parfois trompeuses. Une vidéo prétendant montrer la copropriétaire de l'établissement "en train de s'échapper" lors de l'incendie, avec la recette de la soirée, a ainsi largement circulé. Mais il s'agit en réalité d'images de vidéosurveillance issues d'une banque d'images, sans lien avec l'incendie.
Selon des médias italiens, la copropriétaire du bar Le Constellation, Jessica Moretti, aurait été filmée en train de quitter l'établissement "avec la caisse", alors que l'incendie avait commencé. L'AFP n'a pas pu infirmer ou confirmer cette information, que de nombreuses publications sur les réseaux sociaux ont relayée en l'accompagnant d'images de vidéosurveillance.
"La propriétaire du bar filmée en train de s’échapper avec la caisse d’argent", indique ainsi une vidéo publiée le 8 janvier 2026, accumulant plusieurs milliers de partages et plus d'1,5 million de vues sur TikTok.
Les premières secondes montrent une image striée, caractéristique de la vidéosurveillance, sur laquelle une femme traverse un parking, besace à l'épaule et capuche enfilée. Le sous-titre "les images de vidéosurveillance" suggère que ces images montrent la copropriétaire du bar.
Le reste du contenu revient sur les suites de l'enquête sur l'incendie, à l’aide d'images authentiques et d'illustration.
Parmi les milliers de commentaires, de nombreux utilisateurs expriment leur stupéfaction. "Elle marche tellement sereinement… C'est une dinguerie", s'exclame un internaute. "Elle a même eu le temps d'enfiler son manteau. On aurait dit que l'incendie est volontaire."
D'autres formulent des doutes sur la personne visible dans la vidéo: "et si ce n’était pas elle car c’est difficile de l’identifier sur la vidéo, bizarre…". Il s'agit d'une "vidéo d’illustration pour faire le buzz !", estime une utilisatrice du réseau social.
La séquence est malgré tout devenue virale. Elle a été reprise le jour-même sur plusieurs plateformes, à l’instar de X, Facebook ainsi que YouTube, cumulant plus de deux millions de vues et des milliers de partages.
A l’origine de cette vidéo, un compte TikTok suivi par 145.000 personnes : Le Journal Actu. Son propriétaire dispose d’une constellation de comptes couvrant l'actualité des faits-divers.
Il dirige les comptes ActuOne.Tv et actu.one.tv sur la plateforme. Sur Facebook et Instagram, le média est intitulé Actuali-TV mais propose les mêmes contenus.
Ces derniers montrent de légers changements dans la charte graphique. Ici, la couleur dominante est le bleu ; là, le rouge est privilégié. La mention "Le Journal actu" ou "ActuOneTV" change également donnant l’illusion d’une multiplicité des médias couvrant cette actualité.
Une vidéo issue d’une banque d’images en ligne
Afin de vérifier cet extrait, l’AFP a procédé dans un premier temps à une recherche d’image inversée à partir d'images issues de l'extrait vidéo. Sans résultats.
Mais le détenteur du compte qui a diffusé cette séquence, contacté par l'AFP, a admis que "la vidéo utilisée dans la publication n’est pas la véritable vidéo de caméra de surveillance de Crans-Montana". Selon ses propres aveux, elle proviendrait "d’un site d’images et vidéos libres de droit, utilisée uniquement à des fins d’illustration".
Une recherche par mots-clés sur différentes banques d'images permet de retrouver la vidéo d’illustration originale. Le détenteur des droits RockfordMedia, un artiste actif sur ces plateformes depuis une dizaine d'années, l’a publiée sur Pond5, Dreamstime ou encore iStock (archives ici, ici et ici).
La vidéo est intitulée "CCTV [closed-circuit television, NDLR] suivi de personne anonyme dans la ville, crime, concept de preuve". Elle fait partie d'une série dédiée aux anonymes suivis par vidéosurveillance, pour une exploitation commerciale.
Aucun de ces sites ne donne accès gratuitement au contenu et à son exploitation sans que n’apparaisse le filigrane de la banque d’images utilisée. Après comparaison, seule la vidéo disponible sur Shutterstock correspond, après recadrage, à l’extrait utilisé (archive ici).
L'auteur du clip a souhaité "témoigner de [sa] bonne foi et éviter toute ambiguïté" en le supprimant. Néanmoins, au 12 janvier, seule la vidéo du compte TikTok a été effacée, mais elle reste disponible sur ses autres comptes, cumulant des milliers d’interactions.
L’AFP a déjà vérifié plusieurs vidéos décontextualisées prétendant montrer les événements de la soirée de l’incendie.
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