Le BCG est un vaccin ancien jugé efficace et sûr contre la tuberculose

Copyright AFP 2017-2022. Droits de reproduction réservés.

Un message qui avait été partagé sur les réseaux sociaux au plus fort de la pandémie de Covid en 2020 resurgit en octobre 2022 en Afrique francophone et alerte sur des "tests" d'un "nouveau" vaccin appelé BCG, qui seraient en cours dans "24 pays africains". Mais ces publications font plusieurs confusions. En réalité, le BCG est le nom du vaccin contre la tuberculose, qui existe depuis un siècle et qui a prouvé son efficacité. Par ailleurs, des essais cliniques pour évaluer une éventuelle efficacité du BCG contre le Covid ont bien été menés (y compris dans des pays hors d'Afrique) mais sans être concluants à ce jour.

Selon cette rumeur relayée sur WhatsApp et par des dizaines de publications récentes sur Facebook (1,2,3...) en Afrique francophone (Cameroun, Congo, Burkina Faso …), 46 chercheurs "iront lundi" tester un "nouveau vaccin appelé BCG dans 24 pays africains".

Capture d'écran des résultats d'une recherche de publications sur Facebook, réalisée le 31 octobre 2022

Le vaccin BCG n’est pas nouveau

Le message qui circule alerte sur "un nouveau" vaccin appelé BCG dont on ignorerait "les effets secondaires". En réalité, le BCG ou Bacille Calmette et Guérin, du nom de ceux qui l’ont découvert, existe depuis un siècle pour traiter la tuberculose.

Juillet 2021 marquait les 100 ans de la première vaccination d’un nourrisson avec le BCG. Après de nombreuses recherches pour soigner la tuberculose, c’est en effet en juillet 1921 que le premier essai sur un nourrisson est réalisé par deux chercheurs de l’Institut pasteur: Calmette et Guérin.

Sur recommandation de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), ce vaccin a été introduit en 1974 dans le calendrier vaccinal du Programme élargi de vaccination (PEV) pour les nourrissons." Les politiques de vaccination par le BCG diffèrent largement d' un pays à l' autre", précise l’institution dans un document consacré à ce vaccin. Lequel contribue à réduire le taux de mortalité de la tuberculose qui en 2020, a tué 1,5 million de personnes dans le monde, selon l’OMS. L’Asie du sud-est et la région Afrique étant les plus touchées.

D’autre part, la pandémie du Covid a eu une grande incidence sur la recrudescence des cas depuis 2021, selon l'OMS. Les ressources humaines et financières ont été réorientées vers la lutte contre cette pandémie, entraînant "la perturbation des services de santé essentiels de la lutte contre la tuberculose", déclarait en 2021 le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS.

Il tirait déjà une sonnette d'alarme, "face au besoin urgent d’investissements et d’innovation pour combler les lacunes en matière de diagnostic, de traitement et de soins pour les millions de personnes touchées par cette maladie ancienne qui est toutefois évitable et traitable."

Dans un autre communiqué de presse publié le 27 octobre 2022, l'OMS insiste sur la corrélation entre la pandémie du Covid et l’augmentation du nombre de décès causé par la tuberculose. Son rapport révèle qu'environ 10,6 millions de personnes ont développé la tuberculose en 2021, soit une augmentation de 4,5 % par rapport à 2020.

Des tests en cours à travers le monde

Le message viral, diffusé sous forme de capture d’écran d’un post publié sur Facebook, laisse supposer que des tests "d'un nouveau vaccin appelé BCG" seraient exclusivement faits en Afrique.

Depuis le début de la pandémie de Covid, de nombreux traitements et vaccins existants ont été testés pour voir s'ils apportaient une protection contre le Covid. Le BCG en fait partie et des tests ont été lancés, dont beaucoup avant l'arrivée des premiers vaccins anti-Covid fin 2020/début 2021.

