L'agence de recherche médicale américaine n'a pas recommandé récemment l'ivermectine pour traiter le Covid-19

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Contrairement à ce que prétendent des publications très partagées depuis début septembre, les "National Institutes of Health" (NIH) des États-Unis n'ont pas récemment inclus l'ivermectine comme traitement du Covid-19. Cet antiparasitaire -dont l'efficacité n'a pas été démontrée contre cette maladie- est bien mentionné sur le site internet de l'agence de recherche médicale mais uniquement comme médicament "en cours d'évaluation pour traiter le Covid-19" et non comme traitement recommandé. Il n'est autorisé que dans le cadre d'essais cliniques. La page du site des NIH dédiée à l'ivermectine, mise à jour le 29 avril 2022, stipule bien que la molécule est contre-indiquée pour traiter le Covid-19, ce que l'institution a également confirmé directement à l'AFP.

"Soudain, l'ivermectine apparaît sur le site Web du NIH pour traiter le Covid. Ils l'ajoutent silencieusement à leur protocole antiviral", rapporte ce tweet partagé plus de 2.000 fois depuis le 1er septembre. "Combien de morts sur la conscience vont avoir tous ces gens qui ont craché sur l'Ivermectine ?", ajoute cet autre utilisateur sur Twitter.

D'autres messages partagés sur Twitter ou Facebook partagent le même message, en publiant une capture d'écran ou un lien vers la page des thérapies antivirales des National Institutes of Health des États-Unis, agence gouvernementale dédiée à la recherche médicale.

Des publications similaires, partagées parfois plusieurs dizaines de milliers de fois, circulent en anglais, espagnol, portugais, italien et croate.

Capture d'écran du site des NIH faite le 7 septembre 2022

L'ivermectine est un médicament - à usage vétérinaire et humain - utilisé contre des parasites, comme la gale, la cécité des rivières (onchocercose) ou encore les poux. Ce traitement, peu coûteux et qui a l'avantage de présenter peu d'effets indésirables, est très utilisé dans les zones du monde touchées par les infestations parasitaires.

Depuis 2020, des études ont été conduites pour voir si ce médicament, connu pour sa capacité à limiter la réplication de certains virus comme celui de la fièvre jaune, pourrait également aider à lutter contre le SARS-CoV-2, le virus à l'origine du Covid-19.

Les messages partagés sur les réseaux sociaux depuis début septembre affirment que les NIH auraient ajouté récemment sur leur site l'ivermectine aux traitements possibles contre le Covid-19.

Mais en réalité, les NIH contre-indiquent l'utilisation de l'ivermectine pour le traitement du Covid-19 et ne l'autorise que pour des essais cliniques, depuis au moins juin 2021.

Un médicament fortement contre-indiqué pour le traitement du Covid-19 selon les NIH

Une recherche sur la plate-forme WayBack Machine, qui conserve les historiques de contenu Web archivés, montre que le 12 juin 2021 - date de la plus ancienne sauvegarde disponible - la page des thérapies antivirales des NIH comportait déjà un onglet spécifique dédié à l'ivermectine.

Elle précisait à l'époque que "l'ivermectine est un médicament antiparasitaire en cours d'évaluation pour traiter le COVID-19". Le 7 septembre 2022, le médicament antiparasitaire était décrit de la même manière sur la page.

Sur cette page, cliquer sur "Ivermectine" mène à des informations des NIH sur le médicament, dont la dernière mise à jour date du 29 avril 2022. "L'ivermectine n'est pas approuvée par la FDA [agence américaine de réglementation des médicaments, NDLR] pour le traitement de toute infection virale", indique la page.

De plus, dans la rubrique "Recommandations" visible un peu plus bas, le médicament est effectivement contre-indiqué, (recommandation de niveau A, qui est le plus fort niveau de recommandation) :

Une autre recherche sur WayBack Machine montre qu'avant cette mise à jour, les NIH indiquaient sur cette page que les preuves étaient insuffisantes pour recommander ou non l'utilisation du médicament pour le traitement du Covid-19. La mise à jour du 29 avril 2022 va donc plus loin, en choisissant de contre indiquer le médicament.

L'ivermectine est toujours présente sur la page des thérapies antivirales du NIH car le médicament est autorisé pour des essais cliniques : il continue d'être évalué par les NIH, via des essais cliniques randomisés pour "évaluer l'effet de l'ivermectine sur le Covid-19".

La liste des essais cliniques utilisés par les NIH pour établir les recommandations sur l'utilisation de l'ivermectine est disponible sur leur site, et le gouvernement recense 88 essais cliniques sur l'ivermectine et le Covid-19 sur son site Clinical Trials.

Les NIH, contactés par l'AFP, précisent le 7 septembre 2022 que "l'inclusion de l'ivermectine dans les directives de traitement n'est pas nouvelle", rajoutant qu'il est "important de noter que le comité des directives de traitement COVID-19 recommande de ne pas utiliser l'ivermectine pour le traitement du COVID-19", se référant à ce lien.

Les recommandations des NIH pour le traitement du Covid-19 sont "actualisées régulièrement dès que de nouvelles données sont disponibles", selon les NIH, et la manière dont ces recommandations sont développées est expliquée sur le site de l'institution.

D'autres institutions et autorités dans le monde sur la même ligne

En décembre 2021, la "Food and Drugs Administration" (FDA) a publié un article intitulé "Pourquoi vous ne devriez pas utiliser l'ivermectine pour traiter ou prévenir le Covid-19".

Dans cet article, une série de raisons sont énumérées pour déconseiller son utilisation, comme le fait que le médicament n'a pas été autorisé ou approuvé pour la maladie, que les preuves scientifiques jusqu'à présent ne montrent pas d'efficacité pour le Covid-19 et que sa consommation en grande quantité est dangereuse. L'ivermectine n'apparaît pas non plus sur la liste des options de traitement de la FDA pour le COVID-19.

Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies ("Centers for disease control and prevention", CDC) s'opposent également à l'utilisation de l'ivermectine en tant que traitement contre le virus

D'autres entités, telles que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et l'Agence européenne des médicaments (EMA), avancent des positions similaires, contre-indiquant l'utilisation du médicament pour traiter la maladie, avec une autorisation uniquement pour les essais cliniques.

En France l'ANSM, l'Agence du médicament, a refusé une demande de Recommandation Temporaire d'Utilisation (RTU) pour ce médicament dans le cadre du Covid-19 en avril 2021, en expliquant ne pas pouvoir "présumer d’un rapport bénéfice/risque favorable de l'ivermectine en traitement curatif ou en prévention [du] Covid-19". Cette décision allait dans le sens d'un avis rendu par le Haut Conseil de la Santé Publique qui ne recommande pas non plus l'utilisation de cette molécule dans le cadre de la crise sanitaire en dehors d'essais cliniques.

En revanche, il y a bien des essais cliniques en cours pour étudier un traitement par l'ivermectine chez l'homme. L'entreprise Kowa mène par exemple actuellement un essai clinique de phase 3 (K-237), qui doit se terminer fin septembre 2022.

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, le sujet de l'ivermectine et de son utilisation a suscité de nombreuses affirmations fausses sur les réseaux sociaux. Les vérifications de l'AFP sur l'ivermectine sont disponibles ici.

7 septembre 2022 corrige coquille
Traduction et adaptation :
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