"De nombreux essais sont en cours dans de nombreux pays à travers le monde pour évaluer si le BCG fournit une protection indirecte contre le Covid ou du moins ses formes sévères", précise Claude-Agnès Reynaud, directrice de recherche à l'Institut national de la santé et de la recherche (Inserm) en France, dans une réponse du 27 octobre 2022 à l'AFP. Ces tests ne sont donc pas "seulement faits en Afrique".

On retrouve effectivement dans des pays non africains plusieurs exemples d'essais cliniques sur l'efficacité du BCG pour guérir le Covid. C'est le cas au Canada avec un essai clinique au nom de "Cobra", autorisé en mai 2020 mais selon le registre officiel des essais cliniques, il n'y a pas de résultats publiés.

Sur le sujet, on trouve en revanche les résultats d'un essai mené sur des professionnels de santé en Afrique du Sud. Publiés dans le Lancet en 2022, les résultats sont négatifs : "le BCG n'a pas protégé les professionnels de santé de l'infection au Sars-CoV-2 ou à des formes graves de Covid ou à l'hospitalisation", indiquent les auteurs.

Faute de résultats probants, "en l’absence de preuves" à l'heure actuelle, "l'OMS ne recommande pas la vaccination par le BCG pour la prévention du COVID-19", alerte Jasarevic Tarik, porte-parole de l’institution, dans sa réponse du 27 octobre 2022 à l'AFP.

Le message viral, diffusé sous forme de capture d’écran d’un post publié sur Facebook, remonte à des publications d’avril 2020 (1), qui correspond à une période marquée par une vive polémique autour de supposés tests de vaccins contre le Covid en Afrique.

Un sentiment antivaccin renforcé par une polémique en 2020

Le 1er avril 2020, alors que la pandémie du Covid faisait déjà des millions de morts à travers le monde, deux médecins, dont un chercheur de l’Inserm, ont évoqué, à la télévision française, de probables essais en Afrique, du vaccin contre la tuberculose pour lutter contre le coronavirus.

Une infirmière (L) administre une dose du vaccin Pfizer/BioNTech contre la COVID-19 à un adolescent à Luanda (Angola) le 16 décembre 2021. ( AFP / OSVALDO SILVA)

Ces chercheurs ont émis l’idée de tester cette option "en Afrique, où il n’y a pas de masques, pas de traitements, pas de réanimation, un peu comme c’est fait d’ailleurs pour certaines études dans le Sida, où chez les prostituées". Des propos qui avaient déclenché un tollé et suscité l'indignation en Afrique et au-delà.

L’Inserm avait réagi dans un communiqué, expliquant que "des essais cliniques visant à tester l’efficacité du vaccin BCG contre le Covid-19 sont en cours ou sur le point d’être lancés dans les pays européens (Pays-Bas, Allemagne, France, Espagne…) et en Australie." L’institut annonçait une réflexion autour d’un déploiement de ces tests en Afrique, en parallèle aux pays précédemment mentionnés.

Si les essais internationaux étaient concluants, le vaccin BCG pourrait être une grande aide pour protéger les soignants”, ponctuait la note de l'Insermd de l'époque.

Selon Claude-Agnès Reynaud, les recherches de l’Inserm sont toujours en cours et assure qu"il ne s’agit pas d’une expérimentation dangereuse". Durant ces essais, les chercheurs procèdent à un "rappel" d’injection "du vaccin BCG" sur la population-cible; "très classique chez les adultes". Et "on suit sur 6 à 12 mois le taux d'infection au SARS-CoV-2”, détaille-t-elle.

Dans la publication virale sur les réseaux sociaux, le message est accompagné de la photo d'une jeune femme qui est présentée comme médecin et autrice du message, "Zeikou Aminata", et qui travaillerait dans un hôpital du département de la "Moselle" en France. Les recherches de l'AFP Factuel n'ont pas permis de retrouver un médecin portant ce nom, notamment via l'annuaire officiel du personnel de santé en France.

VACCINS